France

La longue marche de Jean-Luc Melenchon

Jean-Luc Melenchon apparaît sur la scène du congrès de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale à Oberville (Saint-Saint-Denis), le 7 mai 2022. CYRILE BEATON / DIVERGENCE POUR LE « MONDE »

C’est une scène, soit dit en passant, samedi 7 mai à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). A l’estrade, Jean-Luc Melanchon a tourné la tête vers Olivier Faure pour dire qu’il s’était permis de lui emprunter une expression : “Emmanuel Macron n’a pas de mandat.” Derrière ces courtoisies se cache un dialogue renouvelé entre l’ancien socialiste et sa famille, contraint d’admettre que son dissident le plus sensationnel a réussi.

Il y a treize ans, Jean-Luc Mélenchon quittait le Parti socialiste (PS). Ses partisans, grands adeptes des métaphores, ne cessent de le répéter : le temps est orageux et le vent peut vite s’inverser. Qui aurait cru que le PS serait sur la ligne de Melenchon ? Autre dicton : l’important est que les derniers restent quand tout le monde s’effondre. Il faut tenir bon pour qu’à la fin tout le monde s’unisse. En effet, la nouvelle alliance s’appuie sur les résultats du premier tour de l’élection présidentielle, où le candidat Mélenchon a écrasé ses rivaux.

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Pourtant, en 2008, la fête semble définitive. Dans une websérie méconnue intitulée “Monsieur Melenchon”, réalisée par la jeune équipe de Télétoc (dont une partie travaillera plus tard à la tribune socialiste), on peut voir comment les mécanismes politiques qui ont permis l’assentiment des principales forces de la gauche parlementaire – PS, Parti communiste (PCF), Europe Ecologie-Les Verts (EELV) et La France insoumise (LFI) – regroupés au sein de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), en vue des élections législatives de juin. On y voit M. Mélenchon expliquer son intuition : la gauche doit rejeter l’option centriste et les demi-mesures.

“Je tourne la page”

Cette courte série documentaire suit l’ancien professeur lors du congrès du PS à Reims. Le sénateur de l’Essonne de l’époque, M. Mélenchon, faisait partie du mouvement de gauche dirigé par le jeune Benoit Amon. Sentant la victoire de la droite du parti, autour de la proposition des sympathisants de Ségolène Royal (ce texte arrivera en tête des suffrages des députés, mais Ségolène Royal perdra face à Martin Aubrey lors de l’élection du premier secrétaire du PS en novembre 2008), Jean- Luc Mélenchon s’interroge : « Que vais-je faire si je perds encore ? continuer à faire semblant ? »

Quelques heures plus tard, le futur candidat à la présidentielle est dans son bureau au Sénat. Entouré de ses plus fidèles – notamment Gabriel Amar et François Delapier, décédés en 2015 -, il constate, horrifié, à quel point les résultats chutent. La décision est prise : il quitte le parti auquel il avait adhéré trente ans plus tôt. “Ceux qui ont gagné sont ceux qui soutiennent une alliance avec le centre”, expliquait-il à l’époque. Ce n’est pas ainsi que nous répondrons à la gauche, à l’énergie populaire disponible dans ce pays. Je tourne la page. »

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