France

cinq questions sur l’autodéfense policière

A ce stade, la légitime défense n’est pas maintenue. Le policier qui a tué deux hommes le 24 avril en tirant sur leur voiture près du Pont-Neuf à Paris a été inculpé mercredi 27 avril, notamment de “meurtre avec préméditation sur le conducteur du véhicule”, a appris franceinfo auprès d’un tribunal. cas.source.

Alors que certains syndicats de police appellent à un rassemblement en riposte le lundi 2 mai, franceinfo revient sur le sujet.

1Que reproche-t-on au policier qui a tiré les coups de feu ?

Le policier a été inculpé pour plusieurs raisons. Ce “meurtre volontaire” n’affecte que le décès du conducteur du véhicule. Ce dernier, selon un rapport de police, « s’est précipité vers l’un des officiers en retraite pour l’éviter » alors que les cinq patrouilleurs s’apprêtaient à le surveiller. Le casque bleu de 24 ans, seul homme armé, a alors ouvert le feu avec sa mitraillette. Il a tiré “une douzaine de cartouches” et six impacts de balles ont été trouvés dans le pare-brise, a indiqué à France Télévisions une source proche du dossier.

Selon une source judiciaire, le policier était également accusé de “violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique, ayant entraîné sa mort sans intention de les donner” à l’autre passager qui se trouvait devant. Il a finalement été mis en examen pour “violences volontaires aggravées par personne dépositaire de l’autorité publique” sur un passager arrière blessé à la main droite mais dont les jours n’étaient pas en danger.

Selon un rapport de police, un chauffeur de taxi qui a affirmé avoir été témoin de toute la scène “a confirmé l’autodéfense évoquée par les responsables”. Mais le parquet de Paris a indiqué à l’Agence France-Presse qu’un certain nombre d’enquêtes étaient encore nécessaires sur les faits, en partie de nature pénale, notamment sur la question de la légitime défense. Par conséquent, cette circonstance n’est pas maintenue à ce stade. Cependant, cela peut changer pendant l’instruction.

2Comment la légitime défense s’applique-t-elle aux policiers?

La légitime défense est l’un des motifs de l’irresponsabilité pénale : elle s’applique lorsque le crime a été commis volontairement, mais que les circonstances le justifient dans les limites fixées par la loi. À l’hiver 2016, la police a organisé des manifestations, notamment pour changer les règles d’utilisation des armes à feu par la police. Ils ont obtenu gain de cause : la loi du 28 février 2017 élargit les conditions dans lesquelles les policiers peuvent faire usage de leurs armes et assimile leurs droits à ceux de la gendarmerie. L’article 453-1, applicable à toutes les autorités répressives, précise que cette utilisation doit être faite “en cas de nécessité absolue et de manière strictement proportionnée”.

Cinq circonstances sont possibles. En premier lieu, l’usage d’une arme est autorisé en cas « d’atteinte à la vie ou à l’intégrité physique » d’un policier ou d’une autre personne. C’est également le cas lorsque “après deux convocations”, les fonctionnaires ne peuvent “protéger autrement les fonctions qu’ils occupent ou les personnes qui leur sont confiées”. Ou, troisième scénario, s’ils ne réussissent pas à arrêter les personnes “susceptibles de porter atteinte à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui lors de leur fuite”. Ils peuvent également utiliser leurs armes “dans le seul but d’empêcher la répétition pendant une courte période d’un ou plusieurs meurtres ou tentatives de meurtre qui viennent d’avoir lieu”.

Par ailleurs, les policiers sont autorisés à faire usage de leurs armes lorsqu’ils “ne peuvent autrement arrêter” les véhicules “dont les conducteurs n’obéissent pas à l’ordre d’arrêt”, mais si et seulement si les passagers sont susceptibles de commettre, lors de leur fuite, des atteintes à leur vie. ou leur intégrité physique, ou celles d’autrui. Le policier semblait être dans l’affaire lorsqu’il a ouvert le feu près du Pont Neuf. Mais, selon BFMTV, les deux juges d’instruction estiment que sa réponse est disproportionnée. Cependant, pour exercer la légitime défense, la réponse du policier doit être à la hauteur de la gravité de l’attaque.

3 Existe-t-il des précédents ?

Trois policiers ont été inculpés en 2018 et 2020 dans des affaires similaires qui font toujours l’objet d’une enquête. Plus récemment, un policier de 32 ans a été inculpé de “violence intentionnelle ayant entraîné sa mort sans intention de la commettre”. Ce contremaître de la BAC a voulu contrôler le 26 mars une camionnette déclarée volée, conduite par un habitant du quartier des Beaudottes à Sevran (Seine-Saint-Denis). Lorsque ce chauffeur est parti, le policier a tiré et l’a mortellement blessé.

“Une mise en examen pour “meurtre par accident”, on le voit régulièrement. En revanche, le « meurtre volontaire », qui implique que le policier avait la volonté de tuer, est très rare », Fabien Jobar, directeur de recherche au CNRS, co-auteur de la Sociologie de la police (éd. Armand Colin, 2015), racontée à franceinfo avec Jacques de Mayer. “Le juge considère qu’il est très probable que le policier ait utilisé son arme sans le danger qu’il l’ait fait dans le but de blesser la vie de la personne sur laquelle il a tiré, c’est-à-dire que le policier avait le contrôle total. de ses fonds lorsqu’il a utilisé son arme”, analyse le chercheur.

4Comment ont réagi les syndicats de police ?

Le syndicat des policiers de l’Alliance a immédiatement contesté la “décision irrecevable” des juges d’instruction. “Ce policier encourt également trente ans de réclusion criminelle lorsqu’il a tiré pour protéger son intégrité physique et celle de ses collègues de terrain”, a déclaré mercredi soir à franceinfo Stanislas Godon, délégué général de l’alliance. De son côté, le syndicat de l’unité de police SGP a rappelé à l’AFP qu’il souhaitait créer “un tribunal et des magistrats spécialisés rompus aux difficultés du métier de policier”.

Une demande similaire à celle de la police de l’Unsa, un syndicat qui “s’interroge” sur l’accusation portée contre les Casques bleus qui ont tiré près du Pont Neuf. “Quelques fractions de seconde… C’est le temps accordé à un policier impliqué dans une situation d’intervention pour décider de faire usage de son arme”, indique la police de l’Unsa dans un communiqué consulté par franceinfo. Le syndicat dit se joindre à un rassemblement organisé par l’Alliance lundi 2 mai à midi devant la fontaine Saint-Michel à Paris, non loin du palais de justice. Manifestation pour protéger “la légitime défense et la présomption de légitime défense policière”.

5Pourquoi les syndicats reparlent-ils de la « présomption de légitime défense policière » ?

L’Alliance défend vigoureusement cette mesure qui était au cœur de son « grand discours » sur les candidats à la présidentielle du 2 février. Il a été porté pendant la campagne par Marin Le Pen et Eric Zemmour. L’idée est loin d’être nouvelle : la candidate du Rassemblement national l’avait déjà intégrée à son programme en 2012 et 2017, après son père en 2007, rappelle Libération.

Selon Olivier Kahn, chercheur au Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (Cesdip), cette “présomption de légitime défense” renverserait la charge de la preuve. “Ensuite, une personne qui s’estime victime d’un abus de pouvoir doit prouver que le policier n’était pas en état de légitime défense”, a-t-il déclaré à La Croix.. A Libération, Secrétaire National du Syndicat de la Magistrature estime que cette « facilitation » serait «hyperproblématique. Avis partagé par Fabien Jobard : « Encore faut-il décrypter ce que cela signifie par la loi : cela veut dire que lorsqu’un policier fait usage de la force ou des armes à feu, rien ne peut être fait contre lui car il est présumé non responsable de ses actes.