France

Le défi de la sobriété pour répondre aux urgences climatiques

Ce 10 février, le chef de l’Etat n’est pas encore officiellement candidat à sa propre succession. A deux mois du premier tour de l’élection présidentielle, il est venu à Belfort présenter sa vision de l’avenir énergétique de la France. Au cours de cette allocution, il fera des annonces importantes sur la relance de la filière nucléaire ou sur les objectifs de développement des énergies renouvelables. Mais le premier projet ne concerne pas l’atome ou les éoliennes : le premier enjeu, dit-il, est de « gagner en sobriété », de « réduire de 40 % notre consommation d’énergie » ici en 2050. Le mot est lâché : « sobriété ». Désormais, il sera présenté comme l’un des piliers du programme énergétique du président.

Prenant lui-même la parole, Emmanuel Macron a envoyé un signal à l’électorat de gauche et aux écologistes. Mais plus largement, cet emprunt révèle la manière dont cette notion ancienne émerge finalement dans le débat public. De « Happy Sobriety » (1938-2021) de Pierre Rabi à la première encyclique papale sur l’écologie en 2015, des travaux de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) à ceux des climatologues du Groupe d’experts du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ( GIEC), la sobriété semble de plus en plus incontournable, tout en restant extrêmement clivante. Synonyme pour les uns, levier puissant et passionnant pour inventer un modèle plus respectueux de l’environnement, il agit comme un repoussoir absolu pour les autres qui craignent la fin du progrès et de la croissance. Désirée ou redoutée, elle remet en cause, en tout cas, les fondements mêmes et l’organisation de notre société.

Cette question n’est pas nouvelle. Depuis le XIXe siècle, la révolution industrielle et la montée du capitalisme ont donné une dimension politique au concept. “Dans les années 70 du siècle dernier, après la publication du rapport du Club de Rome [association internationale de réflexion sur les problématiques de développement durable] l’idée est venue que notre croissance exponentielle et notre désir insatiable de richesse pouvaient conduire à notre perte », rappelle le think tank écologique La Fabrique. Diffusée en France par le penseur André Gorz (1923-2007), cette idée apparaît d’abord dans le concept d’« expansion », à la fois pour l’écologie et contre le capitalisme. Mais petit à petit, le terme « sobriété », moins politique, gagne en popularité.

A défaut de définition précise et partagée, cela implique une modération dans la production et la consommation des biens et services et l’abandon des pratiques ou usages excessifs ou inutiles. “Ce terme peut prêter à confusion”, estime Eloi Laurent, chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Cela implique que nous avons bien vécu et que maintenant nous devons vivre à une échelle réduite. Or, c’est le contraire qui est vrai : il faut apprendre à vivre mieux, pas moins. Apprenez à vivre avec la biosphère, pas contre elle. »

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