Ils sont psychiatres, internes, psychologues, infirmiers… Et ils crient tous à la nouvelle Première ministre Elizabeth Bourne à la tribune “Créons des emplois pour ne pas sombrer !” “L’équation ne fonctionne plus. D’un côté, la pandémie de Covid-19 crée un afflux sans précédent de patients pour les urgences psychiatriques : crises suicidaires, accès de délire, dépression. Il faut beaucoup de temps pour la trouver”, prévient Antoine. Pelisolo, psychiatre à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val de Marne). Infirmiers”, poursuit ce chef de service.
Bien sûr, ces difficultés ne sont pas nouvelles, mais elles s’approfondissent, les conséquences sont “dramatiques”. Comble de cette tension, un dimanche d’avril, dans un hôpital de la région parisienne, 18 patients, tous dans un état très grave, attendaient d’être hospitalisés, en urgence. Pour les “rencontrer, calmer, surveiller”, seuls un psychiatre et une infirmière étaient là ce jour-là.
Les signataires de la plateforme préviennent : “Ce débordement des structures d’accueil se transforme en des heures et des jours d’attente sur un brancard ou une chaise dans le couloir, des évasions, de l’excitation, voire des bagarres et forcément des professionnels surchargés et épuisés qui ne veulent qu’une chose : changer de métier, d’hôpital ou même les métiers. Une telle perte. Autre conséquence, selon Antoine Pelisolo, “Le recours à l’isolement et à la contention se multiplie car les personnes qui les soignent peuvent parfois être dépassées par la situation, ce qui ne devrait pas arriver.” Et face à un afflux de demandes, les patients, une fois hospitalisés , selon le psychiatre, sortir plus vite, “résultat, rechute”.
Le texte du forum : “Créons des postes pour ne pas sombrer !”
“Un dimanche d’avril aux urgences d’un grand hôpital de la région parisienne, 18 patients sont en attente de prise en charge psychiatrique, tous dans des situations graves nécessitant une hospitalisation immédiate : crise suicidaire, délire avec agitation, dépression extrême… Rencontrer, évaluer, rassurer, suivre, soigner, contacter les familles et les hôpitaux pour ces 18 patients : psychiatre et infirmier et moyens insuffisants. Ce débordement des capacités d’accueil se transforme en des heures et des jours d’attente sur un brancard ou une chaise dans le couloir, d’évasion, d’excitation, voire de battles et forcément de professionnels surchargés et épuisés qui ne veulent qu’une chose : changer de métier, d’hôpitaux ou même de professions. Une telle perte !
La situation de surpopulation aux urgences psychiatriques n’est pas nouvelle, elle s’aggrave chaque année, tant en psychiatrie adulte qu’en pédopsychiatrie. Mais après la pandémie, nous vivons une accélération spectaculaire de cet engin. Deux raisons principales : la très forte augmentation des besoins en soins psychiatriques, d’une part, et la fermeture d’un grand nombre de lits dans les services spécialisés en raison d’une pénurie d’infirmières, d’autre part.
Pour les affections psychiatriques très aiguës et plus encore dans les contextes sociaux dégradés, le recours à l’hospitalisation est inévitable. Il faut absolument intervenir avant les crises et en ambulatoire, et ça va de mieux en mieux. Mais il y aura toujours des situations qui nécessitent du temps pour une hospitalisation. Cependant, travailler dans les services psychiatriques, en particulier dans les unités de soins les plus intensifs, est particulièrement difficile et stressant. C’est un travail d’équipe qui peut être passionnant, mais qui demande de passer beaucoup de temps avec les patients et de les accompagner dans leur souffrance.
Heureusement, de nombreux soignants ont cette vocation et cette compétence, et grâce à eux, de très bons résultats thérapeutiques peuvent être obtenus. Mais hélas, tout est fait aujourd’hui pour les dissuader d’y investir et d’y trouver du sens : on leur demande de le faire plus vite, avec moins de personnel et moins d’argent, et ils pèsent de plus en plus de frais de dossier. Les chiffres sont calculés au plus juste, souvent sans tenir compte des spécificités de la prise en charge psychiatrique et des aléas des absences et des situations difficiles (pic de patients, crises diverses…).
Cette perte de sens et cette pression de temps et d’économies à réaliser génèrent une cercle vicieux de la rareté. Base insuffisante (même lorsque tous les postes sont occupés), les soignants quittent nos hôpitaux ou s’absentent pour des raisons de santé, ce qui réduit encore l’effectif disponible. Les salariés sont alors amenés à passer d’un service à l’autre, à faire des heures supplémentaires et à modifier constamment leurs horaires. Cela les incite à sauter encore plus loin, avec un effet domino sur tous les services de psychiatrie et d’urgence où la charge de travail augmente. Le principal motif de découragement du personnel n’est pas le montant de la rémunération, mais les conditions de travail, le stress, les sentiments d’épuisement et d’insécurité, ainsi que l’écart entre les aspirations professionnelles et la réalité du travail imposé.
Bien que nous n’ayons pas assez de candidats, il peut sembler illusoire de se fixer des objectifs de dotation ascendants. Mais le manque d’ambitions aussi normales ne fait qu’alimenter la pénurie : les postes ne sont pas attractifs lorsque les candidats trouvent qu’ils ne seront de toute façon pas assez nombreux pour être traités correctement. La détermination de ratios minimaux de prise en charge des patients est une nécessité vitale exigée par tous ceux qui se préoccupent de l’avenir de nos hôpitaux (rapport Sénat 2022, inspecteur en chef des prisons, etc.). Les autorités s’y refusent, craignant de ne pas avoir les fonds pour financer de telles mesures, mais cette abstention risque de coûter bien plus vite à notre société.
La fermeture des services, voire des hôpitaux, ne peut qu’entraîner des drames humains par manque de soins, avec des conséquences économiques évidentes : chômage, arrêts de travail, complications sociales, etc. Nous devons continuer à développer les pratiques de soins ambulatoires, de prévention des crises et de rétablissement, mais tant qu’elles sont nécessaires, nous maintenons un nombre suffisant d’équipes d’hospitalisation pour éviter tout abus.
La solution existe donc. Qui pourra enfin prendre cette décision audacieuse de desserrer le carcan qui limite sans cesse le personnel hospitalier et nous conduit au naufrage ? La direction de l’hôpital doit équilibrer ses budgets et respecter des plafonds d’emplois, et les ARS ne peuvent allouer des budgets dont elles ne disposent pas. Le ministre de la santé ne semble pas avoir ce pouvoir, l’engagement doit venir plus haut. Quoi qu’il en soit, et peu importe quoiSi rien n’est fait dans ce sens, un avenir très sombre nous attend. »
Les pétitionnaires
1. AKOUAKOU Laura, éducatrice spécialisée, Cergy
2. BARRETEAU Sylvie, pédopsychiatre, Asnières-sur-Seine
3. BENYAMINA Amin, Professeur de Psychiatrie, Université Paris-Sacla
4. BIZARD Sarah, Psychiatre Hospitalier, Argentoi
5. BONHOURE Adriana, assistante spécialisée, Villejuif
6. BONNOT Olivier, Professeur de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent, Nantes
7. BORWELL Baptiste, Psychiatre Hospitalier, Marseille
8. BOUAZIZ Noomane, Psychiatre Hospitalier, Neuilly-sur-Marne
9. BOUCHER Morgane, Psychiatre Hospitalier, Créteil
10. Matilde BRAGO, médecin hospitalier, psychiatre des addictions, Paris XX
11. CANCEIL Olivier, psychiatre hospitalier, Hôpitaux Saint-Maurice
12. CANTERO Alain, psychiatre, chef de service, hôpital Saint-Maurice
13. CARRET Vincent, psychiatre, Marseille
14. CHENE Margaux, interne en psychiatrie, Paris
15. CLAVEL Estelle, Psychiatre Hospitalier, Villejuif
16. CLÉMENT Judith, Médiateur pair de santé, Paris
17. COHEN David, Professeur de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent, Paris
18. CONDAMNER Marie, psychologue, Paris
19. CONSOLI Angèle, Professeur de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent, Paris
20. CORTES Marie-José, Présidente du Syndicat des Psychiatres Hospitaliers, Mantes-la-Jolie
21. CRAVERO Cora, pédopsychiatre, médecin hospitalier, Paris
22. DEMERI Malika, psychiatre, Briançon
23. DUBERTRET Caroline, Professeur de psychiatrie, Directrice de l’AP-HP, Columbus
24. DURANTÉ Étienne, stagiaire en psychiatrie, Villejuif
25. Natalie Dzerzhinsky, directrice médicale du service de psychiatrie, hôpital Tenon, Paris
26. FOGLIA Noémie, éducatrice spécialisée, Argenteuil
27. FOLIGNÉ Marine, psychiatre, médecin hospitalier, Paris
28. Guillaume FON, Psychiatre Hospitalier, Marseille
29. GORIOT Élisabeth, ancienne directrice principale de santé, La Ville-du-Bois
30. GOUSSET Robin, Praticien Psychiatre Hospitalier, Clamart
31. GRENGER Bernard, Professeur de Psychiatrie, Hôpital Cochin, Paris
32. GRAU Léa, psychiatre, Argenteuil
33. Laurence GUEZ, Attaché Psychiatrique, Hôpital Tenon, Paris
34. HIRSCH Raphaëlle, Psychiatre des Hôpitaux, Marseille
35. HUMBAIRE Camille, Psychiatre Hospitalier, Villejuif
36. HUPPERT Thomas, pédopsychiatre, Argenteuil
37. IAMANDI Alexandra, Psychiatre Hospitalier, Villejuif
38. JANUEL Dominique, Professeur de Psychiatrie, EPS Ville Evrard, Neuilly-sur-Marne
39. JEAN-FRANÇOIS Paul, Psychiatre Hospitalier, Villejuif
40. CORCHIA Théo, Chef de Clinique, Marseille
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