SERGIO AQUINDO
Une impression de déjà vu, vendredi 6 mai, au procès des attentats du 13 novembre : l’accusé a contracté le Covid-19, l’audience a été suspendue. Farid Harhach est la sixième personne du terrain à être touchée par l’ouverture du débat, interrompu pour la quatrième fois par le virus. Ils reprendront le 17 mai ; le verdict du tribunal spécial de Paris, prévu le 24 juin, est reporté au 29 juin.
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Le sentiment de déjà-vu avait en fait pris naissance depuis le début de la semaine, semaine étrange où le public pénétrait dans sa ville natale, remontant à quelques mois en arrière : il était animé par des spécialistes de l’islam radical et de l’antiterrorisme – le sociologue Bernard Rougier, le journaliste Mohamed Sifaoui, le juge Mark Trevidic – et victimes des attentats, quelques mois après d’autres experts de l’islam radical et de l’antiterrorisme – le sociologue Hugo Micheron, l’ancien ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, l’ancien chef de la DGSE Bernard Bajolet – et d’autres victimes des attentats.
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Les spécialistes concernés étaient programmés plus tôt dans le calendrier, mais ont subi un obstacle ou les aléas de l’audience. Du côté des victimes, cinq semaines étaient réservées aux auditions en septembre et octobre 2021, mais “seulement” 300 témoignages étaient alors attendus. Environ 450 partis civiques ont finalement voulu s’exprimer. Ceux qui ne l’ont pas fait à l’automne 2021 ont été invités à le faire une fois l’enquête sur les charges retenues contre l’accusé terminée. Et donc, au moment où les plaidoiries allaient commencer, ce processus interminable, huit mois après la découverte et où tout le monde commençait à tirer la langue, traversait un rattrapage hétéroclite qui pouvait entraîner une certaine fatigue.
« Constamment », « absurde », « désolé »
Était-il bien utile, après environ 120 jours d’auditions minant la capacité d’écoute de ses acteurs, d’avoir en deux temps trois heures de présentation sur les origines et le fonctionnement du phénomène jihadiste ? Bernard Ruggie et Mohamed Sifaoui, cités par les partis civiques, se sont relayés lundi pour porter leurs fruits. Ce n’était pas inintéressant. C’était juste intemporel et souvent hors de propos.
Il n’est pas certain que le moment et le lieu soient appropriés pour une conférence de taqiya, une alliance et une désavocation, le courant ibadite ou la Ligue islamique mondiale. Certes, au contraire, il est inapproprié d’apprécier la culpabilité des prévenus ou leur capacité à se réinsérer sans connaître le dossier ni assister à l’audience. « Général », « permanent », « absurde », « minable » : torturés par des avocats, Bernard Rougier et Mohamed Sifaoui ont dû se demander s’ils avaient bien fait de venir. Ils n’ont pas été interrogés par le président du tribunal ou les magistrats du parquet national antiterroriste, une manière d’exprimer poliment que nous serions heureux de nous passer de leur intervention.
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