Editeurs de “Le Monde”. Depuis le début de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a le plus grand mal à expliquer aux Français pourquoi il brigue un second mandat. Samedi 16 avril, à Marseille, il a trouvé un but, révélé une vision, lancé un défi. Reconnaissant les lacunes, les retards et les faux pas, il entreprend de faire de la France une « grande nation écologique », « la première à échapper au gaz, au pétrole et au charbon ». Dans la foulée, il a promis “d’aller deux fois plus vite dans la réduction des gaz à effet de serre”, alors que son mandat reste marqué par l’abandon de la taxe carbone suite au mouvement des “gilets jaunes”.
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Cette “nouvelle ambition” du président de la République, qui a été accusé par les organisations environnementales tout au long de son quinquennat de ne pas agir suffisamment contre le réchauffement climatique, peut être remise en cause. De plus, cela ne s’est pas fait spontanément. C’est le résultat de la pression exercée par le bon résultat de Jean-Luc Melanchon au premier tour de l’élection présidentielle. Devenus héraut de la planification environnementale, les “rebelles” ont recueilli 22% des suffrages le 10 avril et obtenu des résultats significatifs chez les moins de 35 ans. La manière dont ses électeurs traiteront le second tour est devenue cruciale, et la seule consigne qu’ils ont reçue est de ne pas voter pour Marin Le Pen.
Une nouvelle approche
Pour ne pas rompre avec un jeune homme qui, face au changement climatique et à la dégradation de la biodiversité, rêvant d’un autre monde, agacé que rien n’avance assez vite, Emmanuel Macron se devait d’envoyer des signaux forts. Il épouse les concepts de « planification environnementale » et de « futur commun » développés par Jean-Luc Melenchon. Il a soutenu plusieurs engagements contenus dans le projet du candidat, comme la rénovation thermique de 700 000 logements par an pendant le quinquennat. En revanche, il a suggéré deux différences principales, l’une sur l’énergie nucléaire et l’autre sur la croissance.
La partie la plus intéressante du discours de Marseille a porté sur la façon dont, notamment, le président sortant fera, s’il est réélu, réaliser son ambition. La démission de Nicolas Hulot, qu’il a nommé en 2017 ministre d’État, ministre de l’Environnement et de la Transition pour les Solidarités, au troisième rang du gouvernement, reste un échec cuisant. En quittant son ministère, le militant écologiste se plaint d’une extrême solitude au sein des structures gouvernementales et administratives qui continuent de penser et de fonctionner comme avant.
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Emmanuel Macron tire les leçons de ces blocages. Dans le schéma qu’il défend, le premier ministre en charge des affaires interministérielles gérera la planification environnementale, épaulé par deux ministres “forts”, l’un chargé de la “planification énergétique” et l’autre de “l’aménagement environnemental territorial” avec des élus locaux.
Reste à tout inventer dans le détail, mais l’intention est finalement assumée : l’action publique dans son ensemble doit être repensée à l’aune de la transition écologique. Dans le même temps, une nouvelle approche se dessine, moins verticale, plus active, plus décentralisée, pour tenter de donner un sens à cette révolution, présentée comme l’ambition de toute une nation. Nous pouvons être désolés que la mue se produise si tard, mais nous pouvons également être heureux qu’elle soit enfin confirmée.
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