France

Test unique en français : les élèves utilisent le dictionnaire numérique ?

L’outil en question est le Dictionnaire numérique Usito, développé par l’Université de Sherbrooke et financé notamment par le gouvernement du Québec.

Un utilisateur qui doute de l’orthographe d’un mot n’a qu’à le taper dans la barre de recherche. Usito fait alors des phrases en temps réel, propose des synonymes, des mots apparentés et même des tables de conjugaison pour les verbes. Par conséquent, l’outil est plus rapide et plus complet que le vocabulaire traditionnel.

L’automne dernier, le ministère de l’Éducation a décrété que le dictionnaire numérique pouvait être utilisé lors de l’unique test de français, mais uniquement par les élèves qui l’utilisaient régulièrement durant l’année scolaire.

C’est là que le bât blesse : les étudiants qui ne connaissaient pas Usito n’ont donc pas pu en profiter jeudi dernier.

Au Centre de services scolaire des Découvreurs, par exemple, neuf groupes de 5e secondaire avaient droit à Usito. Les autres devaient utiliser le dictionnaire papier, à l’exception de quelques élèves en difficulté scolaire.

Le Centre de services scolaire des Découvreurs a permis aux élèves de passer leur épreuve ministérielle dans les mêmes conditions que leurs études et leurs notes de l’année en cours, a indiqué la porte-parole Marie-Yves Maluen, qui n’a pas jugé la situation injuste.

“Il n’y a pas de préjugés contre les étudiants, tant qu’ils ont les mêmes conditions lors de l’épreuve ministérielle qu’ils avaient lors des situations d’étude et d’évaluation au cours de l’année. »

– Citation de Marie-Yves Maluen, conseillère en communication au Centre de services du Scolaire des Découvreurs

En plus des Découvreurs, des Navigateurs, des Premiers-Seigneuries et de Charlevoix, ils ont autorisé l’accès à Usito à au moins une partie de leurs groupes étudiants, selon nos informations.

Cependant, ce n’est pas le cas au Centre de services scolaire de Portneuf. L’utilisation du dictionnaire numérique ne sera autorisée que l’an prochain, lorsque les élèves auront suffisamment de temps pour s’approprier l’outil dans un contexte d’apprentissage, a précisé Jacques Moffett, directeur des services éducatifs à la jeunesse.

Système à deux étages

Une telle situation a causé du mécontentement dans une école du Centre de services scolaire de la Capitale, où un élève en déficit d’attention n’a pas eu accès à Usito, malgré les demandes de ses parents.

Dans un échange de courriels dont Radio-Canada a reçu copie, l’enseignante correctionnelle de l’école a expliqué aux parents que les difficultés de leur fille ne justifiaient pas de lui donner la permission.

Ne connaissant pas Usito à l’avance, sa situation ne répond pas non plus aux critères du ministère, a écrit l’enseignant correctionnel. Elle rappelle que les mesures d’adaptation doivent également être testées sur une longue période afin d’être autorisées lors de l’examen ministériel.

Inquiet, le père a alors écrit au directeur de l’école, soulignant que même le professeur de français de sa fille l’avait alerté quelques mois plus tôt sur ses difficultés d’orthographe.

Dans le même courriel, le père regrettait la mise en place d’un système à deux vitesses pour le test de français unifié, sachant que le vocabulaire d’Usito pouvait être utilisé librement dans d’autres écoles de la province, y compris par de nombreux élèves sans difficulté d’apprentissage.

“Maintenant, il y aura des écoles et des centres de services qui auront les moyens d’offrir l’outil à tous les élèves… et aux autres. »

– Citation d’un extrait d’un courriel envoyé par le père d’un élève à la direction de son école

Au moment d’écrire ces lignes, lundi en fin de journée, Radio Canada n’avait pas reçu les explications souhaitées du Capital Services Center.

Plus efficace

Julien Bureau, professeur en éducation à l’Université Laval, note que l’outil Usito est plus efficace que le vocabulaire traditionnel.

A niveaux de connaissances égaux, il y a une chose qui est vraiment plus pratique : l’outil numérique est vraiment universel, dit le professeur.

Selon M. Bureau, le fait que le Ministère permette différents instruments pour réussir un même test de français n’est pas en soi problématique. C’est plutôt l’incapacité de choisir le bon instrument pour chaque élève qui en est la cause.

“Le problème ici est que certaines personnes ont été empêchées d’accéder à un instrument considéré comme autorisé et acceptable pour l’examen. »

– Citation de Julien Bureau, professeur en sciences de l’éducation à l’Université Laval

Julien Bureau, professeur titulaire de sciences de l’éducation à l’Université Laval

Photo : Zoom / Capture d’écran

En toute justice, ce qui serait intéressant serait que les instruments soient choisis selon la préférence de l’examinateur, ajoute le professeur Bureau.

Pratique marquée

Tard lundi soir, le ministère de l’Éducation a indiqué par courriel qu’il n’y avait pas de données sur le pourcentage de jeunes de cinquième secondaire ayant eu accès au dictionnaire numérique pour l’unique test de français la semaine dernière.

Cependant, le porte-parole Brian St. Louis a déclaré que la pratique était bien notée. Par exemple, les établissements d’enseignement ne devraient pas autoriser la communication, la navigation sur Internet, la traduction de textes ou la création, l’enregistrement ou la référence de données, a-t-il illustré.

Le dictionnaire numérique, a indiqué le ministère, avait déjà été utilisé avant la pandémie. M. St-Louis a également fait valoir que cet outil n’avait aucun effet au profit des jeunes qui y avaient accès.

Selon une étude menée sur l’utilisation des dictionnaires numériques après le test de français de 5e secondaire en juin 2019, il semble que l’utilisation du vocabulaire numérique ne soit pas un avantage pour la réussite des élèves.