France

VIDÉO. Descente anti-morsure en discothèque à Roanne

Lumières et musique feutrée incluses au T dansant, une discothèque de Roanne. Ce samedi 14 mai, il est 1h du matin, lorsqu’une trentaine de policiers se sont mis à fouiller les clients de cette discothèque à la recherche de seringues ou d’aiguilles suspectes dans le cadre d’une opération anti-morsure. “Ça ne va pas durer longtemps, je vous promets, on se remettra bientôt en musique”, a assuré le DJ au micro. En une vingtaine de minutes, les policiers ont établi leurs identités, vidé leurs poches et procédé à des perquisitions. Environ 80 clients présents au restaurant du centre-ville, se soumettent à la surprenante opération de contrôle, réalisée peu après une heure du matin, dans la nuit de vendredi à samedi.

“C’est bizarre de voir toute une boîte de nuit en feu, toutes les lumières allumées, comme si on était au restaurant”, raconte Bastien, un client d’une cinquantaine d’années. “Bonjour l’ambiance ! murmura le manager du T Dansant, Jérôme Bonefoy. “Ce n’est pas comme si nous n’avions pas eu deux années pourries”, plaisante-t-il, faisant allusion à la longue impasse de la crise sanitaire. Mais pour Dylan, une jeune blonde coiffée, “c’est normal à cause de tout ce qui arrive aux morsures”. L’opération vise à “montrer que la police et le parquet sont sur les lieux et sont particulièrement vigilants” face à un phénomène mystérieux qui affecte et perturbe le monde de la nuit et des vacances en France depuis plusieurs mois, a expliqué le procureur de Roan. ., Abdelkrim Greeny, présent lors du contrôle de T Dansant.

L’inexplicable vague de piqûres a touché ces derniers mois les discothèques, bars et festivals de tout le pays, avec des plaintes déposées de Lille à Béziers et de Lorient à Grenoble, en passant par Lyon, Besançon ou Valence. Au total, 250 personnes se sont tournées vers la police pour avoir été mordues. Certaines victimes rapportent des effets secondaires comme des nausées, des étourdissements, des frissons ou même des convulsions. D’autres disent n’avoir “rien senti”, comme cette lycéenne de 18 ans qui a porté plainte après avoir été mordue le 22 avril au T Dansant, où elle fêtait un anniversaire avec des amis. “J’accompagnais une amie aux toilettes quand un garçon m’a touché les fesses”, raconte la jeune fille. Lorsqu’elle est rentrée chez elle, elle a trouvé “un gros hématome avec un point rouge au centre de son cul droit”. Elle s’est immédiatement rendue à l’hôpital, où elle a reçu un traitement préventif anti-VIH et anti-hépatite. Une enquête judiciaire a été ouverte pour “violences intentionnelles et usage intentionnel d’une substance nocive”, un crime passible de trois ans de prison. Et le lycéen a décidé de ne pas retourner en boîte de nuit : “J’ai supprimé le mot de ma tête, je ne pense pas que je reviendrai. Nous passons une bien meilleure soirée avec des amis que nous connaissons. Dylan, il vient au T Dansant, même si on “y pense un peu au fond du subconscient”.

Il y a une vingtaine de plaintes dans la Loire, et quatre des 30 discothèques du département sont concernées, selon les données de la préfecture et de l’Union des commerçants et des industries de l’industrie hôtelière (UMIH). Les propriétaires de boîtes de nuit tentent de s’organiser, vérifient le contenu des sacs et des poches des clients ou intensifient la vidéosurveillance alors que les autorités se mobilisent pour réagir, s’inquiétant du risque de psychose. La préfecture de la Loire a organisé vendredi une réunion de coordination avec des représentants de la police, de la gendarmerie et du secteur de nuit. Il est important pour le procureur de Roanne d’être “dans le domaine de la prévention, d’attirer l’attention des jeunes”, de leur faire savoir “qu’ils doivent être vigilants, qu’ils doivent être prudents, car malheureusement ce phénomène de morsures sauvages ne s’estompe pas. Pour le reste de l’opération, T Dansant n’a révélé aucune seringue ou aiguille suspecte, et les analyses d’un flacon retrouvé sous une banquette ont montré qu’il s’agissait de papier.