Le gouvernement d’Elisabeth BornedossierLe numéro 2 d’Horizons, le parti de centre-droit fondé par Edouard Philippe, prend les rênes de la Transition écologique. Comme Amélie de Montchalin, qu’il remplace, l’homme n’a jamais travaillé sur le dossier vert.
Avec Christophe Bechu, 48 ans, c’est une nouvelle figure de droite qui prend la tête du gouvernement. Mais pour les fibres écologiques, nous reviendrons. La nouvelle ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales depuis mai, remplace la sortante Amélie de Montchallen, battue aux législatives dans l’Essonne. « Il a un avantage pour ce poste, le fait qu’il connaît bien les territoires. C’est un profil différent de celui d’Amélie de Montchalin, elle-même issue de la technostructure. souligne Mathieu Orfelin, ancien député du Maine-et-Loire et ancien tête de liste Bloc des gauches au niveau régional, qui sait “très bien” le nouveau ministre et actuel maire d’Angers, où il est né. “Une chose est désormais certaine : elle n’a jamais été franchie @ChristopheBechu du moindre combat écologique”, grondé député Nupes Sandrin Russo.
Une chose est désormais certaine : je n’ai jamais rencontré @ChristopheBechu dans aucun combat environnemental.
— Sandrine Rousseau (@sandrousseau) 4 juillet 2022
Issu des Républicains, bien qu’il ait quitté le parti en 2017, Christophe Bechu a annoncé d’emblée son soutien à Emmanuel Macron. Ce diplômé de Sciences-Po Paris, collecteur de mandats (il a été député européen, président du conseil général du Maine-et-Loire, sénateur, conseiller régional et maire) se revendique de la droite modérée. Il s’oppose cependant au mariage homosexuel en signant une chronique avec Bruno Retaillo (LR) dans le magazine d’extrême droite Valeurs actuelles. Et des affiches de prévention du VIH censurées à Angers montrant des couples homosexuels, « étant donné le caractère choquant des messages », il s’en est justifié en 2016.
“Il avait bien raison”
Proche politiquement et personnellement d’Edouard Philippe, il devient en 2021 secrétaire général d’Horizons, le parti fondé par ce dernier. Sa promotion renforce le poids du courant philistin dans l’exécutif. Et, a priori, celle de l’écologie s’affaiblit. “Il avait très, très raison, il était militant dans le micro-parti d’Alain Madeline [Démocratie libérale, ndlr]. Il ne se souciait pas de l’écologie alors, se souvient d’un homme qui a étudié avec lui à Paris. Mais c’était il y a vingt ans, il a réussi à changer.
A-t-il été conscient de l’urgence environnementale depuis ses années d’étudiant ? Apparemment Non. Localement, certains, comme Jeunes insoumis.es Angers, l’appellent “bétonnière de 49” : abattage massif d’arbres pour construire des lignes de tramway, polémique récente sur la prolifération d’un parking…
Sur les grandes questions nationales, Beshu n’a pas brillé par sa compréhension des questions environnementales. Au contraire. Selon Clément Seneschal de Greenpeace France, le nouveau ministre “a été particulièrement illustré par son opposition à l’interdiction des néonicotinoïdes tueurs d’abeilles lorsqu’il était sénateur.” Pourtant, Orphelin nous assure : Béchu « est sensible aux thématiques de l’écologie et de la biodiversité, de l’habitat et des transports », ces deux derniers ministères lui sont liés.
Pourtant, l’homme est aussi un ardent défenseur du nucléaire, alors qu’Emmanuel Macron a fait de l’atome la lame de sa politique énergétique pour ce deuxième quinquennat.
Sixième ministre de l’Ecologie en cinq ans
Dans tous les cas, Christophe Bechu – dont le ministère est passé de la 5e à la 10e place dans l’arrêté protocolaire – et sa collègue de la Transition énergétique, Agnès Panier-Runacher, devront agir de toute urgence. Le tout sous la houlette d’Elizabeth Bourne, première ministre chargée de l’environnement et de la planification énergétique, et d’Antoine Pellion, secrétaire général de la planification environnementale, lui aussi très pro-nucléaire. Le Haut Conseil pour le Climat (HCC) a de nouveau appelé la semaine dernière à “Déclenchement de l’action climatique en France”, soulignant que la réponse au réchauffement climatique “progresse mais pas encore assez”. “Je crois que Christophe Bechu est conscient des enjeux, martèle Matthieu Orphelin. Maintenant, il va falloir passer à l’acte et aller vite car on a accumulé des retards. Il devra gagner des arbitrages. Jusqu’à présent, aucune mesure environnementale forte et emblématique n’a été annoncée.
“Nous jugerons les cas”, avance Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, regrettant que Christophe Bechaux soit “le sixième ministre de l’environnement en cinq ans”.
Il semble difficile de trouver la bonne personne pour ce poste : pour Daniel Boy, spécialiste de l’écologie politique, “Ceux qui ont une expertise sur ce sujet ne veulent pas se mêler d’un gâchis, comme Nicolas Yulo, car ils savent que le champ d’action d’un ministre de l’écologie est limité. Nous n’avons pas encore découvert les actions du premier ministre. Qui que nous nommions à l’écologie, tout dépend de la place qu’on lui laisse : soit on avance, soit c’est du plâtrage.
Mise à jour à 14h10 avec plus d’éléments de portrait.
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