France

Il faut se battre pour le français

“Ce qui a fait de moi un séparatiste il y a 60 ans, c’est la fierté de pouvoir rêver qu’un jour nous aurions un pays francophone en Amérique du Nord. Cela nous gouvernait quand nous étions jeunes. »

C’est ce que Michelle Tremblay m’a dit l’autre jour à la radio QUB.

“Quand j’étais jeune, on me disait ‘je ne parle pas français’, je ne veux plus l’entendre à 75 ans.”

LA LANGUE DE TREMBLEY

J’ai interviewé Michel Tremblay à propos de sa pièce Sher Chekhov, présentée sur TNM jusqu’au 28 mai, dans laquelle un dramaturge de 75 ans se demande si elle est toujours d’actualité.

Comme la pièce était mise en scène par Serge Denoncourt, j’ai demandé à Michel Tremblay ce qu’il pensait du ptage de coach de ce dernier, qui n’est pas servi en français au Tim Hortons de la rue Sainte-Catherine.

“Cela m’a fait penser à ma propre jeunesse quand j’avais 16-17 ans, j’en parlais souvent dans mes livres. Quand nous allions dans les grands magasins à l’ouest de Montréal, les petites Québécoises qui y travaillaient comme vendeuses étaient obligées de parler anglais avec nous. Et on pense qu’on s’en est débarrassé, on pense que c’est fini. Il y revient subitement, ils le font sans peur et sans reproche, comme s’ils frappaient la loi 101. C’est assez terrible. C’est la preuve qu’il faut continuer à se battre… si on veut rester francophones. »

Puisque Michel Tremblay est l’auteur des Belles-sœurs, Albertine dans Five Times, Yours Forever, Your Marie-Lou, on ne parle plus de la “langue de Molière” au Québec, on parle de “la langue de Tremblay” . Le cri de Michelle sera-t-il entendu du cœur de la jeune génération ?

“Quand on dit que la langue française est en danger, ce n’est pas une figure de style”, m’a dit Michel Tremblay en entrevue. Si ça ne nous intéresse plus, eh bien laissons faire et le français mourra petit à petit. Mais si c’est important pour nous, nous devons continuer à nous battre. Nous devons recommencer à nous battre. »

J’ai beaucoup pensé à Tremblay samedi en lisant le reportage d’Emily Dubroy (pour Radio Canada) sur l’enseignement du français dans les cégeps anglophones, notamment au Collège John Abbott dans l’ouest de l’île. Un des enseignants interrogés a parlé d’enfants dont les parents sont francophones mais qui disent toujours à la fin de leur cégep : « J’ai 18 ans et ma maison est bleue ». »

Un autre dit que certains élèves francophones sont allergiques à leur propre culture. “Ce n’est pas de la haine de soi, c’est de l’abnégation. Ils sont anglophones dans leur tête. Ils ne veulent pas appartenir au mauvais gang, celui des pauvres, des illettrés, des monolingues, des autonomes. »

LE VRAI MONDE ?

Chère Michelle, dans ta dernière chanson tu te demandes si tu es toujours d’actualité, si ce que tu as à dire résonne encore. Je te calme. Avec vos pièces de théâtre, vos romans, vos phrases bien dirigées, vous êtes plus pertinent que jamais.

Je me demande simplement combien d’étudiants du Collège John Abbott savent qui vous êtes.