France

Vingt ans après, l’attentat de Karachi hante toujours les victimes

Oceane Theard, édité par Vasila Belhasin 06:24, 8 mai 2022, modifié à 08:55, 8 mai 2022

“C’est indélébile…” soupire Gilles Sanson. “Cela fait partie de moi”, a poursuivi le retraité. Les souvenirs de cet ancien ouvrier sont presque intacts. Le voyage de ce matin du 8 mai 2002 à Karachi, au Pakistan, “toujours à la même heure, toujours sur la même route”. Un bus militaire vient le chercher, avec des collègues, puis se dirige vers l’hôtel Sheraton. “Des collègues sont allés jusqu’au bus et ont garé une voiture à côté. Une voiture bourrée d’explosifs. Et là, le bus a été pulvérisé”, raconte Gilles. Les images dramatiques semblent tourbillonner dans son esprit, celui qui n’a pas perdu connaissance lors de l’attaque.

L’arrière du bus s’est cassé et l’impression que sa tête allait exploser à cause de l’explosion. Puis la douleur dans ses jambes, ses pieds ont doublé. “Vous êtes dans le vide complet, la mort est tout autour de vous. J’ai dû descendre du bus en rampant, me dégageant des corps de certaines victimes. “Puis je suis allé m’installer au pied du cratère formé par l’explosion”, raconte Gilles Sanson.

“Aujourd’hui je marche, mais je traîne”

Une scène de guerre, de violence qui vit encore dans son esprit et dans celui d’autres survivants comme Michelle Bongert. Il était au troisième rang du bus. « Au début, tu ne ressens rien. Je touche mon haut, ma tête a une oreille qui saigne. Et là, tu descends, je me lève et je vois deux ballons de foot. Et puis ça fait mal. “Michelle a les jambes écrasées, elle a passé trois ans en fauteuil roulant.” Aujourd’hui je marche, mais je traîne.

Réapprendre à marcher, à vivre avec la mémoire, mais sans explication. Aujourd’hui on ne sait pas exactement quelles sont les raisons de cette attaque, de nombreuses zones d’ombre subsistent dans le dossier à Karachi. Plusieurs réponses, “quels que soient les gouvernements qui ont défilé”, a expliqué Gilles Sanson avec colère.

“Le 8 mai 2002, je suis mort dans le bus.”

Michelle Bongert est plus réconciliée avec lui. “Je suis mort dans le bus le 8 mai 2002. Et aurons-nous vraiment un jour la vérité que je n’y crois pas beaucoup, ça fait longtemps, ça fait 20 ans”, a-t-il confié à Europe 1. Il ira à la Des cérémonies d’honneur organisées à Cherbourg le dimanche 8 mai, pour raviver la mémoire, la mémoire de ceux qui ont disparu de Karachi.

Gilles Sanson a décidé de boycotter les cérémonies officielles et de rendre hommage “seul” en plaçant une rose devant la stèle dédiée aux victimes de l’attentat.