Samuel Boivin / NurPhoto / Getty Images Les conclusions de la “mission flash” pour les urgences, commandée par Emmanuel Macron à François Brown, président du Samu-Urgences de France, ont été remises à Elizabeth Bourne ce jeudi 30 juin. Ce sera le premier gros dossier à gérer pour le futur ministre de la Santé (photo prise en novembre 2019 à Paris à l’occasion d’une manifestation de soignants).
HÔPITAL PUBLIC – Armements, budgets, tri. La Mission Flash Soins Non Planifiés, lancée fin mai par Emmanuel Macron, a présenté à Matignon ce jeudi 30 juin ses 41 propositions pour pallier l’été “à haut risque” dans les services d’urgence, selon un projet de rapport reçu de l’AFP.
La prescription du Dr François Brun, responsable du centre CHR de Metz-Thionville et commanditée par le chef de l’Etat, est désormais entre les mains du Premier ministre Elizabeth Bourne. Un document de 60 pages présenté par le président du Samu-Urgences de France lors d’une “réunion de travail” à Matignon, en présence de la ministre de la Santé Brigitte Bourguignon, de l’Assurance maladie et des associations d’associations de malades France Assos Santé.
Le chef du gouvernement doit désormais arbitrer entre ces 41 recommandations, qui doivent “faciliter la gestion de cette période estivale à haut risque”, qui n’épargne pas les grands CHU comme Bordeaux, Toulouse et Grenoble. Une mission qui incombera à l’héritière de Brigitte Bourguignon, défaite aux dernières élections législatives dans le Pas-de-Calais et qui sera bientôt remplacée dans l’équipe gouvernementale.
Une mission clé pour le prochain ministre de la Santé
Car pour l’instant, il s’agit d’une “version non définitive” qui sera amendée à l’issue de “l’atelier”, comme l’a précisé le Dr Brown à l’AFP. La version finale devrait maintenant dévoiler les arbitrages creux de l’exécutif.
Pour l’heure, afin de sauver ce qui peut l’être, la « mission flash » préconise une « régulation des admissions », soit par « triage paramédical à l’entrée » pour les urgences, soit par « régulation pré-médicale systématique » depuis le tableau de bord du Samu. . . Le rapport propose même de restreindre l’accès local aux « urgences vitales », notamment la nuit, cet « arrêt partiel » pour permettre de « mutualiser les ressources de plusieurs services sur un même site ».
De nos jours, avec trop de patients et pas assez de soignants, l’équation impossible n’épargne aucun hôpital, y compris les grands hôpitaux universitaires comme Bordeaux, Toulouse et Grenoble, qui ont récemment été contraints de restreindre l’accès à leurs urgences.
En parallèle, une grande campagne d’information sur le régime “avant de voyager, téléphonez” est souhaitée, ainsi qu’une “mise à niveau des effectifs” des assistants médicaux (ARM) pour couvrir l’augmentation attendue des appels à 15.
Mieux payer le personnel
Reste à convaincre ou risquer d’irriter certains acteurs. Ces mesures de restriction d’accès ou d’arrêt partiel ont en effet été vivement critiquées par le porte-parole de l’Amuf, Christophe Prudome, qui a condamné sur Twitter “la fin du service public 24h/24 (…) en conséquence de décès qui peuvent être évités ».
Le rapport d’urgence confirme la fermeture des services d’urgence la nuit. Bref, la fin du service public est ouvert 24 heures sur 24, c’est-à-dire un État qui abandonne la population avec pour conséquences des morts évitables.
— Prudhomme Christophe (@PrudhommeChri10) 30 juin 2022
Par ailleurs, d’autres efforts budgétaires sont nécessaires pour mieux rémunérer les médecins indépendants en régulation (jusqu’à 100 euros bruts de l’heure “hors taxes”) et en consultation (avec une augmentation de 15 euros par acte demandée par le Samu).
Idem pour le personnel hospitalier, avec une revalorisation du travail de nuit et des ponts les 14 juillet et 15 août, ainsi qu’une prime pour les équipes des urgences psychiatriques, pédiatriques et gynécologiques.
Il n’y a pas de devoir obligatoire pour les médecins de ville
La “boîte à outils” comprend aussi un recours facilité aux aidants remplaçants et retraités, la télémédecine, les infirmières libérales, les pompiers… Autant de pistes avec des “indicateurs d’impact” pour décider à la rentrée “poursuivre ou abandonner ces mesures”.
En revanche, aucune trace d’une obligation de garde individuelle pour les médecins de ville, qui s’opposent avec véhémence à ce type de restriction.
Dans une rare union sacrée, une vingtaine d’organisations libérales et de travailleurs hospitaliers ont défendu en début de semaine le “principe de responsabilité collective et concertée” pour “l’organisation territoriale (…) de la permanence des soins”.
La “mission flash” a reçu un accueil très favorable de la part du tumultueux président du syndicat UFML, Jérôme Marty, qui a salué les “suggestions qui vont dans le bon sens” mais a également regretté les “vœux pieux en l’absence d’interprètes” de soins pour les malades.
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