France

Mais de combien l’euro pourrait-il baisser face au dollar ?

A ce niveau ce n’est plus de l’amortissement, mais de la plongée. L’euro est tombé mardi à son plus bas niveau depuis 2002 face au dollar, la monnaie des Vingt-Sept valant moins de 1,02 dollar, proche de la parité (un euro = un dollar). Avant la crise sanitaire, il valait 1,10 dollar. Depuis le début de 2022, il a perdu 7 % de sa valeur. Et la chute semble devoir se poursuivre. Bank Nomura envisage même aujourd’hui que l’euro passe sous la parité (0,98 $) en août puis à 0,95 $ un mois plus tard.

“Il n’y a pas de limite de temps à la dévaluation, pas de plafond de verre : l’euro peut continuer longtemps à baisser. Il est même en passe de l’être”, s’inquiète Mark Tuaty, économiste et président du cabinet chargé de l’économie et des finances. Pire encore, selon Jacques Le Cachau, professeur de macroéconomie à l’université de Pau : « L’euro est désormais dans une spirale de dépréciation. Plus il tombe, plus il alimente sa future chute. Son plus bas niveau atteint était de 0,88 dollar, au début de la monnaie unique, rappelle Henri Sterdinac, spécialiste de la mondialisation à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Peut-il descendre plus bas ?

Déclin cyclique

La monnaie européenne s’effondre actuellement pour plusieurs raisons, dont aucune ne semble facile à résoudre. « La Fed, la banque centrale américaine, a relevé les taux d’intérêt bien avant et bien plus que la BCE, la banque centrale européenne. Par conséquent, il est plus rentable d’investir son argent en dollars qu’en euros, car cela apporte un rendement plus important, ce qui augmente la valeur du premier par rapport au second ». Or, si la BCE décide de remonter ses taux, la Fed risque de faire de même, sachant qu’elle a déjà une longueur d’avance, prévient Henri Sterniak : « La Fed est beaucoup plus agressive que la BCE, elle saura réagir et soutenir sa direction. »

La même BCE qui est plus en colère contre Joachim Nagel, le chef de la Banque fédérale d’Allemagne. “Ce dernier a ouvertement critiqué la mollesse de la banque centrale, ainsi que sa clémence envers les dettes publiques des pays du sud de l’Europe”, informe Mark Tuati. Une mauvaise ambiance, donc, quand la première économie de l’euro critique sa propre banque centrale, qui n’invite pas à parier sur l’Europe : “Il y a l’idée qu’elle n’avance pas solidaire et qu’elle pourrait s’effondrer à tout moment, ce qui a de quoi inquiéter les marchés.” , note l’économiste.

Sauter et rattraper

Jacques le Cacho continue pour une autre raison : la guerre en Ukraine. Premièrement, dans une telle période de crise internationale, « le dollar a toujours été la valeur refuge. Il est vrai que l’euro se déprécie, mais le dollar prend également de la valeur. Sa valeur augmente par rapport à toutes les monnaies du monde », explique le professeur. Deuxièmement, le conflit entre Moscou et Kyiv risque de continuer à affecter l’économie européenne, qui n’est plus considérée comme le meilleur investissement pour cet hiver. “Le scénario catastrophe, c’est si la Russie coupe le gaz et le pétrole aux Européens, ce qui plongera les 27 dans la récession et fera chuter l’euro à des niveaux sans précédent”, s’inquiète Henri Sterdiak.

Résumons : la guerre en Ukraine n’est pas près de se terminer, la Fed est plus agressive que la BCE, l’Europe ne parle pas d’une seule voix… Le record de 0,88 $ risque de tomber. Et donc ? « Lorsque la monnaie est faible, les exportations se vendent mieux, mais les importations coûtent plus cher. Or, l’Europe importe beaucoup, ce qui ne fait qu’augmenter l’inflation et réduire le pouvoir d’achat”, explique Mark Tuati.

Cependant, il reste un espoir – assez grand – pour enrayer la chute infernale : que les marchés, si hésitants quand il s’agit d’investir dans l’euro, décident de le sauver. Parce que si la devise s’effondre au-dessus de 0,88 $, «cela pourrait être un gros choc. Une bonne valeur pour l’euro est estimée à 1,15 $, nous en serons donc très, très loin. Les investissements peuvent reprendre dans l’euro pour le sauver et réguler l’économie mondiale.” Et comme vous le savez, ce n’est pas la chute qui est importante, mais l’atterrissage.