On ne sait pas, mais même si seulement quelques centaines de fans du collectif montréalais peuvent se targuer d’avoir vu ces moments qui appartiennent désormais à l’histoire, il y avait un fort parfum de nostalgie qui imprégnait la salle du Festival de Jazz en début de soirée. .
Bien sûr, BV3 n’a pas disparu au cours des 25 dernières années. Loin de là. D’autres albums sont sortis, il y a eu d’autres tournées. On a aussi vu la cassette de James Di Salvio au FIJM dans les années 2000 et au festival Osheaga en 2010. Mais personne ne contestera que le disque à la pochette du cerf et du lapin est leur chef-d’œuvre musical.
Bran Van 3000 a mis le feu à la Place des Festivals en 90 minutes.
Photo : Spectra/Victor Diaz Lamich
La machine à remonter le temps entre en action à 21h30 avec une mise en bouche sonore et visuelle apparemment hors du temps, peu avant l’arrivée des artistes. Réflexe inné du journaliste culturel : quand ils montent sur scène, on commence à compter les musiciens qui accompagnent la tête d’affiche ou les accompagnateurs d’un groupe donné. Plus difficile à dire qu’à faire avec le Bran Van 3000.
Environ 25 créateurs ont participé à la création de Glee il y a un quart de siècle. Si je me souviens bien, ils étaient presque autant – sinon plus – sur la scène Spectrum quelques mois plus tard. Vendredi, j’en ai compté 12 ou 13 dès le départ, mais d’autres se sont ajoutés. Simple : pas loin d’une vingtaine de voix et d’instrumentistes défilant sur les planches.
Pour une fête
Et ils se sentaient comme une fête, comme le public, d’ailleurs. Loaded, extrait de Discosis (2001), frappe fort dès le départ avec Sarah Johnston en tête. La répétition du mot fête dans les paroles, et celle du mot “f” de six lettres, qui incite à la débauche alcoolique – ou autre – était sans équivoque.
La séquence avec Exactly Like Me de Glee, surmontée de beaux cuivres, où Johnston et James Di Salvio se partageaient les parties vocales, était un peu bancale, comme si le collectif n’avait pas encore retrouvé toute sa cohésion. Le groupe n’a pas exactement multiplié les concerts depuis mi 2010. Un seul, en mai dernier. Cependant, nous avons ressenti la joie générale des membres et l’envie de s’amuser.
Stéphane Moraille est venu sérieusement botter le terrier du lapin avec une performance explosive d’Afrodisiak qui a mis le feu aux poudres, le genre Aretha Franklin à son meilleur.
Steve “Liquid” Hawley est alors venu injecter du hip-hop dans la carte avec une tirade qui a mis la table pour Rainshine, cette fois partagée avec James et Jayne Hill – qui est désormais blonde. La magie a parfaitement fonctionné. Toute cette première demi-heure servira à (re)présenter un à un les piliers du BV3 au public.
Et même un qui n’était pas là au début de l’aventure.
James DiSalvio et Sarah Johnston
Photo : Spectra/Victor Diaz Lamich
L’interprétation de Go Shopping met en avant Kwanza Shelley qui rejoint BV3 pour Rosé (2007). J’avais complètement oublié la chanteuse aux traits rappelant Sade et au look d’Alicia Keys. Certes, j’ai raté le concert de 2008 à Wilfrid-Pelletier, mais pas celui de 2011 à Osheaga. La mémoire joue parfois des tours…
La foule a hurlé dès les premières notes d’Astounded – la bombe qui ouvre Discosis – construit sur le légendaire Move On Up de Curtis Mayfield. Un solo de trombone rond et puissant, plusieurs ballons et la compétition vocale de Sarah, Jane, Stephan et Kwanza ont déferlé sur le centre-ville de Montréal comme une vague irrésistible qui engloutirait tout le monde.
Après 40 minutes d’un tel régime, il était de bon ton de souffler. Sarah Johnston l’a fait avec la ballade Rock Star, soutenue par une guitare acoustique et un trio à cordes. Absolument magnifique.
Sarah est restée pour Call Me (I’ll Be Around Medley) – une sorte de version du classique des Spinners – qui a été entrecoupée à deux reprises de tirades hip-hop de Di Salvio et Liquid. Peut-être l’exemple le plus convaincant de la fusion de genre qui est courante dans BV3.
La Place des Festivals était pleine pour le concert anniversaire Bran Van 3000.
Photo : Spectra/Victor Diaz Lamich
Friend James, dans son t-shirt Biggie, visiblement ravi de l’accueil, a rappelé certaines des racines de BV3 en entonnant un extrait court mais cinglant de l’hymne de la fête des Beastie Boys Fight For Your Right (To Party!). Stand Up et Old School ont suivi avec des apparitions l’un de l’autre. Nous nous sommes penchés sur le BV3 à géométrie variable selon les besoins du moment.
Si Grace a donné lieu à une claque sonore spectaculaire, il est clair que Drinking In LA a été le clou de la soirée. C’est du moins la chanson que tout le monde voulait entendre. Avec des images un peu blanchies du Los Angeles d’antan défilant sur les écrans, Stéphane Moray et ses confrères ont pris tout le monde dans leur poche. Le hit s’est même transformé en chanson pour répondre avec des milliers de téléspectateurs scandant LA! LA! à la demande de James. Un beau moment d’unité.
Moraille a poursuivi avec Oui Got Now, offert ici en guise de remerciement aux festivaliers, et Stepchild, avec Shelley en soliste, a terminé les 90 minutes sous effets pyrotechniques.
Alors pas de Couch Surfer ? êtes-vous sérieux? Pas de Une chanson, peut-être la pièce la plus jazzée du répertoire BV3 ? Au Festival International de Jazz de Montréal, ce serait une bonne idée, non ? Pas de forêt ? Oui, je sais, Jean Leloup n’était probablement pas disponible, mais qu’est-ce qui l’empêcherait d’utiliser sa bande-son vocale sur scène ? Ce serait un sacré bel hommage à celui que James DiSalvio croit être la raison pour laquelle son groupe est né.
Soyons clairs, il ne s’agit pas de bouder le plaisir ou de jeter le bébé avec l’eau du bain. Et bien sûr, le droit de gérer le répertoire appartient aux artistes. Cette performance de BV3 a généralement suffi à satisfaire les puristes du groupe ou ceux qui le voyaient sur scène pour la première fois.
Mais à cause du nom officiel du programme du FIJM (Bran Van 3000 : Celebrating the 25th Anniversary : The Deer and the Bunny), disons simplement que je m’attendais à beaucoup plus à un concert axé sur Glee qu’à un partage d’amour entre cette dernière et Discosis, combiné à un aperçu de carrière.
Aucun problème. Le vol en question n’était pas loin d’être exemplaire. Quant à Glee, eh bien, il fallait sans doute être chez Foufs ou Spectrum il y a 25 ans pour en profiter pleinement…
Add Comment