En janvier 2022, une équipe internationale de chercheurs alertait sur l’impact des produits chimiques produits et leurs effets « cocktail » sur l’ensemble du système terrestre. Les scientifiques ont conclu que l’humanité a franchi un seuil planétaire qui permet une évaluation correcte de la production et des émissions de nouveaux polluants.
Parmi ces polluants figurent les perturbateurs endocriniens (retardateurs de flamme utilisés comme retardateurs de flamme, bisphénol A présent dans certains plastiques, produits pharmaceutiques), qui sont connus pour interférer spécifiquement avec le système hormonal des animaux et de l’homme et ainsi causer des problèmes de santé. Ces contaminants se trouvent dans nos aliments, nos boissons, nos meubles, nos rivières et nos lacs ; bref, ils sont partout.
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Contrairement à la plupart des polluants (comme les métaux), dont la toxicité augmente avec leur quantité, les perturbateurs endocriniens agissent souvent en sens inverse, c’est-à-dire qu’ils ont des effets nocifs à très faible concentration. Cette caractéristique rend leur régulation très difficile.
Je suis professeur-chercheur à l’Institut national de recherche (INRS) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en écotoxicogénomique et troubles endocriniens. Avec ma collègue Isabel Plante, spécialisée dans la recherche sur les causes environnementales du cancer du sein à l’INRS, nous avons cofondé le Centre intersectoriel d’analyse des perturbateurs endocriniens, CIAPE en 2020.
Les membres du CIAPE viennent de publier un numéro spécial sur les perturbateurs endocriniens dans la revue scientifique spécialisée Environmental Research. Cette édition comprend 14 ouvrages d’analyse documentaire de toutes les réalisations scientifiques et environnementales en santé liées aux perturbateurs endocriniens. Nous résumons ici quelques faits saillants liés à leur ubiquité, leur détection, leur élimination et leur régulation.
Surveillance de l’impact des polluants sur la santé humaine
Une revue de la littérature de l’équipe par la chercheuse en épidémiologie Vicki Ho de l’Université de Montréal a mis en évidence l’importance des études épidémiologiques (étude des problèmes de santé des populations humaines, leur fréquence, leur répartition dans le temps et dans l’espace) pour caractériser les effets des perturbateurs endocriniens sur la santé des populations humaines.
Par exemple, une étude menée en Corée du Sud a montré que la teneur en polluants organiques persistants tels que les biphényles polychlorés (PCB) dans le sang augmentait de trois fois les risques de cancer de la prostate. Une autre étude a montré que des niveaux élevés de retardateurs de flamme bromés (retardateurs de flamme trouvés, par exemple, dans les meubles rembourrés) dans le sérum des jeunes filles sont associés à des menstruations plus précoces.
Cependant, il est difficile de lier les problèmes de santé à l’exposition à des destructeurs spécifiques, car les gens sont exposés à un mélange de polluants tout au long de leur vie, ce qui rend la recherche épidémiologique très complexe. Cependant, le professeur Ho et son équipe recommandent d’intégrer l’épidémiologie humaine aux recherches toxicologiques (étude des effets nocifs des produits chimiques sur le vivant) et écotoxicologiques (étude des polluants et de leur impact sur l’environnement) dans l’évaluation des risques des produits chimiques.
Nos médicaments sont rejetés dans l’environnement
Les médicaments pharmaceutiques sont devenus des produits de consommation (excessive), avec un usage quotidien pour certains d’entre eux. Leur volume de consommation est tel qu’ils pénètrent dans les égouts et les rivières par l’urine et les matières fécales excrétées par les humains et les animaux de ferme.
Les antibiotiques, les antidépresseurs et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, naproxène) qui se déversent dans les cours d’eau peuvent avoir un effet sur la santé des animaux.
(Shutterstock)
Les structures chimiques des hormones sont bien préservées au cours de l’évolution (la testostérone se trouve dans les poissons, les grenouilles, les oiseaux, les mammifères et les humains). Ainsi, des médicaments hormonaux ou destinés à agir sur nos hormones sont fonctionnels chez d’autres animaux, provoquant parfois des effets indésirables.
Pascal Voden, chercheur en physiologie à l’université de Tours, et son équipe ont découvert que les antibiotiques, les antidépresseurs et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, naproxène) ont des effets neurologiques, notamment sur le développement cérébral et le comportement des animaux.
Dépistage de l’activité anormale de l’eau endocrinienne
Les perturbateurs endocriniens ont des structures chimiques variées, des propriétés chimiques et physiques hétérogènes et la capacité de se distribuer dans diverses matrices environnementales, y compris les tissus humains, ce qui complique leur détection. Cependant, leurs caractéristiques ont considérablement évolué au cours des dernières décennies en raison du développement de tests avancés et très sensibles pour détecter de faibles niveaux de perturbateurs endocriniens dans l’eau, le sol, l’air, les sédiments, les aliments, le sang, le lait maternel, le placenta et autres. C’est pourquoi il est désormais possible de les détecter même à des concentrations infinitésimales, ouvrant la voie à une meilleure réglementation et gouvernance internationale, comme le suggère une équipe de chercheurs dirigée par le professeur honoraire Chris Metcalfe de l’Université de Trent.
La présence de plusieurs perturbateurs endocriniens dans notre environnement, comme les eaux usées, complique également l’étude de leur toxicité et de leurs effets sur la santé. Par exemple, les concentrations individuelles de divers polluants peuvent être faibles dans les eaux usées municipales, ce qui rend impossible l’observation d’une activité œstrogénique (imitant les œstrogènes) lors de l’étude de ces composés individuellement. D’autre part, lorsque les effets de tous les polluants se rejoignent, le flux de déchets peut montrer une activité œstrogénique globale.
L’analyse chimique de tels échantillons est complexe et l’utilisation d’essais biologiques (tests utilisant des organismes vivants ou des cellules isolées) peut aider à résoudre un tel problème. Nous avons constaté qu’il est en effet possible de tester si les eaux usées municipales, hospitalières ou industrielles ont une activité globale de perturbateur endocrinien, en utilisant, par exemple, des tests cellulaires (utilisant des lignées cellulaires maintenues en laboratoire et ultrasensibles aux perturbateurs endocriniens).
Ces tests très performants permettent à la fois de tester l’efficacité des systèmes de traitement des eaux usées et de surveiller l’environnement, selon les travaux de Julie Robitaille de l’INRS. Les instances gouvernementales et internationales doivent maintenant établir des critères environnementaux (seuils de toxicité) basés sur les données scientifiques disponibles pour protéger nos écosystèmes et la santé humaine.
Éliminer les perturbateurs endocriniens des eaux usées
L’élimination des polluants dans les eaux usées est l’un des principaux objectifs des stations d’épuration. Il existe une variété de procédés différents pour traiter l’eau polluée, chacun avec ses avantages et ses limites.
Grâce à notre revue de la littérature menée par Jean-François Blaise, professeur à l’INRS en assainissement et décontamination, nous avons constaté que malgré la variété des procédés de traitement existants, plusieurs stations d’épuration n’arrivent toujours pas à éliminer 100 % des perturbateurs endocriniens.
En revanche, certains procédés, comme l’ozonation en fin de traitement des eaux usées, seraient capables d’éliminer tout le bisphénol A (ou BPA, notamment dans les bouteilles en plastique) présent dans l’eau. De plus, la ville de Montréal entreprendra bientôt des travaux pour doter la ville d’un procédé d’ozonation pour désinfecter ses eaux usées. M. Blaise et son équipe croient qu’il est important de caractériser les types et les concentrations de polluants présents dans les eaux usées pour chaque municipalité avant de sélectionner les meilleures options de traitement.
Repenser l’analyse du risque des polluants environnementaux
Nos travaux ont révélé que l’initiative des approches intégrées des essais et de l’évaluation, proposée par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), constituera un excellent premier pas vers une approche entièrement intégrée des données existantes sur les polluants, y compris les perturbateurs endocriniens. Cette initiative vise à rassembler les résultats des recherches du monde entier pour mieux comprendre les effets des polluants et établir une réglementation de suivi.
Le Canada modernise actuellement son processus d’évaluation des risques pour inclure des approches intégrées de test et d’évaluation.
Le message de départ est que la société mondiale a besoin d’une plate-forme évolutive d’évaluation des risques…
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