Il y a deux choses importantes lorsqu’un premier ministre décide d’aller au combat : choisir le bon sujet et choisir le bon moment. Mais cette semaine, entre le Congrès de la CAQ et les débats à l’Assemblée nationale, c’était tout autre chose.
Posté à 18h00
On a entendu le premier ministre parler de « danger pour l’avenir de la nation » et même de « louisianisation », bref, du Québec qui est sur le point de perdre son caractère français.
Drôle de moment pour en parler. Après tout, si la situation linguistique s’est détériorée de façon si dramatique durant son mandat, ce n’est certainement pas le bon moment pour les réalisations de son gouvernement.
En fait, si le caractère français du Québec est à ce point menacé, il appartiendra au premier ministre d’en faire sa priorité absolue. Et puisque cette menace ne peut se concrétiser en quelques jours, on se demande pourquoi il a attendu le 44e mois de son mandat de 48 ans pour légiférer sur la question linguistique.
C’est tout pour le moment. Quant à la bataille qu’il a choisi de mener, elle est encore plus déroutante.
M. Lego part en guerre parce que le gouvernement fédéral veut conserver le pouvoir sur l’immigration à des fins de regroupement familial.
Ces immigrants sont sélectionnés par le gouvernement fédéral et la moitié d’entre eux, dit Lego, ne parlent pas français. Sauf que lorsqu’on analyse les chiffres, on arrive à une situation qu’on peut difficilement considérer comme menant à la louisianisation du Québec.
Premièrement, la moitié des 14 000 immigrants de cette catégorie parlent déjà le français. Sur les 7 000 qui restent, certains sont des enfants qui vont fréquenter une école française, comme le prévoit la loi 101. Et il y a un certain nombre de grands-parents – bien qu’il soit de plus en plus difficile de les parrainer – qui n’entreront pas dans le monde du travail en raison de leur âge. .force. M. Lego a reconnu qu’il fallait faire preuve de discernement dans ces deux affaires.
Il reste des conjoints qui n’ont pas toujours la capacité d’apprendre le français dans leur pays d’origine, mais qui devraient pouvoir le faire au Québec. Il est difficile de croire que ce groupe – nous parlons d’au plus quelques milliers de personnes – est soudainement devenu responsable de menaces majeures pour l’avenir de la nation.
Enfin, même si le choix est fait par Ottawa, Québec a déjà une part de responsabilité dans l’accueil des candidats à la réunification familiale. Ils doivent faire une demande au gouvernement du Québec, qui s’assurera qu’ils sont parrainés par un proche qui devra subvenir à leurs besoins essentiels. Ce n’est pas la plus grosse poignée, mais elle existe.
Mais surtout, il faut se demander ce que ferait le Québec, qui serait bien différent du gouvernement fédéral s’il acquérait le pouvoir de réunir la famille, car c’est une question qui relève essentiellement de considérations humanistes.
Le regroupement familial est l’un des principaux objectifs de toute politique d’immigration. Ce n’est pas en vain qu’il est mentionné à l’article 1 de la Loi sur l’immigration du Québec1.
En pratique, le Québec dira-t-il à un homme ou à une femme au Guatemala ou en Ukraine qu’il ne peut rejoindre son conjoint tant qu’il n’aura pas appris le français? Poser une question, c’est y répondre.
L’important n’est pas d’avoir des pouvoirs, mais ce qu’on en fera. Alors pourquoi lutter contre une réunion de famille si Québec finira par faire pratiquement la même chose qu’Ottawa?
Si M. Lego veut trouver un sujet porteur dans le domaine de l’immigration, il lui serait beaucoup plus utile de parler des 70 000 permis de travail temporaires, souvent de langue anglaise, délivrés annuellement par Ottawa et qui ont contribué à changer le langage du portrait. des quartiers centraux de Montréal. Tout ce qu’il ne fait pas.
Mais le but n’était ni d’acquérir de nouveaux pouvoirs ni de faire avancer les Français. Il s’agissait simplement de donner le ton à l’argumentation nationaliste de la CAQ à quelques mois de l’élection.
Même si tout cela a conduit à un débat inattendu sur les véritables intentions de M. Lego. Après tout, certains croient encore qu’il est un souverain caché sous l’apparence du chef du Parti nationaliste du Canada.
Mais nous ne sommes pas dans un roman d’espionnage de l’époque de la guerre froide avec une taupe qui révèle soudainement ses vraies couleurs après des années de pénétration de l’autre côté.
La motivation du premier ministre est plus simple : il veut une victoire nette et il reste un assez bon groupe d’électeurs nationalistes pour aller au PQ et même quelques-uns au PLQ, deux partis en grande difficulté.
Hé, on pourrait appeler ça l’électorat Bernard Drainville!
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