France

un gros gâchis autour du chèque alimentaire

Pour l’instant, le gouvernement se contente de dire que le chèque alimentaire verra le jour, comme promis par le président de la république, mais se garde de donner des détails. Sera-t-il mensuel ou sera-t-il payé en une seule fois ? Qui sera concerné ? Y aura-t-il des flèches sur plusieurs produits ou pourra-t-on l’utiliser quels que soient les articles du panier ? Pour l’instant, ces questions restent sans réponse…

Cependant, il y a urgence. L’inflation persiste en France et, pour la première fois depuis septembre 1985, vient de dépasser 5 %. En mai, la croissance des prix a atteint 5,2 % en un an, selon l’Insee. Les prix des aliments ont augmenté de 4,2 %, les étiquettes spéciales pour la viande, les pâtes et la farine augmentant. De nombreux ménages sont contraints de faire des compromis et de réduire leurs achats de produits de première nécessité.

Difficultés techniques

Cependant, de la part de l’exécutif, nous sommes convaincus qu’il n’est pas facile de préparer cette inspection alimentaire. Nous insistons sur la difficulté technique. Cependant, l’idée n’est pas née avec la guerre en Ukraine, ni avec l’inflation qui s’installe en France, mais lors du Congrès civil. Le principe a même été repris dans la loi climat de juillet 2021.

Le gouvernement a également commandé un rapport sur le sujet à l’inspection des finances, mais l’étude, présentée il y a quelques semaines, n’a pas été publiée.

Il faut dire que les positions politiques divergent et ce chèque est devenu un objet de tension politique dans la majorité. Les plus “sociaux” veulent que ce soit un coup de pouce généralisé, tandis que les tenants de la finance s’inquiètent d’éventuelles dérives budgétaires. “Il faut faire attention à ne pas arroser le sable avec un appareil très gros et très cher”, prévient l’entourage de Bruno Le Mer.

Trop de lentilles tuent l’appareil

Les nombreux objectifs que l’exécutif veut fixer a priori à cette inspection sont sans doute remis en cause. Sur le plan économique avant tout, car le but principal de cette inspection est d’aider les ménages les plus pauvres à faire face à la hausse des prix alimentaires. Sur le plan nutritionnel, ce chèque peut aider ces ménages à mieux manger et donc à privilégier des produits frais et de qualité. Environnementalement enfin, puisqu’il s’agirait de privilégier les produits alimentaires locaux et donc de soutenir le secteur agricole.

“C’est impossible d’atteindre tous ces objectifs, c’est la limite du ‘en même temps'”, estime un proche du dossier.

Ainsi, les représentants de la distribution ont déjà prévenu : l’utilisation de ce chèque uniquement sur des produits bio ou locaux nécessitera des caisses enregistreuses particulières, qui permettent une présélection des produits. Impossible pour une exécution rapide.

Du côté des agriculteurs, comme la FNSEA, en revanche, nous insistons pour que ce chèque soit l’occasion de “reconnecter la production agricole et les citoyens, notamment en favorisant l’accès des plus démunis à des produits durables”. Nul doute que cet argent public financera des achats de mauvaise qualité, notamment importés, lorsque les agriculteurs français peinent à joindre les deux bouts.

Guerre des lobbys

Enfin, sans compter sur les associations caritatives et les ONG pour avertir le public cible. Selon eux, au moins 8 millions de Français ont du mal à s’alimenter correctement au quotidien. C’est bien plus que les bénéficiaires de l’audit énergétique – 5,8 millions de Français. Ne lésinez pas.

Derrière ces objectifs, bien sûr, il y a tant de lobbies – tous politiquement importants – qui se battent.

Dans ce contexte, la crainte de Bercy d’acheter la loi, qui sera introduite au début de l’été, est aussi « de ne pas alimenter à nouveau l’inflation, car les distributeurs risquent de s’en servir pour reconstituer leurs marges et même augmenter davantage les prix ». Il ne peut donc être question d’alimenter une spirale inflationniste. Il s’agit également de surveiller le compte. Jean Denormandi, l’ancien ministre de l’agriculture, a évoqué une enveloppe comprise entre 4 et 6 milliards d’euros. “Cela semble beaucoup”, a déclaré un autre ministre.

De plus, de nombreux votes à la majorité sont relevés, ce contrôle est donc simple, visible, facile. Il devrait être distribué aux étudiants et aux ménages modestes percevant des minima sociaux.

Cependant, le gouvernement hésite sur sa forme, entre une majoration mensuelle – pour une durée limitée, plusieurs mois – et un versement unique, calqué sur l’allocation de rentrée scolaire allouée à la fin de l’été pour aider les familles les plus modestes à couvrir frais de retour à l’école.

Distribuer une carte alimentaire ?

L’une des options qui semble également tenir la route est la distribution d’une carte alimentaire – sur le modèle des titres restaurant – qui permet de bien cibler les achats alimentaires. Les supermarchés et les grandes surfaces savent l’utiliser.

Le seul problème, l’impossibilité d’acheter sur les marchés. “La crainte d’un tel dispositif, c’est aussi que des intermédiaires comme Endered prennent une commission au passage”, explique une source de Bercy.

Dans ce contexte, Emmanuel Macron devra prendre une décision. Reconnaissant le caractère trompeur que cette inspection alimentaire peut créer auprès des écologistes ou des plus démunis, l’exécutif ne se presse pas de présenter sa copie et cultive l’ambiguïté. En tout cas, jusqu’aux élections législatives…