France

Diviser avec la protection en français

Plusieurs milliers d’anglophones dans la rue pour dénoncer la réforme de la Charte en français, le gouvernement Lego ne pouvait demander mieux.

Sa loi 96 n’a pas encore été votée, il peut crier victoire.

Les Britanniques sont en colère. Cela suffirait à convaincre les francophones qu’il avait réussi à défendre les Français.

Ajoutez les grands cris de la langue à la Gestapo, la destruction de toute une communauté, le génocide culturel des premières nations, le discours radical de la périphérie – je veux dire de la lisière – des anglophones est tellement hystérique qu’il y aura de quoi discréditer tous les critiques de PL96.

Un débat éclairé n’est plus possible.

Quelle sauvegarde ?

Et pourtant ce débat éclairé et informé devait avoir lieu.

Alors qu’on réécrivait la Charte en français, n’aurait-il pas fallu identifier les leviers les plus efficaces ?

Non. On préfère couper la poire du Cégep en deux et construire une immense architecture bureaucratique, tellement complexe qu’elle échappe à tout le monde sauf aux experts. Et pour convaincre les Québécois que c’est difficile, on ajoute une clause humiliante. C’est drôle!

La morale de l’histoire, embourbée dans un dédale juridique et bureaucratique, le débat se déroule strictement sur les symboles.

Le PQ ira encore plus loin en imposant la loi 101 au cégep. Un groupe d’anglophones s’abstient de l’idée même de devoir prendre 3 cours de français.

Entre ces deux contraires, PL 96 est considéré comme raisonnable. Profitant de la polarisation du débat, François Lego est considéré comme modéré. De cette façon, il rassure son électorat grâce à un nationalisme qui donne bonne conscience.

PLQ est resté

Sur le plan tactique, le débat sur le PL 96 a englouti Dominic Anglad. Favorisée par les cours de français du Cégep, elle cède à l’indignation.

Ici, elle se dirige vers le Collège Dawson, le symbole ultime de la résistance Lego.

Assurez-vous qu’elle et son caucus ne sont pas devenus rouges à cause du bilinguisme commun.

Non, ça a marché parce que les pouvoirs judiciaires conférés à l’Office québécois de la langue française vont trop loin, parce que la diabolisation de la communauté anglophone a assez duré.

PLQ a fonctionné parce que la montagne de réglementations promet d’être un cauchemar pour l’industrie de la navigation.

Finalement, le PLQ s’oppose au PL96 pour les mêmes raisons que plusieurs francophones, comme le Barreau du Québec et les chambres de commerce. Mais ces nuances, elles se perdent dans le débat polarisé actuel.

Dominic Anglad a marché aux côtés des modérés, mais, malheureusement, avec les partisans du Québec bilingue, qui crient contre le nazisme et le génocide culturel.

François Lego ne pouvait rien demander de mieux.

Quitte à avoir plusieurs victoires significatives sur le front de son nationalisme au Québec, il sera plutôt content des victoires tactiques.

À la lumière des intentions de vote, les Québécois ne semblent pas en vouloir plus.