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Chut ! | La presse

Dans ma chronique de mercredi dernier, j’ai consacré quelques lignes à deux expériences récentes où des téléspectateurs bavards ont dérangé les gens autour de moi, voire carrément dérangé les émissions où j’étais. Il me semble avoir touché une corde très sensible.

Publié hier à 19:45

Vous êtes nombreux à m’écrire pour me dire que vous constatez que ce phénomène prend de l’ampleur et qu’il vous rend très nerveux. Certains m’ont même dit qu’à cause de cela ils n’allaient plus au théâtre ou au cinéma.

J’ai dit que pendant le spectacle Pour une histoire d’un soir, quelques minutes après le début du spectacle, il y a eu un bruit du bas de l’étage. Un homme et une femme, un verre à la main, refusent de s’asseoir et bavardent bruyamment. Lorsque les spectateurs assis derrière eux leur ont demandé de se taire, ils ont répondu en les aspergeant du contenu de leurs verres. Quelqu’un est allé chercher un garde qui a escorté le désobéissant jusqu’à la sortie.

Comme un moment pathétique, c’est le summum ! Vous allez assister à une émission en espérant vivre des moments magiques et êtes agressé par des inconnus ivres et désagréables.

Car le problème avec ces personnes, qualifiées de “spectateurs toxiques” par les professionnels du spectacle, c’est qu’elles n’acceptent pas d’être rappelées à l’ordre. Un lecteur m’a dit qu’il avait gentiment demandé à un spectateur d’arrêter d’envoyer des messages pendant l’émission de Sting. La luminosité de l’écran dérangeait les personnes assises près d’elle. La jeune femme a ignoré le spectateur.

Bien sûr, on peut blâmer l’alcool que l’on peut désormais consommer dans les chambres. Mais je crois qu’il y a plus que cela.

On assiste à une perte de courtoisie, une sorte de méconnaissance des notions de rituel qui entourent un spectacle. Ces téléspectateurs qui ont grandi devant la télévision ne savent plus comment se comporter au théâtre. Ils se croient dans leur salon.

Ils agissent comme à l’époque du théâtre élisabéthain, où le public buvait, mangeait et parlait aux acteurs pendant la représentation. Le problème est que les codes ont évolué.

Une lectrice m’a raconté le désastre qu’elle a vécu en allant voir le spectacle de Patrick Bruel au Théâtre St-Denis (notez que les billets coûtent 90$). Elle a eu le malheur de se retrouver derrière deux parents qui ont eu l’idée de faire venir leur fils de 4 ans. Pendant deux heures, l’enfant n’a cessé de bouger, de parler, de passer d’un parent à l’autre. Zut!

Aller à un spectacle est désormais une sortie coûteuse pour beaucoup de gens. Ce soir, c’est “l’événement” de l’année. Ce moment leur appartient. Les autres n’existent plus.

On pourrait probablement commencer par une étude sociologique et analyser ce phénomène en analysant le type de public, de spectacle et de lieu (on m’a dit que le chat est très présent au Casino de Montréal). Mais une autre expérience me fait croire qu’il n’est pas nécessaire de s’aventurer sur ce terrain.

Récemment, lors du concert de l’OSM avec Daniil Trifonov, j’ai vécu quelque chose de surréaliste. Nous venons de faire la fameuse annonce pour inviter les gens à éteindre leurs téléphones portables et tout le reste. Le pianiste a commencé à jouer (le travail commence très doucement). Et là, une dame ouvrit son sac et en sortit un bonbon, qu’elle développa lentement en d’interminables secondes. Toute la pièce pouvait entendre le bruit du cellophane. Cela ressemblait à une publicité humoristique pour les pastilles Vicks.

PHOTO SARA MONJO-BIRKET, ARCHIVES LA PRESSE

Le pianiste russe Daniil Trifonov lors de sa performance avec l’OSM le 20 avril

Cette femme savait-elle qu’elle détruisait la magie et imposait sa présence à 2 000 autres personnes ? La nature humaine me fascine autant qu’elle m’attriste.

Ce que je regrette de ces haut-parleurs et autres intrus, c’est qu’ils tuent ce que le spectacle a à offrir : la symbiose de la foule. J’aime rire, j’aime être ému, j’aime être dérangé et bousculé. Mais je veux ressentir cela en même temps que les autres. C’est ce que nous recherchons lorsque nous allons voir une émission. Sinon, vous pouvez vous cacher chez vous devant votre aquarium.

Les théâtres et les salles de concert ont trouvé des moyens originaux de nous rappeler les règles de l’étiquette avant un spectacle. Après les téléphones portables et les bonbons, va-t-on devoir désormais dire aux téléspectateurs qu’ils doivent s’abstenir de parler pendant l’émission ? Je pense qu’on est là !

En 2019, l’association des promoteurs professionnels du spectacle RIDEAU et la Société des compositeurs, auteurs et éditeurs de musique du Canada (SOCAN) ont organisé une conférence intitulée Pardon, le spectacle dérange-t-il votre conversation ?. Cela en dit long sur l’ampleur de ce problème.

Le phénomène « observateur toxique » est devenu sérieux. Il est grand temps de le limiter. Sinon, l’industrie du divertissement risque de souffrir.

Appelez tout le monde

Avez-vous récemment eu une expérience avec un “spectateur toxique” ?