France

Licenciement abusif : La Cour de cassation confirme le barème de Macron

La Cour de cassation confirme le barème de Macron, mesure phare et très contestée du début du premier quinquennat du président de la République, qui a conduit à plafonner l’indemnisation pour licenciement abusif devant les prud’hommes (AFP / THOMAS SAMSON ).

Épilogue judiciaire à l’échelle Macron : La Cour de cassation a confirmé mercredi cette mesure phare et très contestée depuis le début du premier quinquennat de la république, qui a limité l’indemnisation des licenciements abusifs devant les prud’hommes.

La Cour a estimé que le barème “n’était pas contraire” à l’article 10 de la convention 158 de l’OIT, qui prévoit qu’en cas de licenciement injustifié, le juge peut ordonner le versement d’une indemnité “adéquate” au travailleur.

Il a également exclu la possibilité de déroger “même au cas par cas” à l’application du barème.

Le barème Macron est entré en vigueur en septembre 2017 par une ordonnance, malgré une forte opposition des syndicats, et a été approuvé par le Conseil constitutionnel en 2018.

Elle supprime le plafond d’au moins six mois d’indemnités pour les salariés ayant au moins deux ans d’ancienneté et limite entre un et vingt mois de salaire brut, en fonction de l’ancienneté, les dommages et intérêts dus en cas de licenciement abusif (sauf licenciement pour harcèlement ou discrimination).

L’Assemblée plénière de la Cour de cassation a déjà rendu un avis favorable sur le barème en juillet 2019, mais cet avis ne le lie pas, ni tous les magistrats, et plusieurs cours d’appel ont décidé de ne pas lâcher prise.

– “Sécurité juridique” –

Lors de sa séance plénière du 31 mars, la chambre sociale de la Cour de cassation a examiné les pourvois formés dans quatre affaires.

Dans l’une d’elles, la plus exemplaire, la cour d’appel de Paris a rejeté l’application du barème en mars 2021, alors que le montant prévu par cette dernière “couvrait à peine la moitié du préjudice” subi par le salarié le moins expérimenté. Pendant quatre ans.

A l’audience du 31 mars, le premier avocat général, Anne Beriat, a invité la Cour de cassation à confirmer le raisonnement de la cour d’appel.

Magistrats de la Cour de cassation, Paris, 14 janvier 2019 (AFP / Thomas SAMSON)

Sans remettre en cause le barème lui-même, elle estime que les juges ont le droit de juger “in concreto” (de manière spécifique par rapport à chaque situation particulière) si l’indemnisation perçue est “adéquate”.

Mais pour la Cour de cassation, ce contrôle “in concreto” créerait “une incertitude pour les parties au litige quant à la règle de droit applicable” et “porterait atteinte au principe d’égalité des citoyens devant la loi”.

L’avocat d’un des employeurs à l’origine des plaintes, Me François Pinatel, a salué la décision. “La loi doit être la même pour tous, qu’elle punisse ou qu’elle protège. “Un contrôle in concreto serait un poison pour l’État de droit”, a-t-il déclaré sur Twitter.

A l’AFP, le président du CPME, François Asselin, s’est également félicité d’une prise de position qui “fournira aux employeurs la sphère potentielle du contentieux sans enlever aucun salarié”.

« En permettant de durcir et d’homogénéiser la rémunération des salariés dans les mêmes situations, le barème (…) apporte une plus grande prévisibilité dans les relations de travail et permet de développer des alternatives au contentieux, ce qui contribue in fine à une augmentation régulière de l’emploi de CDI. contrats », a souligné le ministère du Travail dans un communiqué.

La CGT a en revanche condamné la décision “scandaleuse” et promis de “poursuivre le combat contre l’échelle et pour les droits des salariés”.

FO, sur la base des conclusions d’un récent rapport approuvé par l’organe directeur de l’OIT, a déclaré qu’il envisageait de “demander (d) au gouvernement de revoir sa législation”.

Ce rapport a été versé au dossier lors de l’audience fin mars. Réaffirmant le principe de barème, il a appelé le “gouvernement à vérifier à intervalles réguliers, en concertation avec les partenaires sociaux, les modalités du dispositif d’indemnisation” pour s’assurer qu’il permette “une indemnisation adéquate du préjudice causé par un licenciement abusif”.