France

pourquoi Gérald Darmanin reste ministre de l’intérieur

Le chef de la place Beauvau conserve son Maroc ministériel après l’annonce du nouveau gouvernement. L’ancien maire de Tourcoing lui permet d’envoyer des promesses à droite tout en étant évalué par les syndicats de police. Cependant, son profil, qui se scinde vers la gauche, ne représente pas la mise à jour promise.

Un acte de confiance rare de la part d’Elise. Gérard Darmanin conserve son poste de ministre de l’Intérieur au profit du gouvernement d’Elizabeth Bourne, qui vient d’être annoncé ce vendredi. Parmi ses atouts : excellente connaissance des dossiers et sympathie pour la police. Mais son image reste floue sur les bancs de gauche.

“C’est un métier très difficile, dans lequel on est constamment pressé, en crise. Vous en sortez généralement vidé. C’est un défi de maintenir cette position », a déclaré Sebastian Pietrasanta, ancien législateur socialiste et spécialiste de la sécurité chez BFMTV.com.

“Logique de le garder”

Nommé en 2020, suite à la démission de Gérald Collomb, qui a contraint Edouard Philippe à ajouter la casquette de préfet de police à celle de Matignon en 10 jours, et l’échec de Christophe Castaner, qui s’était fâché contre les forces de l’Ordre après avoir suscité des “soupçons avérés de racisme” dans leurs rangs, Gérald Darmanin cultive ses bonnes relations avec les agents.

Après des années de dialogue social complexe, l’ancien maire de Tourcoing est parvenu à relancer les discussions en lançant le Beauvau pour la Sécurité, présenté en Conseil des ministres en mars dernier et éventuellement voté à la rentrée prochaine.

“Cela a du sens de garder Gérald Darmanin, car nommer quelqu’un qui n’a pas travaillé sur ce texte pour le défendre au parlement serait très mal accueilli par la police”, estime Guillaume Farde, conseiller scientifique en sécurité et majeur de la défense à Sciences. -Po Paris et consultant pour BFMTV.

« Bonne garantie »

L’ancien maire de Tourcoing a également veillé à s’installer politiquement dès son arrivée au ministère de l’Intérieur. De son entretien en Figaro à l’été 2020, où il provoque la “sauvagerie d’une partie de la société” pour son “choc” des rayons halal et casher des supermarchés à travers Marine Le Pen, qu’il trouve “un peu molle”, le trentenaire a su faire des promesses à droite.

“C’est la garantie d’Emmanuel Macron contre Elizabeth Bourne, la première ministre de gauche”, a déclaré Bryce Ortefio, ancien ministre de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy.

Un soutien que l’aile gauche n’aime pas

Dans les rangs du macronet, la nouvelle de sa place de soutien à Beauvau fait aussi froid dans le dos.

“Le président fait campagne d’une nouvelle manière, on parle aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon et on repart faire un tour avec Gérald Darmanin. C’est incompréhensible”, lâche, frustré, gaucher.

Certaines macros considèrent également que le profil du ministre est trop diviseur. Suite à des accusations de viol, Gérald Darmanin a profité de son non-lieu en vertu d’un réquisitoire en 2022. La plainte portée contre lui pour « abus de faiblesse » a été rejetée. Pour se défendre, le ministre avait évoqué “sa vie de jeune homme” dans les colonnes de La voix du Nord.

Choix limité

“Je ne suis pas sûr qu’il ait vraiment eu le choix de ne pas le réembaucher. A Beauvais, on n’engage que des gens super fidèles en qui on a entièrement confiance, parce qu’on sait tout sur tout le monde. Et on évite de retomber en morceaux, comme avec Christoph Castaner.” composition », analyse un ancien policier.

Géral Darmanin tentera désormais de tendre vers l’image de longévité incarnée par Pierre Jox, qui a passé près de quatre ans et demi à Bovo lors du premier puis du second quinquennat de François Mitterrand.