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Londres prend le risque d’une crise profonde avec Bruxelles

Manifestation de protestation à l’occasion de la visite de Boris Johnson à Hillsborough, en Irlande du Nord, le 16 mai 2022. PUTHER MORRISON / AP

Boris Johnson prend le risque de provoquer une nouvelle et profonde crise entre le Royaume-Uni et l’Union européenne (UE), malgré la guerre en Ukraine. Moins de trois ans après avoir signé l’accord de Brexit avec Bruxelles, le Premier ministre britannique a unilatéralement remis en cause une partie importante de ce traité international. Avec le Northern Ireland Protocol Bill, un projet de loi annoncé en mai publié et formellement déposé à la Chambre des communes le lundi 13 juin, Downing Street entend se débarrasser de pans entiers du protocole d’Irlande du Nord, un texte qui épargne la position unique et double L’Irlande du Nord, qui fait toujours partie du marché intérieur européen bien qu’elle soit l’une des nations du Royaume-Uni, vise à éviter une frontière “dure” sur l’île d’Irlande.

Le projet de loi allège considérablement les contrôles douaniers en mer d’Irlande en supprimant tous les contrôles sur les produits en provenance du Royaume-Uni destinés au marché d’Irlande du Nord (seuls les produits susceptibles d’être vendus en République d’Irlande seront toujours contrôlés). Le texte retire également le rôle de contrôle du protocole à la Cour de justice de l’Union européenne et donne aux ministres britanniques le droit de modifier presque tout le reste du protocole (régime des aides d’État, TVA, etc.).

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L’objectif affiché de Liz Truss, la ministre britannique des Affaires étrangères, est de “défendre” l’accord de paix du Vendredi Saint de 1998 (qui a mis fin à la guerre civile entre les unionistes fidèles à Londres et les nationalistes favorables à la réunification de l’Irlande), qui, selon lui, seraient déstabilisés par le protocole, les syndicats y voyant une atteinte grave à leur identité britannique. L’objectif moins connu de Boris Johnson est de persuader le DUP, principal parti unioniste, d’accepter de former un exécutif avec les nationalistes à Belfast. Les dirigeants du DUP estiment que le chef du gouvernement les a trahis en leur promettant fin 2019 que le protocole introduirait un “non” de contrôle en mer d’Irlande, et font maintenant chanter Downing Street pour s’en débarrasser.

Une avalanche de réactions négatives

Pour les Européens, le projet de loi sur le protocole d’Irlande du Nord est une violation manifeste des engagements internationaux du Royaume-Uni. Simon Cowney, ministre des Affaires étrangères irlandais, déplore un texte qui, s’il était adopté, “violerait les engagements de la Grande-Bretagne au regard du droit international”. Le vice-président de la Commission européenne, Maroš Šefčovič, a condamné “une action unilatérale sapant la confiance mutuelle”. Il a également annoncé que la Commission envisageait de reprendre la procédure d’infraction, entamée en mars 2021, alors que Londres avait déjà décidé de prolonger unilatéralement le délai de grâce pendant lequel les contrôles douaniers ne sont pas appliqués en mer. L’Irlande, le temps que les milieux économiques s’adaptent.

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