L’odeur terreuse qui emplit l’air après la pluie évoque souvent le retour des beaux jours et les joies du jardinage. Mais pour certains vers communs dans nos sols, c’est plutôt un signal de danger.
Les scientifiques savent depuis longtemps que la géosmine, une molécule produite par un grand nombre de bactéries du sol, est responsable de cet arôme particulier. Mais son rôle n’est pas toujours clair. “Geosmin n’aide pas les cellules à croître ou à se diviser”, explique Brandon Findley, professeur au Département de chimie et de biochimie de l’Université Concordia.
Une étude de son équipe, publiée dans la revue Applied and Environmental Microbiology, montre que la bactérie Streptomyces coelicolor utilise plutôt la géosmine pour sauver sa peau. De nombreux animaux sont capables de détecter ce composé chimique, y compris les espèces de nématodes Caenorhabditis elegans. Ces minuscules vers habitent les sols de toute la planète, jusqu’en Antarctique, et se nourrissent des bactéries qui y vivent. L’équipe a étudié le mouvement et le comportement des vers sur des plaques de gélose contenant de la géosmine. Ainsi, elle a observé que les vers évitaient soigneusement les zones où se trouvait cette molécule au goût si particulier. “Geosmin ne les tue pas, mais les vers l’associent à des effets négatifs”, résume Brandon Findlay.
En effet, Streptomyces coelicolor produit de la géosmine, mais aussi des toxines qui seraient mortelles pour les nématodes s’ils décidaient d’ingérer certaines de ces bactéries comme nourriture. “L’idée est que les bactéries utilisent la géosmine comme signal d’avertissement pour éloigner les prédateurs”, explique Liana Zarubi, première auteure de l’étude. Comme le crapaud fraise ou le papillon monarque annonçant sa toxicité avec des couleurs vives, alors que certaines plantes ont des épines, S. coelicolor libère de la géosmine pour indiquer qu’il vaut mieux s’en éloigner. Ces mécanismes de défense sont appelés « aposématisme ».
L’odorat humain est très sensible à la géosmine : il peut en détecter des quantités même infimes, de l’ordre de “quelques gouttes dans une piscine”, illustre le professeur Findlay. Si son odeur est agréable, son goût serait bien plus désagréable. La géosmine pourrait-elle également être un signal de danger potentiel pour les humains ? Cela reste à prouver !
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