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Aux États-Unis, la Cour suprême s’apprête à abolir le droit à l’avortement

Manifestation du droit à l’avortement devant la Cour suprême à Washington dans la nuit du 2 au 3 mai 2022 ANNA JOHNSON / AP

Extraordinaire fuite d’information sur une potentielle décision historique : tel est le résumé de la révélation sur le site Politico, lundi 2 mai, à propos d’un projet de décision de la Cour suprême, toujours en discussion, qui abolira le droit à l’avortement. Ce texte remplacera le soi-disant Roe c. Wade (1973), pierre angulaire de la liberté des femmes de disposer de leur corps dans tout le pays au nom du droit à la vie privée. Elle repousserait à chaque Etat la possibilité d’adopter sa propre législation, et déciderait donc, s’il le souhaite, de rendre illégale l’interruption volontaire de grossesse (avortement), sans même nécessairement prévoir une exception pour le viol et l’inceste. Une douzaine d’États ont déjà adopté une législation de cette nature, n’attendant qu’une décision finale de la Cour suprême à cet égard.

Le projet a été rédigé par le juge Samuel Alito et accepté par une majorité de ses collègues, selon le site d’information. “Rowe a tort depuis le début”, a-t-il écrit. Son raisonnement était incroyablement faible et la décision a eu de nombreuses conséquences néfastes. Le document de 98 pages est très frappant dans sa condamnation sans réserves ni nuances, jamais formulée en ces termes, de toute l’architecture juridique qui a contribué à faire de l’avortement un droit constitutionnel. Il accusa même la Cour suprême en 1973 de « permettre un court-circuit dans le processus démocratique » en empêchant « un grand nombre d’Américains » de se prononcer sur cette question, État par État.

Roe c. Wade a été consolidé en 1992 avec un nouveau Planned Parenthood v. Casey. Elle estime que les lois punissant ou restreignant l’avortement ne devraient pas créer ou conduire à des “charges inutiles” pour les femmes enceintes. Selon un projet dévoilé lundi, l’avortement n’est pas “profondément ancré dans l’histoire et les traditions de la nation”, accordant ainsi peu d’importance à l’idée d’émancipation et de progrès, encore moins à l’évolution de la médecine et des mœurs.

Le précédent texan

La décision finale des neuf magistrats du tribunal est attendue d’ici la fin de l’audience, début juillet. Mais seuls les trois membres dits libéraux – Stephen Breyer, Sonia Sotomayor et Elena Kagan – sont clairement contre toute révision de Roe v. Patauger. La position de John Roberts, président de la Cour suprême et conservateur modéré, reste inconnue. Même s’il partage l’opinion dissidente de ses trois collègues, cela ne suffira pas à renverser l’opinion de la majorité.

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