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on vous explique tout sur la Nouvelle Union Ecologique et Sociale Populaire, conclue entre les principaux partis de gauche

C’est un nouvel acronyme dans la vie politique française : Nupes, pour Nouvelle Union populaire écologique et sociale, est né début mai pour représenter l’union de la gauche voulue par plusieurs partis après la présidentielle. Cette union, composée de quatre grands partis, a un objectif clair : remporter le plus de circonscriptions possible aux élections législatives des 12 et 19 juin, et ainsi forcer la nomination de Jean-Luc Mélenchon au poste de Premier ministre.

Au cours de cette campagne, Nupes devra cependant faire face à la révolte de certains membres du Parti socialiste, qui y voient une alliance subordonnée à Jean-Luc Mélenchon et à son mouvement. Franceinfo fait le point sur cette union inédite.

Nupes, qu’est-ce que c’est ?

La nouvelle Union populaire écologique et sociale prend le pouvoir de l’Union populaire, l’instance chargée de défendre la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidence. Cette bannière est le fruit d’un accord politique entre plusieurs partis en vue des élections législatives.

Il est né le lundi 2 mai, lorsque La France insoumise (LFI) a signé une convention bilatérale avec Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Dans les jours suivants, des accords du même type sont signés avec les autres formations de gauche. Le Nupes prévoit d’investir 577 candidats samedi 8 mai, un dans chaque circonscription.

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Quels sont les partis qui le composent ?

La Nupes est composée principalement de La France insoumise, qui en est le noyau. Avec 22 % des suffrages exprimés par son chef Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l’élection présidentielle, la LFI a retenu 330 des 577 candidatures pour les législatives. Le “désobéissant”, qui compte actuellement un groupe de 17 députés, cherche à accroître sa présence au Palais-Bourbon.

Aux termes de cet accord, le pôle conservation, composé majoritairement d’EELV, pourra représenter des candidats dans 100 circonscriptions jusqu’à son élection en 2017. Le Parti socialiste, dont le groupe parlementaire de 28 députés, compte 70 circonscriptions. Enfin, le Parti communiste français, qui comptait 15 députés, pourra se présenter sous le drapeau Nupes dans 50 circonscriptions.

Un nouveau parti remplace-t-il les anciens ?

Non, ce n’est pas un nouveau parti qui est né de cet accord politique. De plus, les candidats qui seront élus sous ce drapeau rejoindront le groupe de leur choix à l’Assemblée nationale en juin. “Chacun aura sa propre association de financement”, a déclaré Jean-Luc Mélenchon, qui a mené les négociations marathon.

En termes simples, chaque parti conserve son indépendance, mais peut rejoindre une coalition parlementaire à l’Assemblée nationale s’il le souhaite.

Pourquoi l’union de la gauche intervient-elle maintenant et pas avant ?

Parce que les élections présidentielles et législatives ne sont pas le même type d’élection. Lors de l’élection présidentielle, les principaux partis, notamment la gauche, tentent traditionnellement de désigner un candidat pour ne pas détourner leur courant politique du débat démocratique.

C’est le choix fait par les écologistes, les socialistes ou encore les communistes lors de la dernière élection présidentielle, malgré le risque d’éparpillement des voix et d’élimination avant le second tour. Et les craintes se sont avérées fondées : le 10 avril, malgré les très faibles résultats obtenus par Yannick Jado (4,6 %), Fabien Russell (2,3 %) et Anne Hidalgo (1,7 %), 22 % de Jean-Luc Melenchon n’étaient pas permis d’accéder à la finale.

Le mode de scrutin aux élections législatives, qui comporte 577 bulletins de vote dans autant de circonscriptions du territoire, est plus favorable à la conclusion d’alliances. Pour tenter de sauver leurs sièges à l’Assemblée nationale, voire d’en gagner de nouveaux, les chefs des trois partis en difficulté ont décidé de s’unir à La France Insoumise, devenue le moteur de la gauche. Dans un premier temps, l’objectif sera de franchir la barre des 12,5 % d’inscrits dans le maximum des circonscriptions, synonyme de qualification pour le second tour.

Que défendent les partis de gauche dans leur programme commun ?

Il existe des variations mineures dans chacun des accords bilatéraux sur les éléments essentiels prônés par les différents pays Nupes. S’il y a des compromis dans le libellé et dans certaines propositions, ces accords s’inspirent largement de L’Avenir en commun, le programme de Jean-Luc Melenchon pour l’élection présidentielle de 2017, qui a été actualisé en 2022. Il comprend, parmi les points les plus importants, retraite à 60 ans, gel des prix, VIe République ou planification environnementale, autant d’éléments auxquels d’autres pays ont accepté de se joindre.

La France insoumise et le PS, antagonistes lors de la présidentielle, ont aussi trouvé un compromis pour l’Europe. Sur la question de la « désobéissance » à certaines règles de la communauté, au cœur du clivage entre les deux formations, l’accord est libellé comme suit : « au même but », à savoir « mettre fin au cours libéral et productif de l’Union européenne “.

L’ensemble du PS approuve-t-il cette union ?

Pas loin d’ici. Mercredi 4 mai, immédiatement après l’annonce du choix du Parti socialiste de rejoindre le Nupes, plusieurs dirigeants historiques du parti ont exprimé publiquement leur désaccord. C’est le cas de l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve, qui a immédiatement décidé de quitter le PS, soulignant dans un communiqué furieux diffusé sur les réseaux sociaux que « le parti de Jean-Luc Melanchon se bat sans relâche contre le Parti socialiste quand il gouvernait, comme quand il était n’est plus géré.”

D’autres ténors du parti n’ont pas encore annoncé officiellement leur départ, mais sont également très critiques. C’est le cas de l’ancien président François Hollande. “Je rejette l’accord sur le fond et même sur les circonscriptions”, a-t-il déclaré à La Montagne la veille de la validation de l’accord par 62% des électeurs réunis au Conseil national.

Ses anciens ministres, Stéphane Le Fol et Ellen Joffroi, qui représentent la mouvance minoritaire du parti contre la direction d’Olivier Faure, sont également dans le vent. Tout comme l’ancien premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis et certains présidents de départements et de régions, comme Carol Delga. La maire de Paris, Anne Hidalgo, fustige un accord irrespectueux “au peuple” et sans garantie “sur des sujets aussi importants que l’OTAN, la défense européenne et la laïcité”, tout en confirmant qu’elle “ne veut pas empêcher” cet accord .

Peut-il y avoir des candidats dissidents ?

Une ligne dissidente a commencé à se former au sein du Parti socialiste. Il est notamment porté par Carol Delga, présidente du PS de la région Occitanie, qui veut soutenir six candidats socialistes sur son territoire, même sous la forme de candidats LFI, écologistes ou communistes. Mouvement de contestation, soutenu par Michael Delafos, maire PS de Montpellier, qui accuse LFI de “manie”[r] surplus et injure constante”.

La 15e circonscription de Paris risque aussi d’être un symbole de la fronde contre le Nupes. La députée sortante du Parlement Lamia El Aaraj, qui a perdu son mandat début 2022 après l’annulation des élections par le Conseil constitutionnel, n’a pas dit son dernier mot. Alors que dans l’accord avec La France insoumise cette circonscription était réservée à Daniel Simon, porte-parole national du parti de Jean-Luc Mélenchon, l’ancien parlementaire socialiste n’a pas encore indiqué s’il entendait conserver ou non une candidature dissidente.

Les proches de François Hollande ont également pu entendre sa voix. Si la création d’un mouvement politique d’opposition au Nupes n’est pas à l’ordre du jour pour le moment, le maire du Mans et ancien ministre de l’Agriculture Stefan Le Fol s’est dit prêt mercredi sur France 2 à “mener la campagne” des dissidents du PS.