France

Confiance du Pape François

Par notre envoyée spéciale dans l’avion du Pape Caroline Pigozzi le 08/07/2022 à 06:55, Mis à jour le 08/07/2022 à 16:55

Au cours de son voyage de six jours au Canada, le pape a rencontré des Indiens d’Amérique et leur a adressé quelques mots de confiance.

Grâce à François, j’allais enfin réaliser un rêve d’enfant : me rapprocher des maîtres de l’Arctique, ces mythiques Inuits, un peuple légendaire d’environ 30 000 personnes qui s’est installé sur la calotte polaire après des siècles de nomadisme et dont l’histoire mystérieuse est transmis oralement. Un voyage de six jours au Canada et douze escales avec le Souverain Pontife nous emmèneront dans un pays plus grand que l’Europe. D’abord à Edmonton, la capitale de la province de l’Alberta, puis à Québec et ses environs, pour se retrouver au cœur du territoire inuit du Nunavut, non loin du Groenland. Ce sera un “pèlerinage pénitentiel”, selon les propres mots du pape, pour demander pardon à la population indigène pour le génocide culturel qu’elle a subi lorsque 150 000 enfants ont été enlevés à leurs parents, des Premières nations métisses et inuites, pour être envoyés à Christian institutions, souvent catholiques. De la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1960, ils y subissent une véritable « colonisation idéologique » avec le soutien politique et financier du gouvernement fédéral.

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Autre sujet imminent qui est encore évoqué sotto voce au Saint-Siège : les dirigeants canadiens souhaitent le retour des objets indigènes trouvés au musée ethnologique Anima Mundi du Vatican, exposés sans autorisation. Parmi les pièces importantes et rares, un collier de dents de béluga, un calumet sacré Haudenosaunee, une ceinture wampum, un kayak inuit… De quoi stimuler le réflexe anticolonialiste. Comme l’explique notre confrère Jean-Luc Mutuosamy, spécialiste de l’Afrique : “Même si le Pape a exprimé un profond repentir avec une grande humilité, l’effet de la contagion semble inéluctable à l’avenir, surtout dans les anciennes colonies d’Afrique, où l’Église catholique L’Église et les autres Églises chrétiennes se sont permis tout, y compris le pillage et le dénigrement culturel. La porte est donc ouverte à des demandes d’indemnisation, de restitution de biens, de terres ou d’objets acquis illégalement, théoriquement obtenus au nom de Dieu.

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Comment l’Héritier de Pierre a-t-il eu l’idée de ce 37e voyage ? En mai 2017, Justin Trudeau, le premier ministre catholique du Canada – le pays est à 39% catholique – a effectué une visite officielle au Vatican. L’occasion de prendre conscience des préjugés dont sont victimes les peuples autochtones du Canada. Cela comprenait des excuses au nom de l’Église catholique. D’ailleurs, en tant qu’Argentin, Jorge Mario Bergoglio ne peut être insensible à cette cause. En effet, comment oublier le drame qui a frappé les peuples de l’extrême sud de son pays natal, comme les Mapuche de Patagonie, déportés entre 1879 et 1881 et massacrés lors de la conquête impitoyable du désert.

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Dans un cimetière près d’Edmonton, le souverain pontife en fauteuil roulant médite sous la pluie

Ce serait le cardinal Michael Czerny, né en Tchécoslovaquie, émigré au Canada, membre de la Compagnie de Jésus – comme toujours chez François, les jésuites ne sont jamais loin… – qui l’influencerait grandement dans ce domaine. Czerny est en effet proche du pape, qui l’a ordonné archevêque le 4 octobre 2019, puis cardinal le lendemain, fait insolite. Le 1er janvier 2022, Michel Cerny a été nommé préfet intérimaire du dicastère au service du développement humain intégral ; trois mois plus tard, il devient préfet titulaire, de quoi démontrer la confiance du souverain pontife ! Les liens entre les deux hommes sont forts. Après son arrivée à Rome, Cerni, initialement sous-secrétaire du Département des migrants et des réfugiés du Vatican, s’est impliqué dans les affaires sociales. D’où ses contacts directs avec le “patron”, pour qui ces sujets sont très importants.

Considéré à Rome comme aussi ambitieux que capable, ce haut prélat choisit, entre autres, la médaille de bronze offerte aux autorités locales : elle était estampillée de feuilles d’érable, symbole du Canada du XIXe siècle, et de l’image de sainte Anne , dont l’imposant sanctuaire national à son nom est dédié au Québec. C’est en ce haut lieu des guérisons miraculeuses qu’a eu lieu la grand-messe, conduite, selon le rituel pontifical, par Sa Sainteté, qui n’a prononcé que l’homélie. Un pape au visage sévère, les sourcils froncés, assis dans un fauteuil blanc placé loin derrière l’autel. Lors de cette belle cérémonie, ma voisine était la femme d’un ancien grand chef des Dakota Sioux. Tenant fièrement une plume d’aigle dans sa main, elle me murmura : « En entrant, j’ai vu deux magnifiques aigles voler au-dessus de la basilique. Un puissant symbole de bonne chance. Cette visite est un appel du ciel. Elle a ensuite poursuivi : « En 1984, j’étais là pour la visite de Jean-Paul II lorsque Céline Dion, alors âgée de presque 16 ans, a chanté un solo. Il y avait déjà un majestueux oiseau de proie qui volait haut. Ces signes vous échappent, naturellement.Pendant la Seconde Guerre mondiale, les services de renseignement américains ont utilisé la langue sioux pour créer un code de communication secret que les Japonais n’ont jamais pu déchiffrer. »

Dans les Maskwacis, sur les terres réservées aux rituels sacrés, où il a rencontré les peuples autochtones métis et inuit des Premières Nations et prononcé son premier discours. 25 juillet. © Zuma Press/Bestimage

Ce matin-là, dans l’entourage du pape, certains se réjouissaient que ce soit le cardinal Gérald Cyprien Lacroix, primat du Canada, dont le 65e anniversaire était, par un hasard providentiel, le 27 juillet, et le cardinal Mark Welle, figure à Rome de l’Église canadienne, qui ont partagé l’honneur de cette visite.

Autre image mémorable lorsqu’au cimetière de Maskwacis, une réserve située à une centaine de kilomètres d’Edmonton, on a vu Sa Sainteté méditer en fauteuil roulant. Et sur les rives du lac Sainte-Anne, lieu de culte sacré des Aborigènes catholiques, où le pape est resté assis pour bénir les eaux puis a prononcé son homélie devant des milliers de fidèles. Justin Trudeau et la gouverneure générale Mary Simon, représentant la reine d’Angleterre, étaient présents

Au cours de ce parcours, le Successeur de Pierre évoque l’échec et l’espérance, l’ambiguïté de la gravité, le poids du péché et de la culpabilité, l’escalier sacré, le cheminement spirituel… Ces journées, bien sûr, sont devenues l’objet d’une surveillance stricte, tant par policière et médicale, diplomatique et journalistique. Notre “caravane” du vol ITA AZ 4000 comprenait plus de journalistes et de photographes que jamais, très inquiets, comprenant de nombreuses nationalités différentes, dont un grand nombre d’Italiens, malgré la crise gouvernementale sur la péninsule. Presque à la dernière minute, François a dû annuler son voyage prévu au Soudan du Sud et en République démocratique du Congo début juillet, en raison d’une microfracture du genou droit et de fortes douleurs rhumatismales. On sait qu’un renversement s’est produit, qu’on ne voyagera plus comme avant, quand les événements se succédaient à un rythme soutenu. Le rythme a été ralenti à deux événements par jour. Mais le souverain pontife autoritaire et déterminé veut continuer à convaincre et à séduire le peuple de Dieu, auquel nous sommes l’un des premiers soumis. Comme on a pu le voir encore lors de l’habituelle conférence de presse sur le vol retour, en suivant avec attention notamment ses quatre discours et ses quatre sermons.

On sait qu’un virage a été fait, qu’on ne roulera plus comme avant

Nous l’avons tous regardé avec le cœur brisé, tant de douleur sur son visage de 85 ans, mi-sourire, mi-tendu. Il était accompagné de son cortège habituel de hauts prélats, gendarmes et gardes suisses et autres civils pour la logistique, ainsi que plus discrètement du médecin réanimateur Paolo Maurizio Soave de la Polyclinique Gemelli, qui portait deux lourdes serviettes noires, et de l’infirmier Massimiliano Strapetti . Il faut donc voyager “autrement”. Dans l’humilité, sans projets à long terme… Ce n’est pas un mystère. Depuis début mai, la plupart du temps, des douleurs aiguës au genou obligent le Saint-Père à se déplacer en fauteuil roulant. Vie quotidienne pénible. Quand Sandro Mariotti, devenu le majordome le plus célèbre de la terre, doit l’aider, il ne cache parfois pas sa mauvaise humeur.

Sur le vol de retour, l’évêque de Rome nous a avoué : « Je pense qu’à mon âge je devrais réfléchir à la possibilité de me retirer… Pour être honnête, ce ne sera pas une catastrophe : on peut changer de pape, changer n’est pas un problème. Ou sauvez-moi…