Un porte-parole du gouvernement a déclaré mercredi qu’il n’y aurait pas de changement jusqu’au 13 mai au moins, date à laquelle le Premier ministre démissionne généralement de son poste de chef de l’Etat après une élection présidentielle.
La tension continue. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a annoncé mercredi qu’il n’y aurait pas de remaniements avant au moins le 13 mai prochain, alors que l’annonce était attendue la semaine dernière, peu après la réélection d’Emmanuel Macron. Si le porte-parole affirme que les ministres resteront en poste pour aller “jusqu’à la fin du premier quinquennat d’Emmanuel Macron”, une telle attente est sans précédent.
Démission “ordinaire” après la présidentielle
Le fait que le mandat d’Emmanuel Macron se termine le 13 mai à minuit n’y change rien. Peu de temps après une élection présidentielle, le Premier ministre démissionne généralement du président nouvellement élu (ou réélu), quelle que soit la date de fin du mandat de cinq ans précédent.
“Il est de coutume que le Premier ministre démissionne de son gouvernement après une grande élection, donc évidemment une élection présidentielle ou législative”, a déclaré Mathieu Croissando, chroniqueur politique à BFMTV.
Le Premier ministre lui-même l’a annoncé avant le premier tour. “Dans les prochains jours (le second tour), comme le veut la tradition, je démissionnerai ainsi que celle du gouvernement avant le président de la république”, avait-il assuré à l’époque.
Mais Gabriel Attal était officiellement mercredi. “Le gouvernement s’emploie à agir, à protéger les Français, à prendre toutes les décisions qui s’imposent, et l’heure des décisions individuelles et des nominations n’est pas venue”, a-t-il déclaré lors d’un point presse.
“Rien n’oblige le Premier ministre à démissionner”
Alors est-il légal que Jean Castex reste en place ? La Constitution ne mentionne aucune nécessité à cet égard. “Le président de la république nomme le premier ministre. Il met fin à ses fonctions en présentant sa démission au Gouvernement », précise simplement l’article 8.
Dans les textes, “rien n’oblige le Premier ministre à démissionner”, a confirmé Mathieu Croissant à BFMTV.
“La seule chose dans la Constitution qui entraîne la démission automatique du Premier ministre et du gouvernement, c’est lorsqu’il est élu à l’Assemblée nationale, dans des cas très précis, un vote de défiance, par exemple”, a-t-il expliqué.
La démission rapide du gouvernement relève davantage d’un “usage” républicain, qui doit permettre “un fonctionnement harmonieux des institutions”, explique-t-il. Ouest de la France Benjamin Farjo, professeur de droit public à l’Université de Lorraine.
C’est aussi une manière pour le président nouvellement élu de “donner un nouveau souffle à la majorité avant les législatives”, selon Yves-Marie Robin, journaliste politique pour Ouest de la France.
En attendant une « épée à double tranchant » ?
Combien de temps la situation peut-elle durer ? “Autant que possible”, dit notre éditeur de source Elysian. Une manière pour le chef de l’Etat d'”évaluer au plus juste la situation politique”, selon Mathieu Croissant, alors que se tiennent à gauche les négociations d’un accord sur les élections législatives.
L’attente est aussi une réponse à une caractéristique de l’élection présidentielle de cette année : elle s’est déroulée beaucoup plus tôt que d’habitude, en avril. Dès lors, la nomination tardive des nouveaux ministres devrait permettre au chef de l’Etat de “rapprocher au plus près la désignation de son gouvernement des élections législatives prévues en juin”, a déclaré Mathieu Crosando.
Pourtant, cette période d’incertitude n’est pas sans danger pour le chef de l’Etat. Tant que les ministres sont dans le flou sur leur avenir et ne gèrent que les affaires courantes, la situation pourrait être “double”, selon notre chroniqueur politique.
“Personne ne parle au sommet de l’Etat”, a déclaré Mathieu Croisando, provoquant une sorte de “cadre figé du premier quinquennat”, comme si Emmanuel Macron “avait du mal à entamer le second”. Pendant ce temps, l’opposition en profite et occupe l’espace médiatique, tandis que les spéculations sur l’identité du nouveau locataire de Matignon ne cessent de croître.
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