France

Escorte, supporters et bain de sang… Dix personnes devant les jurés pour double meurtre

Le 3 août 2016, peu après 18 heures, un homme couvert de suie, mains et pieds brûlés, s’enfuit d’un immeuble de la rue Fondari (Paris 15e) après une puissante explosion provoquée par un incendie. Quelques minutes plus tard, alors qu’ils combattaient les flammes, les pompiers ont trouvé le corps d’une femme atterrissant au troisième étage, avec un tatouage “MP” peint sur son abdomen.

Près de deux mois plus tard, le corps d’une deuxième femme tuée la veille de l’incendie a été retrouvé dans le sous-sol d’un autre immeuble à quelques kilomètres de là. Les enquêteurs se sont rapidement occupés du premier corps retrouvé. Dans cette affaire, dix personnes doivent être jugées lundi par la Cour de justice de Paris.

Deuxième meurtre la veille de l’incendie

Le premier corps retrouvé sur le site est celui de l’Espagnole Maria P., 26 ans, qui anime un réseau d’escort girls parisiennes dans cet appartement en location. Les enquêteurs ont également rapidement identifié l’homme, qui s’est enfui vers la station de métro La Motte-Picquet – Grenelle, grâce à ses empreintes digitales laissées aux grilles. Il s’agit de Murad B., un Algérien en situation irrégulière de 29 ans, déjà bien connu des services de police. Après plusieurs semaines d’enquête, le trentenaire a été interpellé le 23 août dans un hôtel de l’avenue de Clichy (17e). Ce dernier, dont les blessures n’ont pas été correctement soignées, a été hospitalisé au service des brûlés.

Pour les enquêteurs, il s’agit d’établir la relation de l’homme avec la victime. Et les écoutes téléphoniques leur donneront la réponse. Au fil des investigations, ils retracent le fil de l’histoire et établissent le lien avec le second meurtre. Le 23 septembre 2016, le corps d’une autre femme est retrouvé dans le sous-sol d’un squat de la rue Sauffroy (17e). La jeune femme, en position fœtale, est enveloppée de tissu, un ours en peluche à la main. Selon l’autopsie, elle est décédée la veille de l’incendie de plusieurs coups de couteau. Cette dernière, identifiée comme étant Alixon OC, une Colombienne de 26 ans, venait d’arriver à Paris et travaillait comme escorte pour Maria P.

“Finir”

Quelques semaines plus tôt, fin juillet, une dispute avait éclaté entre Maria P. et Alixon OC dans l’appartement de la rue Fondary. Estimant qu’elle n’est pas assez payée, la colombienne menace son proxénète d’appeler la police. Le 2 août au matin, craignant que son compagnon ne la dénonce, Maria P. appelle un de ses amis, Moncef D., un chauffeur de taxi de 30 ans avec qui elle est en couple depuis un an. Elle lui a expliqué qu’elle avait un “problème avec une fille” et lui a proposé 20 000 euros pour “se débarrasser” de la jeune escorte, a-t-il précisé aux enquêteurs. En début d’après-midi, Moncef D. est arrivé au pied de l’immeuble, selon des photos de vidéosurveillance de la rue, rejoint quelques minutes plus tard par Camel Z., un ami à qui il a proposé ce “bon plan”. Selon leur histoire, les deux hommes n’ont aucune intention de tuer Alixon OS. Ils ont l’intention de faire croire au proxénète, de libérer la jeune escorte et de mettre l’argent dans sa poche.

Mais le plan ne se déroule pas comme prévu. Lorsqu’ils entrent dans l’appartement, ils trouvent Maria P. couverte de sang. Le proxénète leur montre un drap avec le corps de l’escorte dessous, qu’elle se suiciderait d’une trentaine de coups de couteau, et annonce simplement “c’est fini”, disent-ils. Selon eux, une autre escorte, Léniska C.., était présente dans l’appartement à ce moment-là.Cette prostituée vénézuélienne, qui avait été renvoyée pour complicité de meurtre, avait toujours nié toute implication. A la vue du corps d’Alixon OC, les deux hommes ont paniqué et se sont enfuis. Mais l’Espagnol ne s’arrête pas là. Ce soir-là, elle a demandé à Camel Z. de l’aider à déplacer le corps pour 11 000 euros. Le supporter vient accompagné de son frère Nasser et d’un de ses amis, le célèbre Murad B., qui laissera le bâtiment en feu. Le petit gang a récupéré le corps d’Alixon OC et l’a déplacé au sous-sol du squat, rue Sauffroy.

Le risque d’un test mot à mot.

Si le corps est désormais caché, l’appartement reste taché de sang. Au petit matin du 3 août, le proxénète propose une nouvelle mission à Murad B. et Nasser Z moyennant 15 000 euros supplémentaires : l’aider à “nettoyer” les lieux. Mais malgré les détergents, les traces de sang ne disparaissent pas, alors Maria P. propose de mettre le feu à l’appartement. Lorsque Murad B. renverse de l’essence, Nasser Z. s’enfuit. À 18 h 13, la flamme du briquet a provoqué une forte explosion, l’explosion a tué Maria P. sur le coup. La suite est connue. Murad B., grièvement brûlé, a survécu, mais s’est enfui immédiatement après l’explosion.

Pour moi, Beryl Brown, l’avocate de la famille de Maria P., le risque est un procès mot pour mot : “Les victimes ne sont plus là pour se défendre, chacun peut donner sa version”, explique-t-elle. “C’est une situation ambivalente, elle est à la fois victime et suspecte”, a-t-elle ajouté. L’avocat espère que les nombreux interrogatoires commandés pourront apporter des réponses : “Nous espérons nous rapprocher le plus possible de la vérité pour que la famille puisse faire son deuil.” Le procès doit permettre d’établir le rôle exact de Murad B., Moncef D., Kamel Z. et Nasser Z., accusés de meurtre avec préméditation en bande organisée avec recel volontaire, recel de cadavre, vol, recel de vol et la non-divulgation d’un crime. Tous les quatre risquent la prison à vie. Six autres prévenus, jugés pour des faits moindres, sont attendus à la barre.