Jean-Benoit Lego, la presse canadienne
MONTRÉAL – Les vestiges du brassage peuvent être transformés en cristaux infinitésimaux utilisés dans la production de la technologie moderne, ont découvert des chercheurs de l’Institut national de la recherche (INRS) et de l’École de technologie supérieure.
Appelés “points quantiques”, ces cristaux sont en réalité des “nanocristaux”, chacun ne mesurant que quelques milliardièmes de mètre (un nanomètre vaut un milliardième de mètre).
Habituellement produits à partir de métaux lourds et de contaminants comme le cadmium et le plomb, ces quantum dots pourraient plutôt être produits à partir de drèches, ce reliquat de céréales de brasserie qui a été réutilisé ces dernières années pour l’alimentation animale.
Les points quantiques sont utilisés, entre autres, dans l’émission et l’absorption de la lumière, par exemple comme capteurs en biomédecine ou comme LED dans les écrans de nouvelle génération. Le géant sud-coréen Samsung, en particulier, consacre d’énormes ressources à la synthèse de points quantiques à utiliser dans ses téléphones.
“Il peut aussi être utilisé pour des applications un peu plus matures d’un point de vue technologique et commercial, comme la technologie solaire, c’est-à-dire absorber la lumière pour la convertir en une autre forme d’énergie”, explique le professeur Federico Rosey de l’INRS.
“Cela pourrait être de l’électricité, où elle peut être utilisée pour décomposer les molécules d’eau et libérer de l’hydrogène à partir de l’oxygène. Et puis l’hydrogène peut être utilisé comme carburant pur. »
Le professeur Rosey et ses collègues ont démontré ce printemps dans le magazine RSC Advances de la Royal Chemical Society qu’il est possible de produire des points quantiques de carbone avec les fonds disponibles.
Ils ont utilisé un four à micro-ondes domestique pour carboniser les grains épuisés, créant une poudre noire qui est ensuite mélangée à de l’eau distillée et renvoyée au micro-ondes. Les étapes de centrifugation et de filtrage poussé ont permis d’obtenir des boîtes quantiques.
Le produit fini est capable de détecter et de quantifier les métaux lourds et autres polluants qui affectent la qualité de l’eau, l’environnement et la santé.
“Nous pouvons moduler les propriétés des points quantiques en modifiant leur taille, leur morphologie et leur composition”, a déclaré le professeur Rosey.
Les boîtes quantiques, qui affichent les meilleures performances, poursuit-il, contiennent malheureusement des métaux lourds, dont l’utilisation est loin d’être souhaitable d’un point de vue environnemental. Nous avons donc essayé de les remplacer par des éléments non toxiques et idéalement très abondants.
Le dessin contient des éléments tels que le carbone, l’azote et le phosphore, qui contribueront à l’efficacité des points quantiques obtenus. Des travaux antérieurs ont montré que les points quantiques dérivés du carbone sont intéressants pour capter la lumière du soleil et la convertir en une autre forme d’énergie.
Ce projet a été réalisé grâce à la collaboration de la microbrasserie Brasseur de Montréal, qui a apporté ses résidus de céréales. Désormais, les chercheurs n’excluent pas de contacter une plus grande brasserie qui pourrait être intéressée par cette percée technologique.
“Le principe de base est d’essayer de valoriser les déchets”, explique le professeur Rose.
Mais bon. De là à la conclusion que plus vous buvez de bière, plus vous aiderez nos hôpitaux à se doter du matériel le plus moderne dont ils ont besoin, il y a certainement un pas qu’il faut se garder de franchir.
Add Comment