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pourquoi Marlene Schiappa est de retour au gouvernement

“Pour elle, l’aventure s’arrêtera là.” A trois jours du second tour de l’élection présidentielle, ce ministre de premier plan est formel : Marlène Schiappa ne reviendra pas. L’ancienne secrétaire d’Etat à l’égalité femmes-hommes, alors nommée ministre déléguée chargée de la citoyenneté sous le gouvernement Castex, ne sera pas du second quinquennat de Macron. “J’étais prêt à passer à autre chose”, confirme l’initié. Le 20 mai, quatre jours après la démission de Jean Castex, cette macroniste de la première heure a écrit un long post sur les réseaux sociaux, sa plateforme préférée. Elle loue son palmarès et termine par ces quelques mots : “Je maintiens l’engagement du corps. Prenez soin de vous… et des autres !”

En fait, Marlene Schiappa ne faisait pas partie du premier gouvernement d’Elizabeth Bourne. Entre la sortie de son nouveau livre ‘Est-ce une bonne chose que la ministre ?’, sa tournée de dix jours à New York ‘à la rencontre de personnalités du monde féministe’, son projet d’émission hebdomadaire de radio, mais aussi une entreprise sociale dans le domaine de l’égalité des sexes, cette dernière ne chôme pas et le donne sur sa page Instagram. Marlène Schiappa a assisté à la finale de Roland Garros, pris des photos avec la féministe américaine Gloria Steinem à New York, participé à la parade gay avec des policiers LGBT et savouré sa nouvelle vie d’ancienne ministre.

Officiellement, elle ne souhaitait pas se présenter aux législatives pour, dit-elle, « rester cohérente avec son parcours atypique et revenir dans la société civile ». Même si, selon une source interne de La République en marche, “elle a beaucoup hésité”. Marlène Schiappa était particulièrement attendue dans le 7e arrondissement de Paris. En réalité, le virus de la politique ne l’a jamais quittée. Et le 4 juillet, grâce à un remaniement, Marlène Schiappa est revenue au gouvernement comme secrétaire d’État à l’Économie sociale et solidaire et à la Vie associative.

Le week-end précédant l’annonce du gouvernement, l’ancien entrepreneur a assisté au mariage de sa sœur à Pierre de Bres (Bourgogne). Les festivités battent leur plein lorsqu’elle reçoit “plusieurs coups de fil”. Au bout du receveur : le Président de la République et le Premier Ministre. Elle, qui avait « dit à ses amis ministres qu’elle ne reviendrait pas au gouvernement car elle créait une entreprise sociale », n’a pas résisté longtemps à l’offre de l’exécutif.

“Quand le président et le premier ministre m’ont proposé ce portefeuille, moi qui avais été président d’une association pendant dix ans et plusieurs fois entrepreneur, j’ai accepté avec beaucoup d’enthousiasme !

Marlène Schiappa

chez franceinfo

Mais pour de nombreux acteurs et observateurs de la vie politique, ce portefeuille est avant tout un prétexte pour rappeler, selon le constat de l’entourage d’Elizabeth Bourne, “une femme politique avec des convictions qui était en macronie depuis le début”. En d’autres termes : « C’est un bon soldat », disait un conseiller ministériel.

“Son portefeuille est un alibi, mais il permet d’avoir un politicien qui peut défendre la politique du gouvernement.

Conseiller ministériel

chez franceinfo

“Elle a été recrutée pour ce qu’elle est : c’est la sniper du président, capable de défendre toutes les mesures, y compris celles qui contredisent ses anciennes positions”, décrypte un ancien membre de son cabinet, qui parle encore “d’un porteur d’armes efficace, d’une loyauté sans faille”. ‘ à Emmanuel Macron.

Sa nomination au gouvernement était-elle prévue après son départ en mai ? “Certains en parlent depuis longtemps”, raconte un conseiller ministériel. “Son retour était prévu : elle a trop de poids politique pour être laissée de côté, elle est bourrée de Macron. La voilà à Matignon, sans direction ni rien. Le but est de la faire sortir quand elle commencera à protéger le président”. Marlène Schiappa est en effet rattachée au Premier ministre, et non au Bersi, comme c’est habituellement l’usage.

Pendant ses six semaines de vacances, elle n’a jamais rompu ses liens avec la majorité. “Je suis restée en contact avec presque tout le monde”, se vante Marlène Schiappa. D’Elizabeth Bourne à Yael Braun-Pivet, en passant par Alexis Kohler, le puissant secrétaire général de l’Elysée, et Brigitte Macron, cette dernière dresse coup sur coup une liste de personnalités macroniennes avec lesquelles elle a échangé depuis son départ du gouvernement.

Cependant, son retour divise la macronie elle-même. « Je remets en cause la nomination de Madame Schiappa. Son style n’est pas synonyme de réconciliation et de dialogue ! », craint un membre de la majorité. Un autre explique que la ministre “n’est généralement pas très appréciée des députés de la majorité à cause de son ego et du fait qu’elle passe plus de temps dans les médias qu’à travailler sur des dossiers”.

“Nous avons besoin d’élus sur le terrain, pas d’élus à la télé.”

Membre de la majorité

chez franceinfo

Patrick Vignal, député de l’Hérault, n’est pas du tout d’accord. Selon lui, « Marlène Schiappa fait bouger les choses, c’est rare en politique ! Elle a parfois été politiquement incorrecte, mais j’aime ça. Faire de la politique, c’est aussi prendre des risques.

Les médias, voilà le carburant de Marlène Schiappa, qui a été l’une des premières ministres à se rendre sur le plateau de Cyril Hanuna. “La lumière l’attire, et un bad buzz est toujours un buzz parce qu’on en a déjà parlé”, soupire une ancienne membre de son cabinet. Mais pour d’autres, c’est justement un avantage dans le dispositif, surtout en cette période de majorité relative au parlement. “Elle fait partie de ces ministres qui ont réussi à franchir le mur du son dans les médias et à être identifiés sur un sujet donné”, assure le député macroniste. Quels que soient les ministres qui pourront la remplacer pour l’égalité des sexes, ce sera elle.

« Quand on veut faire entrer des causes dans le débat public, il faut passer par les médias. Cela donne un coup de poing énorme pour mettre les problèmes à l’ordre du jour.”

Marlène Schiappa

chez franceinfo

“La politique le fait, mais elle communique aussi le fait que nous le faisons”, a confirmé le député de la majorité. On a besoin de plus de Marlène Schiappa.» Dans l’opposition, certains ne sont pas loin de penser la même chose. “Je le combat politiquement, mais je comprends qu’Emmanuel Macron le choisisse”, avoue Alexis Corbière, représentant adjoint de la France en Seine Saint-Denis.

“C’est une macroniste militante et elle a la capacité de briller par rapport aux autres ministres du gouvernement.”

Alexis Corbier, député LFI

chez franceinfo

“Il y aura aussi un combat parlementaire dans les cinq prochaines années et elle fait partie des personnages qui savent boxer”, ajoute ce proche de Jean-Luc Mélenchon.

Mais d’autres se sont moqués de sa nomination, comme la vice-présidente du parlement, Eduige Diaz : “Maintenant, elle est en charge des associations, mais quand je vois le mécontentement des associations féministes dans son bilan et le fait qu’elle a coupé liens avec eux…” “Emmanuel Macron récompense sa loyauté, mais pas sa vision politique – qu’elle n’a pas”, a pour sa part attaqué un député de gauche.

«La mettre dans des associations aujourd’hui, c’est comme mettre un chasseur en termes d’animaux. Elle passera son temps à instrumentaliser les associations.

Parlementaire de gauche

chez franceinfo

« Je ne sais pas à quel point elle parlera d’économie sociale et solidaire », nuance toutefois un ancien membre de son cabinet, qui souligne également que « son étoile s’est estompée » : « Elle est en bas du protocole et un nouveau secrétaire d’État, pas un ministre ou un ministre délégué.

A ces critiques, Marlène Schiappa oppose sa détermination : “Je fais le tour de tout le monde dans ces premières semaines pour écouter et comprendre les attentes !” Sa nouvelle vie d’ancienne ministre attendra. Tous ses projets sont désormais gelés. Elle, qui s’apprêtait à signer avec une radio, va désormais parcourir tous les plateaux en tant que membre de l’équipe d’Elizabeth Bourne. “C’est difficile de se passer de Schiapa. C’est mieux qu’il soit au gouvernement”, conclut un député de l’opposition.