Le maire de Montpellier soutient, en vue des législatives, la candidature de Fatima Belared pour la 2e circonscription et s’oppose à son parti, qui prône une alliance avec l’Insoumis. Il explique.
Quelle est votre réaction au choix du Parti socialiste d’adhérer à la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) ?
Des leçons doivent être tirées de l’élection présidentielle. Et la première chose que nous avons entendue sur les marchés, c’est qu’un syndicat était nécessaire. Qui peut être contre ça ? J’ai toujours œuvré pour le rassemblement de la gauche, je l’ai construit lors des élections municipales. D’abord autour des socialistes, communistes, radicaux et société civile au premier tour, sur la base d’un projet ; puis avec les écologistes au second tour, toujours cohérent et clair. Cela nous a permis de présenter une politique qui profite aux personnes et aux défis du monde. Je pense notamment à la gratuité des transports. C’est un rassemblement cohérent, sincère, respectueux, et dans cet esprit nous devons nous unir. Pas autrement.
Mais ce n’est pas le rassemblement voté par le conseil national de votre parti cette semaine…
Cela ne me dérange pas d’activer des mythes (le maire de Montpellier évoque les références au Front populaire entendues après l’accord), mais il n’y a rien de pire que de manquer de respect aux citoyens par des incohérences. Cependant, nous ne pouvons pas nous unir lorsque nous ne pensons pas de la même manière sur des sujets importants. Je ne me retrouve pas derrière quelqu’un (Jean-Luc Mélenchon) qui a dit quand justice a été rendue, « je suis la République » ; quelqu’un qui, au moment où le pays traversait la pire crise sanitaire, avait des positions à géométrie variable en matière de vaccination ; quelqu’un qui, jusqu’au déclenchement de la guerre en Ukraine, a expliqué que M. Poutine arrangerait tout cela.
Vous refusez donc de travailler avec France Insoumise ?
J’étais enfant avec Mitterrand et je n’oublierai jamais son message : « Le nationalisme, c’est la guerre. A l’heure où il y a une guerre en Europe parce que l’impérialisme de Poutine a envahi l’Ukraine, quand on en voit chaque jour les conséquences à Montpellier, avec la hausse des prix ou l’accueil de 1200 réfugiés ukrainiens dans notre ville, il nous faut une gauche pro-européenne. Le premier acte du président Zelenski a été comme demander à rejoindre l’Europe. Et nous, on nous demandera de soutenir des candidats complaisants vis-à-vis de Poutine, qui prônent la désobéissance à l’Europe ? Mais moi, au contraire, je voudrais des eurodéputés de l’Hérault qui, par exemple, défendent la capitale européenne de la culture, Montpellier.
C’est donc plus un accord de programme qui vous inquiète que le découpage des circonscriptions dans lequel le PS Héraultais sort complètement bredouille ?
Encore une fois, je ne peux pas soutenir quelqu’un qui ne partage pas mes idées sur des sujets qui me sont essentiels, à commencer par l’Europe. Et puis l’appareil (PS, ndlr) m’a dit de me ranger derrière la candidature de LFI dans la 2e circonscription. Je respecte certains de ses extrémistes, mais ici France Insoumise montre son visage, bien triste. Quand on a proposé un rassemblement clair aux élections municipales, quand j’ai essayé de lui parler parce que je sentais que c’était mon devoir, elle a négocié avec Mohed Altrad et entre l’union de la gauche et la candidature d’un milliardaire, elle a préféré le milliardaire. Il faut avoir une mémoire.
Et puis qu’avons-nous trouvé ? En conseil municipal, quand j’offre la gratuité des transports, cette mesure majeure, qui donne du pouvoir d’achat aux retraités et aux familles, bientôt à tous les habitants de la Métropole et qui permet d’agir contre le changement climatique, France Insumiz a voté contre. Quand je présente un budget qui augmente de près de 700 000 euros les subventions aux associations à très fort soutien à l’école, pour apporter un soutien public et laïc à l’école, elle vote contre. Quand on trouve enfin une solution avec l’Etat pour reprendre le bidonville de Celleneuve après dix ans d’inaction, la seule opposition est la France Insoumise. Sur les questions essentielles de la laïcité, le vote est toujours le même. Croyez-vous que le maire de Montpellier puisse accepter de soutenir des personnes qui s’opposent à tout cela ? Apparemment Non. Je respecte Montpellier, ville libre. Les Montpelliérains ne devraient pas recevoir de commandes des appareils parisiens.
D’où vient votre choix de faire passer un candidat dissident dans la 2e circonscription ?
Je viens d’entendre cette demande d’union et je suis très fier de soutenir une équipe qui fédère, dans la cohérence, la clarté et la sincérité. Il est composé de la socialiste Fatima Bellarge, qui fut notamment la présidente du Planning familial, et de l’élue d’EELV, Jacqueline Markovic, militante écologiste politique de très longue date. De manière générale, l’élection présidentielle a montré que Yannick Jado et Anne Hidalgo avaient besoin de se comprendre, la cohérence était là, il faut apprendre des échecs, nous le faisons ici à Montpellier.
Et puis, où est exactement le désaccord ? Je note qu’on me demande à Paris de soutenir la candidature de La France Insoumise dans la circonscription où a été élue LFI (Muriel Ressiguier, l’eurodéputée sortante qui n’a pas pris ses fonctions de son parti). Plus qu’un syndicat, c’est la candidature de la division.
Alors aujourd’hui vous dites à vos camarades parisiens : « L’union, c’est moi ?
nous sommes. Nous incarnons à Montpellier le rassemblement de la gauche. Mais en plus de tous ces enjeux, en tant que maire de Montpellier, j’ai besoin d’un député utile à ce territoire, un élu qui traitera des principaux enjeux. Après mon élection il y a 22 mois, j’ai mis beaucoup d’énergie à aller chercher à Paris 50 flics supplémentaires, 260 millions d’euros pour un hôpital public qui n’avait rien reçu depuis des décennies, soit une augmentation de 79 % de l’enveloppe de l’Anru. faveur des quartiers populaires… Alors s’il vous plaît, ayez une députée, Fatima Belaridge, qui sera à mes côtés. C’est aussi une séquence. Les élections législatives ne concernent pas que les labels ou la distribution des fromages. En tant que maire, je dois parler des enjeux de notre ville. Les agissements de M. Faure (le chef du PS, qui a obtenu une circonscription dans les négociations) n’ont que peu à voir avec les intérêts des Montpelliérains.
D’autres maires socialistes de grandes villes (Nantes, Rennes, Nancy) ont tout de même accepté l’accord, précisant qu’ils n’en partagent pas les conditions…
Et je n’ai pas compris leur position. Ils disent qu’ils sont à contre-courant, mais ils soutiennent… C’est comme s’ils avaient peur… Il faut avoir du courage. Si j’avais écouté les sondages, vox populi, je ne serais pas aujourd’hui maire de Montpellier. Lorsque vous êtes maire, vous prenez des décisions en fonction de ce que vous pensez être bon pour votre ville, et lorsque vous êtes un acteur public, vous le faites sincèrement.
Au-delà de cette 2e circonscription, allez-vous amener d’autres candidats aux 1ère, 3e, 8e et 9e qui viennent aussi à Montpellier ?
On verra (pense-t-il). Il y a des échanges, beaucoup me disent qu’il faut prendre des initiatives. En tout cas, s’il y a des candidats pro-européens qui partagent les idées que je défends et qui s’opposent à la retraite à 65 ans, je serai disponible pour les soutenir.
On a parlé un moment de la candidature de Julie Fresh pour la 3e circonscription. Il aurait pu gagner…
(Il coupe) Elle ne veut pas être candidate. Elle est vice-présidente responsable de la mobilité, c’est une candidate remarquable qui gère ses dossiers. Et il faut être sérieux : on lance des travaux sur la ligne 5 du tram, le prolongement de la ligne 1, les cinq lignes de bus, le développement du vélo, la gratuité des transports… Mme Frêche s’est mobilisée sur ses enjeux. L’engagement est persévérance et est au cœur de la confiance dans la démocratie.
Mais quittez-vous enfin le PS aujourd’hui avec ce poste ?
Quelque chose me dit que peut-être en cette période de désagrégation de la vie politique, nous commettons un acte de recomposition avec cette candidature collective.
C’est? Quel rôle imaginez-vous jouer en dehors des élections législatives ?
Tout peut commencer depuis Montpellier. En octobre, je proposerai que la gauche se parle ici. La gauche des idées, des intellectuels, des syndicalistes, des représentants de divers mouvements. Je proposerai qu’on essaie de se retrouver pour voir comment faire évoluer nos institutions, comment agir pour plus de justice sociale, notamment pour les femmes seules avec enfants, dans le contexte d’ubérisation de la société, sur les questions sociales d’incertitude sur l’avenir de l’école. Je ne sais pas exactement quelle sera la forme, peut-être un congrès, mais nous prendrons cette initiative parce que nous n’avons plus à souffrir de comportements égoïstes, médiocres, car peu sincères.
Cela ne dit pas si ce remboursement, …
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