Le président français Emmanuel Macron à l’Elysée, le 19 mai 2022 LUDOVIC MARIN / AFP
Ses partisans estiment y trouver du « pragmatisme » et une illustration du « dépassement politique » prôné par Emmanuel Macron ; ses adversaires n’y voient que du “cynisme” et des “tactiques électorales”. De la campagne présidentielle aux législatives en seulement deux mois, le locataire de l’Elysée a joué trois partitions différentes, accréditant au passage son image de “président caméléon”, aux convictions souples.
La première action a lieu le 17 mars, lorsque M. Macron présente son projet présidentiel lors d’une longue conférence de presse aux Docks d’Aubervilliers en Seine-Saint-Denis. Report de l’âge légal de la retraite à 65 ans, réforme du droit de succession, conditionnalité au versement du revenu de solidarité active, durcissement des conditions du droit d’asile… La liste des mesures qui puisent dans le réservoir idéologique du Parti républicain (LR ) grèves. Autant de marqueurs que brandit le candidat à la présidentielle, espérant faire le plein parmi les électeurs de droite qu’il courtise depuis le début de son quinquennat. « Sa campagne est du braconnage et une pâle copie de mon projet ! Valérie Pecres s’indigne, tandis que LR se moque de “l’homme copieur”. La manœuvre portera ses fruits : au premier tour de l’élection présidentielle, le 10 avril, la grande majorité des électeurs de François Fillon en 2017 se référeront à M. Macron.
Un mois plus tard, entre les deux tours, revirement complet : lors d’un meeting à Marseille le 16 avril, le dernier logiciel vert annonce ainsi qu’il veut un Premier ministre « directement chargé de la planification environnementale ». Un concept défendu jusqu’alors par le candidat de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon. Tout sauf une coïncidence. Après avoir « triangulé » à droite, l’adepte du « en même temps » tente cette fois de séduire les électeurs de gauche, qui ont voté à près de 22 % en faveur de M. Mélenchon, en vue du second tour face à Marin Le Pen. . Avec beaucoup de symboles, encore une fois. Avant le duel avec le représentant de l’extrême droite, Macron a mis l’accent sur les mesures sociales de son programme. Et il dit vouloir faire avancer un projet “pour les travailleurs” ou “pour les précaires”. Un discours social qui rappelle ses propos, empruntés au Nouveau parti anticapitaliste, lors de son meeting du 2 avril : « Nos vies valent plus que leurs profits. »
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Stratégie gagnante
Là encore, la stratégie va payer : le 24 avril, au second tour de l’élection présidentielle, M. Macron sera réélu face à Marine Le Pen, grâce en grande partie aux votes de la gauche, initialement soucieuse de bloquer la finale. à droite. “Il s’agit d’une élection de restructuration. On gagne aux deux tiers des électeurs de la gauche républicaine », analysait à l’époque un conseiller du chef de l’État. “Ce vote m’oblige”, reconnaît le vainqueur, qui entame son deuxième quinquennat, mettant l’accent sur des sujets qui doivent être “parlés” à gauche.
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