La police de Montréal a invité les médias à essayer leur nouveau simulateur et à tenter une intervention risquée. Voici le récit de l’expérience de notre journaliste.
Quelques heures plus tard, j’ai été mordu par un chien, j’ai aidé à sauver un kamikaze et j’ai vu un bébé mourir sous mes yeux.
Bien sûr, ces drames ne me sont pas vraiment arrivés. Mais à travers les écrans d’un simulateur que vient d’acquérir le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), j’y ai presque cru.
Un poil à la main, j’avais presque envie de plonger dans une rivière pour sauver un nouveau-né jeté à l’eau par un père en crise de noyade certaine.
Mais au final, ce n’était qu’une scène jouée par des acteurs et projetée sur des écrans géants. Cinq écrans pour être précis, offrant un effet à 300 degrés.
Comme les livres pour enfants
Ce système de simulation sophistiqué est le VirTra V-300. Le SPVM est le premier corps de police municipal au Canada à en avoir un.
Le principe est similaire aux livres que vous lisiez enfant, où vous pouvez décider vous-même de la suite de l’histoire. Cependant, cette version adulte vous permet d’utiliser trois outils précieux pour vous mettre dans la peau d’un policier : une arme à feu, un piment rouge et la parole.
Photo de Martin Alari
Pour effectuer les simulations, le SPVM nous a équipé du Glock 19, une arme policière non fonctionnelle et munie de lasers à l’écran.
L’instructeur Pierre-Yves Lecomp a réalisé le reportage sur son ordinateur à partir des réactions de journalistes invités à prendre la place d’un policier jeudi dernier.
Mes cinq collègues et moi avons agi différemment. Mon approche était un assez bon flic, car j’ai essayé de raisonner l’individu en crise et je n’ai jamais tiré.
Cependant, cela m’a valu une vilaine morsure de chien, qui m’est apparue beaucoup plus rapidement que prévu. Les contacts avec la police me disent depuis des années que le temps de réflexion est minime lors d’une intervention à haut risque. Je n’y ai jamais autant cru que cette semaine.
Le journaliste de Radio-Canada Pascal Robidas était mon partenaire pour les simulations. Voyant qu’il était content, je me suis amusée à lui sucer la bite en lui disant que s’il était agent, il serait certainement la “star” de plusieurs vidéos sur les réseaux sociaux.
Photo de Martin Alari
Notre journaliste Frederick Giger et son partenaire d’exercice, Pascal Robidas, journaliste de Radio Canada, tentent de mettre de l’ordre chez un père en crise qui menace de jeter son bébé dans une rivière au fond d’un pont.
A l’ère des vidéos
Ce dernier point est aussi l’une des raisons d’acquérir un tel système.
La diffusion sur les réseaux sociaux d’interventions policières filmées par des citoyens est un phénomène avec lequel les autorités doivent désormais composer.
Si les vidéos sont parfois sorties de leur contexte et ne montrent qu’une partie du processus, d’autres sont évidemment le reflet d’une erreur policière.
Les rapports du coroner sur les décès d’Alain Magloir et de Pierre Coriolanus ont également motivé la décision d’avoir un tel système alors qu’il y avait un manque de formation pour les personnes en crise.
“L’expérience que les policiers viendront chercher ici leur prendra peut-être cinq ans dans la région avant de l’acquérir. Tiens, je te fais essayer quelques minutes”, explique le moniteur Lecompte.
Photo de Martin Alari
L’agent Pierre-Yves Lecompte est actuellement le seul instructeur formé pour utiliser le système au sein du SPVM.
Au bout du compte, une chose reste certaine pour moi : la police n’est pas pour tout le monde, encore moins pour une mère dont le cœur se serre lorsqu’elle voit un faux père déposer son faux bébé au bas du faux pont.
Une façon d’aider les employés traumatisés
Le nouveau simulateur du SPVM permettra bientôt de créer des scénarios d’immersion personnalisés qui pourraient grandement aider à la réinsertion des policiers en état de choc post-traumatique.
Suicides, homicides, homicides féminins, homicides d’enfants, souffrance humaine, surconsommation, stress psychologique, affrontements mortels, agressions sexuelles : la nature des interventions policières est souvent émotionnelle.
Dans certains cas, les agents subissent un traumatisme et doivent s’absenter du travail pendant plusieurs jours, mois, voire années.
“Nous voyons des choses que la plupart des gens ne voient pas dans leur vie”, a déclaré le commandant Salvatore Serrao, chef du département du recours à la force. Cela peut être un excellent outil pour aider nos policiers à reprendre la route. L’effet réaliste ici est sérieux, ce n’est pas un jeu, quand je l’ai essayé, j’ai senti que mon rythme cardiaque augmentait vraiment. »
Photo de Martin Alari
Salvatore Serrao, chef du Service de la force du SPVM.
“Une vraie scène à Montréal”
Si les scénarios actuels sont tournés aux États-Unis, donc en anglais, et selon les réalités de nos voisins du sud, les capacités de ce système permettront au SPVM d’aller beaucoup plus loin dans les prochaines semaines.
« Nous pourrons prendre une vue panoramique d’une scène réelle à Montréal et créer des scénarios individuels selon les besoins que nous avons ici », explique le commandant Serrao. Nous pouvons même reproduire assez fidèlement un événement traumatisant et offrir à nos agents la possibilité de le répéter afin de les désensibiliser. »
A plusieurs reprises au cours de la simulation, l’instructeur Pierre-Yves Lecomp a été interrogé par des journalistes pour savoir quelle intervention était la bonne.
“Il n’y a pas de bonne réponse”, a-t-il répété.
“On travaille avec les gens, donc il y a toujours des zones grises et les perceptions du danger sont différentes d’une personne à l’autre”, a ajouté l’agent Lecompte. C’est pourquoi certaines personnes peindront plus vite que d’autres. C’est pourquoi certains pourront calmer les gens juste en leur parlant. C’est pourquoi certains policiers seront marqués plus que d’autres. »
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