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Le gouvernement Legault presse Ottawa de fermer le chemin Roxham

Lors d’un point de presse mercredi, le premier ministre du Québec a dit avoir envoyé le message au gouvernement de Justin Trudeau: À un moment donné, ce n’est même pas une question d’argent, c’est impossible.

Mardi, on apprenait que Québec avait signé un contrat d’une valeur de près de 50 millions de dollars, afin que les futurs demandeurs d’asile arrivant par le chemin Roxham soient hébergés dans un endroit dont la localisation n’a pas encore été déterminée.

M. Lego a également reproché à Ottawa d’appliquer des délais de traitement, ce qui n’a aucun sens pour les dossiers des demandeurs d’asile.

Le délai d’examen d’une demande de statut de réfugié devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié est actuellement de 14 mois, à compter du dépôt de la demande de statut de réfugié jusqu’à la décision de la Direction de la protection des réfugiés (SPR).

En 2021, la SPR a accepté plus de 60 % des demandes d’asile qui lui sont soumises, soit 48 000.

Dans l’état actuel des choses, le chemin Roxam devrait être fermé, a ajouté le ministre québécois de l’Immigration, de la Francoisation et de l’Intégration, Jean Boulet.

Selon lui, ce passage, situé à Saint-Bernard de Lacol, est devenu une passoire qui permet à trop de gens d’arriver au Québec et de ne pas profiter d’un accueil digne et humain.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique Marco Mendicino.

Photo : La Presse Canadienne / Sean Kilpatrick

À Ottawa, le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a déclaré qu’il était important de trouver un équilibre dans ce dossier entre, d’une part, la protection des droits des réfugiés et, d’autre part, la nécessité de protéger tout le monde au Québec.

Tout en annonçant des mesures plus strictes pour acquérir des armes, le ministre Mendicino a déclaré que des pourparlers étaient en cours avec le gouvernement américain sur un nouvel accord visant à réglementer le mouvement des demandeurs d’asile.

“Nous avons un système strict […], nous sommes un pays qui accueille l’immigration parce que nous avons un système strict. Nous continuerons à travailler avec nos partenaires pour résoudre le problème. »

– Citation de Justin Trudeau, premier ministre du Canada, dans la lutte

Selon le député du Bloc Québécois Alexis Brunel-Dussepe, Québec peut accueillir 36 000 migrants arrivant par le chemin Roxham cette année. Face à cette situation, Ottawa doit suspendre unilatéralement l’Entente sur les tiers sûrs et indemniser le Québec, a déclaré M. Brunel-Dussepe.

Ce à quoi Justin Trudeau a répondu qu’il restait déterminé à moderniser l’accord.

Entente sur les tiers pays sûrs

Mercredi, de concert avec le ministre Boule, le Parti québécois (PQ) a déposé une proposition demandant à l’Assemblée nationale :

  • insiste sur la fermeture de Roxham Road;
  • demande aux migrants de passer par des voies régulières, c’est-à-dire à travers les passages frontaliers, partout au Canada;
  • demande au gouvernement fédéral de suspendre l’Entente sur les tiers sûrs.

En vertu de l’Entente sur les tiers sûrs – qui est examinée par la Cour suprême du Canada – le Canada et les États-Unis sont mutuellement reconnus comme des refuges sûrs où les gens peuvent chercher protection.

Cela signifie que le Canada peut refuser des réfugiés potentiels qui se présentent aux ports terrestres officiels à la frontière canado-américaine au motif qu’ils doivent soumettre leurs demandes aux États-Unis, le pays dans lequel ils sont arrivés en premier.

Fardeau administratif

Lors d’un point de presse, le chef du PQParti québécois, Paul Saint-Pierre Plamondon, a déclaré que son parti avait demandé la suspension de l’Entente sur les tiers sûrs il y a environ cinq ans. La fermeture de Roxham Road et la modification de cet accord, a-t-il dit, sont une seule et même chose, car il dirigera tous les demandeurs d’asile vers les postes frontaliers.

Le chef du Parti québécois (PQ), Paul Saint-Pierre Plamondon.

Photo : La Presse Canadienne / Jacques Boasino

Selon le chef péquiste, le bail de dix ans que Québec vient de signer pour héberger les demandeurs d’asile à Montréal illustre que le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) ne prend pas au sérieux la fermeture du chemin Roxham. A la limite, signer un accord pour cet été, dit-il. [Mais] le gouvernement s’est engagé pour dix ans.

M. St-Pierre Plamondon a également reproché à Ottawa d’imposer au Québec une manière désorganisée et chaotique d’accueillir les demandeurs d’asile.

« Le fait qu’on n’encourage les passages illégaux qu’au Québec et qu’il y ait des dizaines et des dizaines de milliers d’entrées par année, c’est faire du Québec un fardeau administratif. […] ce qui n’a aucun sens. »

– Citation de Paul Saint-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois

Mais l’opposition ne partage pas le point de vue du PQParti québécois.

Pour le chef parlementaire de Québec solidaire (QS), Gabriel Nado-Dubois, aucun problème ne sera réglé même si le chemin Roxam est fermé. Au Québec, il faudra pouvoir parler de ces choses sans tomber dans des décisions simplistes et des raccourcis intellectuels, a-t-il dit.

Du côté du Parti libéral du Québec (PLQ), le député Carlos Leitao estime que cela serait extrêmement contre-productif […] fermer Roxam Road. On le ferme et après quoi ? On va juste déplacer le problème ailleurs.

Le panneau à l’entrée de Roxham Road aux États-Unis

Photo: Radio-Canada / Romain Schué

Qu’est-ce qu’un « vrai réfugié » ?

Marjorie Villefranche, directrice de la Maison d’Haïti à Montréal, conseille de ne pas fermer le chemin Roxham. Selon elle, cela conduirait au placement de personnes qui tenteront de toute façon d’entrer dans le pays, dans l’illégalité totale et dans des conditions extrêmement difficiles.

Dans une interview accordée à Midi info d’ICI Première mercredi, Mme Villefranche a expliqué qu’en s’engageant dans cette mauvaise route, Roxham Road, ces personnes sont immédiatement documentées, on sait qui elles sont, on leur donne un permis de travail et elles ne sont pas en situation irrégulière. De plus, leurs enfants peuvent aller à l’école.

Au Premier ministre Lego, qui affirme qu’un grand nombre de migrants de Roxam Road ne sont pas des réfugiés, Mme Villefranche a déclaré que la situation a considérablement changé depuis que l’ONU a déterminé ce qu’était un réfugié il y a environ 40 ans.

A l’époque, il craignait pour sa vie car il y avait une guerre dans son pays, se souvient-elle. Maintenant, qu’en est-il des réfugiés climatiques ?

“Une fois là [aura] crise politique, catastrophe environnementale, catastrophe naturelle et guerre, nous aurons des réfugiés. Comment définissons-nous « c’est un vrai réfugié et pas un vrai réfugié ? »

– Citation de Marjorie Villefranche, Directrice de la Maison d’Haïti, Montréal

Le directeur de la Maison d’Haïti précise qu’à leur arrivée, les demandeurs d’asile sont hébergés pendant près d’un mois jusqu’à ce qu’ils trouvent un logement par eux-mêmes, avec le soutien d’organismes publics.

Mme Villefranche a reconnu qu’il fallait trouver une solution pour leur hébergement temporaire à Montréal. Par la suite, plusieurs d’entre eux ont exprimé le désir de s’installer dans la région, a-t-elle dit.

Avec les informations de Sébastien Derosier