Le ministre québécois de l’Environnement et du Changement climatique, Benoit Charette, a décrit l’objectif extrêmement ambitieux du Québec de réduire les gaz à effet de serre (GES) de 37,5 % par rapport aux niveaux de 1990.
Pourtant, par rapport à cette année de référence, le Québec est actuellement à moins de 3 % de sa cible : En huit ans, c’est ce qui nous sépare de 2030, nous devrons faire plus de 12 fois – en matière de réduction de GES – ce que nous avons réussi à le faire après 32 ans, a expliqué Benoit Charette. Le défi est colossal.
Dans le budget lié à ce plan de mise en œuvre 2022-2027, Québec alloue la plus grosse part, soit près de 3,5 milliards de dollars, à la réduction de l’empreinte carbone des transports. Ce secteur génère plus de 43 % des émissions du Québec.
Le gouvernement Legault alloue également plus de 2,1 milliards de dollars pour accélérer la transition verte des industries et des bâtiments. Pour rendre les bâtiments plus éconergétiques, Québec injecte près de 758 millions de dollars.
Pour le seul secteur industriel, les investissements atteindront 1,34 milliard de dollars, soit deux fois plus qu’en 2020, lors du lancement du premier plan de mise en œuvre de la Coalition avenir Québec (CAQ) du gouvernement.
En conférence de presse jeudi, la ministre Charette était accompagnée de François Bonardel et de Jonathan Julien, respectivement ministres des Transports et de l’Énergie et des Ressources naturelles.
“Pour chaque dollar que nous investissons, nous devons examiner l’efficacité qu’il offre dans la réduction des gaz à effet de serre. […¸]Nous devons choisir les investissements les plus convaincants qui donnent le plus de résultats. »
– Citation de Jonathan Julien, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles
Le Québec a déjà identifié et financé 51 % des actions qui doivent être entreprises pour atteindre l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, indique le gouvernement Legault.
Il s’agit d’une augmentation de 9 % par rapport à 42 % en 2020.
Électrifier les transports
Le gouvernement du Québec veut accélérer l’électrification des écoles et des transports en commun.
Le ministre Bonardel a rappelé l’investissement de 5 milliards de dollars annoncé lors de la COP26 en novembre dernier par François Lego pour l’achat de 1.200 bus urbains.
Ministre des Transports François Bonardel
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
Pour 2021-2022, 906 autobus scolaires ont été commandés auprès de nos fournisseurs, a ajouté François Bonardel, mentionnant le prolongement de la ligne bleue du métro à Montréal, entre autres actions visant à réduire l’impact environnemental et les émissions de gaz à effet de serre dans les transports.
Dans sa propre flotte d’un peu plus de 1 700 véhicules électriques, le gouvernement Legault poursuit l’objectif d’électrifier :
- les 18 000 voitures particulières d’ici 2030 ;
- 25 % de ses camionnettes d’ici 2030 ;
- 100% des véhicules lourds d’ici 2040
Pas de taxe supplémentaire
Mais le gouvernement Legault refuse de punir les citoyens qui adoptent des comportements polluants, comme l’exigent les groupes écologistes et les partis d’opposition. Le plan, présenté jeudi, ne prévoit pas de taxe supplémentaire à l’achat de gros véhicules, comme les voitures de sport (SUV).
Selon la ministre Charette, les Québécois doivent maintenant payer leurs gestes plus « émetteurs », mais uniquement par le prix de l’essence à la pompe.
« Nous ne travaillons pas pour punir, au contraire, nous voulons mobiliser le peuple québécois. »
– Citation de Benoit Charette, ministre de l’Environnement et du Changement climatique
Une décision vivement condamnée par Gabriel Nado-Dubois, leader parlementaire de Québec solidaire lors d’un point de presse. Aucun sens, dit-il.
Gabriel Nado-Dubois de Québec solidaire
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Au Québec, il faut appliquer le principe du ‘pollueur-payeur’, raillait le partisan. Ce que Benoit Charette nous dit, c’est qu’il appliquera le principe du pollueur-payeur.
Ce n’est pas un gouvernement qui est orienté vers la lutte contre les changements climatiques, a pour sa part dénoncé Sylvain Godreau, porte-parole du Parti québécois (PQ) sur l’environnement et la lutte contre les changements climatiques.
Ce n’est pas vrai que cela ne dépend que du ministre de l’Environnement, a poursuivi M. Godreau. […] La vraie personne qui doit prendre les décisions est le premier ministre, et évidemment il n’est pas là.
Un demi-plan, critique Greenpeace
Le chef du climat et de l’énergie de Greenpeace Canada, Patrick Bonin, dit qu’il est consternant qu’après plus de trois ans au pouvoir, le gouvernement Legault ne propose qu’un demi-plan qui n’atteindra que 50 % de l’objectif de 2030. Cependant, il est déjà largement insuffisant, dit-il.
Subventionner davantage l’industrie, alors qu’au contraire elle doit payer pour réduire ses émissions, est clairement inacceptable, a déclaré M. Bonin.
Patrick Bonin, Campagne climat et énergie pour Greenpeace Canada
Photo : Radio-Canada / Étienne Côté-Paluck
Un responsable de Greenpeace prétend que le gouvernement Legault préfère dépenser un milliard de dollars dans les transports électrifiés alors que cela ne lui coûtera rien s’il instaure plutôt un bonus-malus, destiné à décourager l’achat de véhicules énergivores.
“Le gouvernement fait des cadeaux à l’industrie et ne serre pas assez la vis. »
– Citation de Patrick Bonin, chef de campagne climat et énergie chez Greenpeace Canada
Quant aux concessionnaires et aux constructeurs automobiles, a poursuivi M. Bonin, le gouvernement doit les obliger à mettre des véhicules électriques sur les routes et à renforcer considérablement leurs lois sur les véhicules zéro émission.
Aider les secteurs industriels à réduire leur empreinte carbone est une bonne idée, affirme Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales chez Équiterre, car ils comptent parmi les principaux émetteurs de gaz à effet de serre. Le problème, c’est qu’on a l’impression d’avoir déshabillé Pierre pour habiller Paul, dit-il.
“Nous avons appris récemment que nous allons retirer les subventions aux transports en commun, subventions qui viennent du marché du carbone. Et là, c’est comme si on les prenait et qu’on les donnait à l’industrie. Vous devez faire les deux ! »
– Citation de Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales chez Équiterre
On a l’impression que le ministre est en demi-teinte et c’est pour ça qu’il atteint 50%, se plaint-il.
De son côté, le Réseau Environnement demande au gouvernement Legault de comptabiliser et de diffuser plus rapidement et plus fréquemment les données d’inventaire des gaz à effet de serre. Il faut permettre un suivi annuel des fonds prévus à cet effet, affirme ce regroupement d’écologistes du Québec.
De plus, le jour du dévoilement du plan gouvernemental, le Parti libéral du Québec a déposé un projet de loi proposant d’inscrire le droit à un environnement sain dans la Charte des droits et libertés.
Nous sommes en état d’urgence, disent tous les experts. Il est plus important que jamais de mettre en place des mesures qui forceront les décideurs actuels et futurs à agir en conséquence, a déclaré la députée Isabel Melanson, qui a déposé le projet de loi.
Avec les informations d’Elisa Serret
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