« Ne perdons pas notre temps et surtout ne laissons pas cette énergie qui bout quelque part en nous. Sur la scène du luxueux Hall Gaveau à Paris, ce 30 avril, ce sont huit ingénieurs agronomes tout juste diplômés de la prestigieuse école AgroParisTech qui prennent la parole collectivement. Dans l’ambiance très polie de cette soirée de bal, après une intro de musique disco sous des néons violets et vert bouteille, ils déroulent, sur un ton posé, un discours très politisé.
« Quel genre de vie voulons-nous ? ils demandent. Ils se font appeler les « Branching Agros » et appellent leurs camarades à « lâcher prise ». Le désert quoi ? Ils ouvrent la voie à des emplois, notamment dans l’agro-industrie, qui, selon eux, contribuent à “la dévastation sociale et environnementale continue”. Falsification de plantes en laboratoire pour des multinationales (…), inventer des étiquettes en “bonne conscience” (…), élaboration de rapports RSE [responsabilité sociale des entreprises] (…), ou encore compter les grenouilles et les papillons pour que les ouvriers du béton puissent les faire disparaître légalement. A nos yeux, ces métiers sont destructeurs, et les choisir, c’est leur nuire. Après les premières secondes de surprise, le public a applaudi ces discours très directs.
Depuis sa diffusion mardi soir 10 mai, la vidéo de cet appel circule sur les réseaux sociaux et a été visionnée plus de 220 000 fois. Le discours a été prononcé par le chef de file de l’Union populaire nouvelle, écologiste et solidaire (Nupes) Jean-Luc Melenchon, qui y voyait “le plus grand espoir que la nouvelle génération “sorte” du monde absurde et cruel dans lequel nous vivons. ” Le chercheur François Jemen (Université de Liège) et contributeur au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a salué le “discours extrêmement puissant” sur Twitter, ajoutant : “Il se passe quelque chose dans toutes les grandes écoles et universités. »
Le défi de protéger la planète
“On se tourne vers ceux qui doutent, ceux qui ont accepté un poste parce qu'”il faut un premier essai” (…), font monter sur scène les huit jeunes diplômés. Pour ceux d’entre vous qui ressentent une anxiété grandissante sans pouvoir la nommer, qui trouvent souvent ce monde fou (…). Nous avons douté, et parfois nous doutons encore. Mais nous refusons d’entretenir ce système et avons décidé de chercher d’autres moyens. »
Ces ingénieurs ont choisi d’emprunter des voies différentes : installation dans l’apiculture, agriculture collective, engagement dans le mouvement Soulèvement de la Terre ou encore contre le stockage des déchets nucléaires à Bure, dans la Meuse… « N’attendons pas le douzième rapport du GIEC, qui montrera que les États et les multinationales ont toujours aggravé les problèmes et qui placeront leurs derniers espoirs dans les soulèvements populaires, appellent-ils. Vous pouvez maintenant vous diversifier. »
Il vous reste 36,1% de cet article à lire. Ce qui suit est réservé aux abonnés.
Add Comment