France

Parmi les hooligans ou “néo-nazis”, qui gonfle les rangs du bataillon Azov ?

Ils étaient les derniers combattants, la dernière poche de résistance contre l’armée russe. Ce mardi, Moscou a annoncé la remise de 265 soldats ukrainiens retranchés dans l’aciérie d’Azovstal. Plus que des soldats, certaines de ces forces de résistance faisaient partie du bataillon Azov, un groupe de paramilitaires d’extrême droite largement cité par Vladimir Poutine pour justifier la “dénazification” de l’Ukraine. Mais qui sont-ils ? Ces rumeurs sont-elles vraies ? Et quel sort attend le chef du Kremlin ? 20 minutes font un bilan.

Qui fait partie du Régiment Azov ?

Azov est un groupe paramilitaire ukrainien d’extrême droite, fondé le 5 mai 2014 et nommé d’après la mer d’Azov, qui borde le pays. En pleine guerre dans le Donbass, l’Ukraine doit faire face à une armée démotivée et désorganisée. Dans ce contexte, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Arsen Avakov, a décidé de créer des milices armées spéciales. Ils viendront en renfort de l’armée nationale.

Le bataillon Azov s’est rapidement distingué en reprenant Marioupol aux séparatistes pro-russes immédiatement après sa création en 2014. Toutes leurs hostilités, menées en parallèle de celles de l’armée nationale, sont appelées “opérations anti-terroristes” (ATO). Le bataillon est alors accusé de “violations des droits de l’homme” par des séparatistes pro-russes, mais aussi par des ONG occidentales. Si ce régiment comptait à l’origine une poignée d’hommes dans ses rangs, il serait aujourd’hui composé de 3 500 à 5 000 combattants, selon Libération.

Régiment Azov ou combattants « néo-nazis » ?

Au début du bataillon Azov, nous trouvons un homme : Andrei Biletsky. Et la réputation turbulente de ce dernier créera l’image ultranationaliste d’un régiment. Originaire du Kharkiv russophone, Andrei Biletsky est un hooligan ardent de 42 ans qui n’a jamais caché son appétit pour les thèses national-socialistes mais aussi racistes. A la tête du parti xénophobe, antisémite et raciste du Rassemblement national social (SNA), Andrei Biletsky va s’inspirer de l’emblème du parti, lui-même inspiré du parti nazi, pour créer celui du bataillon Azov. Sur fond jaune, le drapeau d’Azov arbore fièrement un wolfsangel inversé (hameçon de loup), rappelant l’emblème de la 2e division SS allemande “Das Reich”.

“L’âge d’or de la Russie est terminé. L’âge d’or de l’Ukraine ne fait que commencer.” – Andriy Biletsky pic.twitter.com/79GC92dAYX

– 𝕾𝖓𝖆𝖚𝖙 (@ Snaut14) 22 octobre 2021

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Huit ans après sa création, le bataillon Azov ne doit pas compter que des profils d’extrême droite dans ses rangs. Dans les colonnes de la Libération, l’historien Vyacheslav Likhachev pointe une composition plus diversifiée : “J’ai personnellement connu un anarchiste qui a servi à Azov, ainsi qu’un ancien participant à l’Anti-Maidan [mouvement contre la révolution ukrainienne de 2014]pour qui l’agression russe devenait inappropriée », a-t-il rappelé.

Sans oublier qu’aujourd’hui de nombreux membres du bataillon sont vus comme des héros des Ukrainiens, symboles de la résistance à l’invasion russe, qui a débuté le 24 février. “Pendant quatre-vingt-deux jours, les défenseurs de Marioupol ont exécuté les ordres malgré les difficultés, repoussant les forces dévastatrices de l’ennemi”, a détaillé le régiment Azov sur les réseaux sociaux ce mardi.

Vidéo d’un soldat ukrainien à #Azovstal souriant aux bombardements. Ce mec est mauvais 😂🙏🇺🇦 pic.twitter.com/eVYpRBfqWX

– WarMonitor🇺🇦 (@ WarMonitor3) 16 mai 2022

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Ces images montrent des soldats ukrainiens blessés à l’usine d’Azovstal à Marioupol, en Ukraine. – Régiment Azov / Images de couverture / SIPA

Dans ces mêmes réseaux (principalement Facebook), le régiment communique sa résistance contre les troupes russes ou organise des conférences de presse depuis les sous-sols de l’aciérie d’Azovstal. Cela a révélé les chiffres du petit groupe: Ilya Samoilenko, commandant en second du régiment Azov ou le commandant Denis Prokopenko.

Pourquoi Vladimir Poutine veut-il faire de ces soldats des criminels de guerre ?

Le bataillon Azov est une trouvaille pour Vladimir Poutine. En fait, le chef du Kremlin utilise souvent le passé trouble du groupuscule pour justifier la « dénazification » de l’Ukraine. Bien qu’il vienne de faire prisonniers certains de ces soldats, la question demeure, comment va-t-il les traiter : prisonniers ou criminels de guerre ? Selon Kiev, ces soldats feront l’objet d’un échange de prisonniers. “Pour notre part, nous pouvons dire que les négociations sont toujours en cours”, a déclaré la vice-ministre ukrainienne de la Défense, Hanna Malyar.

Le président de la Chambre basse du Parlement, Viatcheslav Volodine, sans parler de l’affaire Marioupol, a assuré son compte Telegram que “les criminels nazis ne devraient pas faire l’objet d’échanges de prisonniers”. Le procureur en chef de Russie demandera à la Cour suprême de classer le régiment Azov comme “organisation terroriste”, a rapporté Interfax, citant le site Internet du ministère de la Justice. La Cour suprême de Russie doit examiner la demande le 26 mai.