A quelques pas de la station-service sur une célèbre enseigne des Mousquetaires, René et Véronique discutent devant leur minivan, qui passe sous les rouleaux rouges et bleus de la machine à laver automatique. Le brouillard qui s’évapore qui apparaît rafraîchit leurs visages, déjà réchauffés par le soleil printanier de fin avril. Si la brise est légère, le ton est plus sérieux. L’ancienne secrétaire d’origine espagnole est triste de voir que c’est la candidate du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, qui a pris la tête dans sa ville natale de Carmo (Tarn) aux deux tours. présidentiel.
Il est impossible pour elle et sa fille de mettre le bulletin d’extrême droite dans l’urne. En revanche, dimanche 24 avril, cette Carmausine n’a pas donné son vote au candidat LREM. “Je ne voulais pas mettre Macron en minorité, dit-elle. Je l’ai fait en 2017 pour bloquer Marine Le Pen. » Elle explique : “Il est le président des riches. Mais pour des gens comme nous à Carmo, il n’a rien fait. J’ai une petite retraite, je suis seul et j’habite dans un logement social. Une fois les factures payées, il ne reste plus grand-chose. »
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Comme ce retraité, nombreux dans l’ancienne cité ouvrière n’ont pas renouvelé leur vote pour Emmanuel Macron. Au total, le président réélu a perdu 821 voix entre 2017 et 2022, soit une baisse de près de 17 points en cinq ans. C’est aussi l’une des villes où le résultat du président sortant a le plus chuté. En 2017, Emmanuel Macron a terminé largement en tête avec plus de 63 % des voix, contre 36,83 pour Marine Le Pen. Cinq ans plus tard, le barrage contre le parti d’extrême droite a éclaté. Le candidat RN domine avec plus de 53% des suffrages.
François Buisi, élu PS dans la ville de Carmo (Tarn), le 28 avril 2022 (FLORENCE MOREL / FRANCIAINFO)
Pourquoi un tel changement ? “Macron est moins séduisant”, a déclaré l’élu Karmozen François Buisi, 34 ans, élu par l’opposition. Moi-même, je n’ai pas voté pour lui au second tour. Ce n’était pas possible. En 2017, tous les socialistes ont voté pour lui au second tour, car il ne pouvait être question d’augmenter le résultat de Marin Le Pen. « Mais après cinq ans au pouvoir, le socialiste n’a pas voulu donner carte blanche au président sortant. .
Il faut dire que la gauche a marqué l’histoire de la ville de Tour. Jusqu’en 2020, Carmo était une forteresse socialiste centenaire dans laquelle a grandi la figure emblématique de Jean Jores. Là aussi, François Mitterrand a lancé sa campagne à l’Elysée en 1980, inaugurant ainsi une tradition socialiste : passer par la cité minière presque automatiquement à chaque campagne, comme un pèlerinage respecté jusqu’en 2017. Tous les candidats du parti s’y arrêtaient.
Autrefois attractive et dynamique, portée par les emplois dans les mines environnantes, Carmaux a perdu de sa splendeur. Plus de 5 000 habitants ont quitté la ville depuis les années 1970, selon l’INSEE, passant de 14 755 en 1968 à 9 641 en 2018. La ville est désormais peuplée majoritairement de retraités. Le chômage touche 35,6% des jeunes de 15 à 24 ans et plus d’un tiers des actifs ne sont pas diplômés. Depuis le début des années 2000, la mine ne fait plus vivre les locaux. La plupart des travailleurs sont des fonctionnaires régionaux, des employés de centre d’appels ou une entreprise de réinsertion des personnes handicapées.
Jean-Louis Busquet, maire sans étiquette de Carmo (Tarn), à son bureau à l’Hôtel de Ville, le 28 avril 2022 (FLORENCE MOREL / FRANCIAINFO)
Un chenil propice à la pression RN, synonyme de colère, selon le maire de la ville Jean-Louis Busquette (sans étiquette). “A travers ces résultats, on voit que le Rassemblement national est un refuge pour les mécontents”, a déclaré le candidat, qui n’a pas caché sa sensibilité de gauche, tout en refusant de s’engager derrière le parti. “Enfin, si nous leur faisons une offre différente et raisonnable, les Karmauzins sont prêts à partir. Ce ne sont pas des extrémistes. Ils cherchent juste un endroit pour montrer leur mécontentement.
Pourtant, Carmaux est loin d’être enclavé. Située à 15 minutes en voiture d’Albi, la ville est accessible en train et en bus, même si les horaires ne permettent vraiment pas de satisfaire les ouvriers dans les horaires impartis. D’où vient ce ressentiment ? Pour Richard Navarro, secrétaire du département des carmazines de la CGT, la question du pouvoir d’achat est cruciale dans une ville où le taux de pauvreté dépasse les 20 %, selon l’Insee. “Ici, les gens sont embauchés dans de petites structures. Il n’y a pas de comités d’entreprise avec des bons ou des réductions sur les activités. Les petits patrons, les bas salaires, les chômeurs… Tout le monde prend la voiture pour se déplacer. Et l’essence coûte cher”, explique-t-il.
“Aux ronds-points, pendant le mouvement des ‘gilets jaunes’, les gens luttaient pour garder leurs écoles, leurs postes, leurs services publics. C’est aussi un sentiment d’abandon.”
Richard Navarro, secrétaire de la section locale de la CGT
à franceinfo
Le syndicaliste lui-même l’a vu : même les salariés ont du mal à terminer le mois sans découvert. “Je suis fonctionnaire dans la fonction publique territoriale, explique-t-il. Certains de mes collègues, qui gagnent 1 700 euros par mois, ont du mal à joindre les deux bouts. En disant : “Je ne peux plus payer mon loyer ni nourrir ma famille”. enfants. » Il marque une pause. « Ce sont des travailleurs », répéta-t-il, stupéfait.
Richard Navarro, secrétaire local de la section CGT à Carmo (Tarn), dans les locaux historiques du syndicat, le 26 avril 2022 (FLORENS MOREL / FRANCIAINFO)
Dans un café du boulevard Albert-Thomas, l’axe qui traverse la ville pour rejoindre Albi, la préfecture, père et fille ne s’en cachent pas : au premier tour on a donné sa voix à Jean Lassalle, « un homme sincère et local. » Logiquement, au second tour, le choix s’est porté sur le candidat RN, « pour le pouvoir d’achat ». Pour une maîtrise d’histoire médiévale, la jeune femme a trouvé un emploi de caissière dans la grande distribution. Un contrat de 30 heures par semaine , payés 1 100 euros par mois, parfois incompatibles avec ceux des transports en commun.
S’il y a quelques années il fréquentait encore l’ancien cinéma du centre-ville, le Lido, maintenant c’est fini. Dans celui qui vient d’ouvrir, la place plein tarif est à 7,80 euros, alors que l’ancien proposait une formule goût cinéma à 4 euros. Idem pour la piscine. Après sa rénovation, les prix ont augmenté. Sortir nager se compte désormais sur les doigts d’une main.
Cette montée de l’extrême droite n’a pas surpris Vincent. Infirmière libérale, Carmausen, 52 ans, a vu la gauche abandonner son électorat. Il se souvient d’une anecdote personnelle qui, selon lui, était emblématique des résultats des élections. “Il y a vingt ans, quand une association de soignants s’est créée, à laquelle on m’a demandé de participer, les socialistes sont venus voir ce qui se passait. L’an dernier, un militant RN a contacté le président de l’association. Pas en reste.”
Dans la cité de Jean Jores, peu croient que les résultats d’avril seront répétés pour les élections législatives des 12 et 19 juin. “Le débat sera différent et le RN ne gagnera pas”, a déclaré François Buisi. Car l’ancrage local du RN, en mairie ou dans le département, reste faible. En 2017, la députée Marie-Christine Verdier-Juclas (LREM) s’était imposée dans la 2e circonscription du Tarn avec 66,14 % des voix face au candidat RN Dorian Albarao (33,86 %). Cinq ans plus tard, la digue de Karmauzin se relèvera-t-elle ?
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