France

“Je recommencerais demain et après-demain”

Emmanuel Macron, président de la République, visite l’usine STMicroelectronics de Crolles, en Isère, mardi 12 juillet 2022. JEAN-CLAUDE COUTOS POUR LE MONDE

Emmanuel Macron a vivement réagi, mardi 12 juillet, aux critiques sur son échange privilégié dans le passé avec la multinationale Uber, révélées par The Guardian et transmises au Consortium international des journalistes d’investigation, ICIJ, et à quarante-deux médias partenaires, dont The Monde.

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“Je suis extrêmement fier (…), c’est très difficile de créer des emplois sans entreprises ni entrepreneurs”, a laissé entendre le chef de l’Etat. “Je le referais demain et après-demain”, a-t-il insisté après avoir visité le site de STMicroelectronics près de Grenoble.

Dans le cadre des “Uber Files”, une enquête basée sur des milliers de documents internes à Uber, Le Monde a conclu qu’il y avait un “deal” secret entre Uber et Emmanuel Macron lorsqu’il était à Bercy entre 2014 et 2016.

Mardi, l’opposition continuait d’accuser le chef de l’Etat de protéger les intérêts d’Uber au moment où l’entreprise développait sa présence en France, alors qu’il était lui-même ministre de l’Economie de François Hollande.

Les formations qui composent l’alliance de gauche Nupes vont demander une commission d’enquête parlementaire, a confirmé le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Olivier Fauré.

“Voilà un ministre qui (…) discrètement, dans la clandestinité, a construit un deal avec l’entreprise dont tout le monde sait qu’elle est celle du candidat social le plus bas, qui a été le cheval de Troie pour détruire “une partie de notre code du travail”, a-t-il critiqué auprès de LCI.

« Je comprends totalement en te regardant ! »

Le Rassemblement national (RN) veut lancer une mission d’enquête, a annoncé son président, Jordan Bardela, qui a déclaré que M. Macron était à Bercy “la porte d’entrée des intérêts privés en France”.

“Nous introduisons une atmosphère qui consisterait à dire que voir des chefs d’entreprise, surtout étrangers, serait mauvais. Mais je l’accepte totalement et en te regardant! M. Macron a répondu. « J’ai vu des chefs d’entreprise, horreur ! Je les ai vus, ça a toujours été officiel, avec des associés. J’en suis fier ! S’ils ont créé des emplois en France, j’en suis très fier. »

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“Comme dirait un de mes prédécesseurs, l’un m’affecte sans affecter l’autre”, a insisté le chef de l’Etat en référence à une phrase attribuée à Jacques Chirac.

“J’ai importé des entreprises, j’ai aidé des entrepreneurs français, j’ai surtout aidé des jeunes qui ne se sont pas fait proposer d’emploi, qui venaient de quartiers difficiles, qui n’avaient pas d’opportunités d’emploi, à les trouver pour la première fois de leur vie et pour des milliers d’entre eux”, il a appelé le président Macron mardi.

« Ensuite, a-t-il poursuivi devant certains journalistes, on a régulé ces métiers en les fermant, en les verrouillant au niveau français et européen. (…) Quand je suis devenu président, nous avons réglementé le secteur sans aucune complaisance. Nous sommes le premier pays à réguler les plateformes puis nous l’avons porté au niveau européen ».

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“Ce n’est pas ce que veut Chirac”, ironise Boris Valo

Le système VTC, qui a fait la fortune d’Uber et d’autres acteurs apparus en 2010, a déclenché à l’époque la révolte des taxis. “Nous avons aidé au maximum les taxis pendant la crise”, a assuré mardi M. Macron. « J’ai toujours respecté ce métier, mais nous avions un système qui était fermé administrativement. Nous n’avons pas accordé suffisamment de licences. »

“”Hyperfier” pour piétiner le droit du travail, encourager la déréglementation et soutenir un ardent défenseur de l’évasion fiscale : le président persiste et signe”, a tweeté le communiste Fabien Roussel après les propos du président.

“Ce n’est pas ce que veut Chirac… les bons mots ne suffisent pas toujours à masquer une mauvaise éducation”, a réagi Boris Valo, chef de file des députés PS.

Les Uber Files, une enquête internationale

The Uber Files est une enquête basée sur des milliers de documents internes d’Uber transmis par une source anonyme au quotidien britannique The Guardian et transmis au Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et à 42 médias partenaires, dont Le Monde.

Courriels, présentations, comptes rendus de réunions… Ces 124 000 documents, datant de 2013 à 2017, offrent une rare plongée dans les arcanes d’une start-up qui tentait alors de s’implanter dans les villes du monde malgré le contexte réglementaire. Ils détaillent comment Uber a usé, en France comme ailleurs, de toutes les ficelles du lobbying pour tenter de faire changer la loi en sa faveur.

Les “dossiers Uber” révèlent également comment le groupe californien, déterminé à l’emporter par le fait accompli et, le cas échéant, en opérant dans l’illégalité, a mis en place des pratiques jouant délibérément avec les limites de la loi ou pouvant s’apparenter à des entraves aux enquêtes judiciaires. auquel il était soumis.

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Le monde avec l’AFP