France

Drainville et syndrome de Rebello

Il est beaucoup plus facile dans la Coalition Avenir Québec de se déclarer « fier Canadien » que d’admettre ouvertement qu’on est un souverain, me disait hier un collègue.

Cet axiome sera réaffirmé aujourd’hui, je parie, lors de la conférence de presse de Bernard Drainville, qui officialisera sa candidature à Lewis pour la formation de son ancien collègue François Lego.

Hier, Caroline St-Hilaire, ancienne députée bloquiste et candidate CAQ dans Sherbrooke, s’est tordue pour éviter de dire si elle espère toujours que le Québec deviendra souverain.

Syndrome

Appelez ça le syndrome de Rebello. Alors député péquiste dans La Prairie en 2008, François Rebello a décidé il y a plus de 10 ans de passer à la CAQ.

C’était les premiers jours de janvier 2012. La CAQ venait de se transformer en party et d’avaler l’ADQ.

Dans une interview, Rebelo, un nouveau déserteur, a témoigné que son transfert au parti Lego n’impliquait aucune renonciation à la souveraineté. Au contraire, la CAQ, lorsqu’elle arrivera au pouvoir, renforcera le Québec à tel point qu’il vaudrait « mieux » qu’il devienne un État.

Il a ensuite confié, “M. Lego m’a dit : ‘Tu peux être un souverain dans la coalition’, et “la porte de la souveraineté reste ouverte”. C’est ce que je pense être important. Mais comment y arriver ? […] Le Québec doit être assez fort. La puissance économique du Québec a des implications sur le désir des gens de s’établir politiquement. C’est une question de confiance en nous, la souveraineté du Québec. »

colère rouge

La déclaration a provoqué la colère des membres les plus “canadiens” du groupe du nouveau parti, Gérard Deltel et Janvier Gronden (quoique de l’ADQ, un parti qui a fait campagne dans le camp du “Oui” en 1995).

Rapidement, Rebelo est contraint de clarifier sa position : « Lego ne le fera pas [la souveraineté]ce n’est pas son but de le faire.”

Et si un jour, un jour, la souveraineté redevenait possible ? Rebelo a alors promis de quitter la CAQ : « Ce sera éteint si jamais je dois demander aux Québécois de tenir à nouveau un référendum. Ce ne sera pas avec la coalition. »

Bernard Drainville serait-il prêt à prendre le même engagement aujourd’hui ?

Scission

Certains s’amuseront du fait que le parti qui promettait de transcender le « vieux » clivage souverainiste-fédéraliste est celui qui le remet aujourd’hui sur le devant de la scène.

Mais en général, il n’y a rien d’étonnant à cela. Le statut politique du Québec demeure problématique. Cela rend l’avenir national de plus en plus incertain, notamment pour la survie des Français. La CAQ du pouvoir en est consciente.

Les Québécois n’ont reçu aucun des changements au Dominion demandés par le Non en 1980 ou par les Fédéralistes au Québec en 1987 (Mitch) et 1992 (Charlottetown). La souveraineté a également échoué en 1980 et 1995.

Le Québec peut-il vraiment accepter de renoncer définitivement à ses deux grands rêves : le fédéralisme renouvelé ou la souveraineté ?