France

dans le grand brasier girondin, la faune sauvage exterminée

Jérôme Fouert-Pouret travaille dans le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne.

Archives photos Jean-Jacques Fénié / SudOuest

Face aux flammes, les animaux qui en ont la capacité physique ont-ils tendance à fuir instinctivement, ou plutôt à se retrouver dans un état de stupeur ?

Certains arrivent à s’enfuir assez rapidement…

Jérôme Fouert-Pouret travaille dans le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne.

Archives photos Jean-Jacques Fénié / SudOuest

Face aux flammes, les animaux qui en ont la capacité physique ont-ils tendance à fuir instinctivement, ou plutôt à se retrouver dans un état de stupeur ?

Certains sont en effet capables de s’enfuir assez rapidement, comme les lapins ou les cerfs, à moins qu’ils ne se sentent coincés ou encerclés. Les pompiers ont déjà retrouvé plusieurs cadavres ou animaux en mauvais état. Tout dépend aussi de la cadence de tir et de la configuration des lieux, des lieux qui ressemblent parfois à des abris, mais se révèlent être des pièges. Dans tous les cas, il sera très difficile de créer un semblant d’équilibre.

On imagine que les oiseaux auront plus de facilité à s’échapper au vol…

S’ils sont assez vieux pour le faire. Nous sommes en plein mois de juillet, il a dû y avoir beaucoup de destruction parmi les nouveau-nés des espèces caractéristiques des marais, mais aussi parmi les rapaces, qui sont encore souvent au nid. Je suis encore plus préoccupé par le crotale à doigts courts, car il ne produit qu’un seul petit par an. La Paruline de Montague est une autre espèce rare qui niche au sol ou dans les tourbières. On peut espérer que les adultes reproducteurs ont réussi à s’échapper, mais il y a toutes les espèces habituelles, le merle ou la grive, des oiseaux qui grimpent davantage parmi les cimes, et d’autres, comme la mésange ou le troglodyte, qui du coup ont du mal pour sprinter un mile ou deux.

Quels animaux, en revanche, n’avaient que peu ou pas de chance d’échapper aux flammes ?

Ceux qui n’ont ni la vitesse ni l’attitude pour échapper à ce genre de danger. Les reptiles et les amphibiens – déjà une population relativement faible avant la catastrophe – ont dû terriblement souffrir. Dans la pinède vit également la sous-espèce locale de la vipère appelée le cynicer, des serpents, des lézards verts ou vivipares qui se cachent sous les feuilles et qui y étaient sans doute cuits. Il faudra aussi vérifier l’état du milieu hydrique avec l’impact d’éventuels dépôts de cendres. Je pense aux rainettes, la rainette ibérique, inscrite sur la liste rouge des espèces vulnérables. Enfin, n’oublions pas les invertébrés, ceux qui ne savent pas voler ou ne volent pas assez loin, les papillons et autres coléoptères dont les œufs sont également brûlés.

Contrairement à ce que laisse croire la monoculture du pin maritime, cette forêt des Landes de Gascogne abrite donc une faune assez diversifiée…

Oui, la richesse de cette forêt méconnue est bien réelle. Regarder un morceau de pin ne donne certes pas l’impression d’une richesse incroyable, mais de nombreux oiseaux habitent les conifères. Et quoi qu’on en dise, cette forêt n’est pas que des pins. Il y a des broussailles et des lisières de feuillus, des îlots autour des villages, des marécages omniprésents, des lagunes et des zones humides… Un ensemble qui a pris feu, même s’il faut rappeler que ce n’est pas tout le massif qui a brûlé.

“Face à l’incendie soudain, même certains oiseaux ont du mal à s’échapper assez vite et assez loin. Sans parler de ceux qui nichent au sol, comme certains oiseaux de proie.” Plusieurs grands mammifères comme ce chevreuil ont déjà été retrouvés morts.

Frank Perogon/ “SUD OUEST”

Les pondeuses et les poussins ont été détruits, les animaux n’ont pas réussi à s’échapper des flammes.

Laurent Theillet / « Sud Ouest »

A la frontière des Landes et de la Gironde, un immense mur défensif de 300 mètres de large et de 5 kilomètres de long ouvre les vestiges calcinés de la forêt. La faune et la flore devront se réapproprier ce nouvel espace.

Guillaume Bono / “Sud-Ouest”

La chaîne alimentaire risque-t-elle d’être perturbée ?

Il faudra du temps avant que vous puissiez obtenir une image précise des dégâts au sol. Peut-être que le feu, lorsqu’il sera passé rapidement, aura laissé quelques abris, des zones non ou peu brûlées, où l’on peut espérer une certaine résistance. A condition que le système racinaire ne soit pas trop profondément endommagé. Un peu de vert ici et là et ce sera le retour, d’abord microscopique, à la vie. Des bactéries et autres champignons qui ne sont pas visibles à l’œil nu, mais qui sont à la base de tout.

L’inquiétude, en revanche, vient du fait que nous étions au milieu d’un été très sec, avec une flore et une faune déjà stressées et susceptibles de le rester dans les environs épargnés par le feu. La régénération pourrait donc être moins rapide et moins complète qu’avant les effets du réchauffement climatique. Le cas du massif de La Teste sera aussi un peu plus compliqué qu’autour de Landiras. C’est un écosystème plusieurs fois centenaire, avec des forêts anciennes où vivent certaines espèces animales spécialisées.

Le retour à un semblant de biodiversité sera-t-il donc particulièrement long ?

Puisque la nature a horreur du vide, elle finira par recoloniser cette terre brûlée, sans compter le développement humain qui accompagnera le mouvement. Tout comptera pour un redémarrage, qu’il s’agisse des quartiers résidentiels, des petits bosquets oubliés depuis des générations ou de l’entretien des fossés qui restent une véritable source de vie. Sauf qu’il ne faut pas être pressé.

En écologie on dit que l’environnement doit redevenir fonctionnel. D’abord avec des espèces pionnières comme les graminées, les fougères et quelques arbustes. Mais jusqu’à ce que tous les microhabitats réapparaissent, la faune ne reviendra pas complètement. Si on prend le cas d’une pinède de 40 ou 50 ans, il faudra probablement autant de temps pour retrouver le même décor. Idem dans la tourbière humide, comme la tourbière du Gât Mort, un lieu assez unique. Dans le secteur, l’expérience de plusieurs incendies passés nous montre que cela peut parfois aérer le milieu, l’ouvrant à plusieurs espèces opportunistes florales ou animales, dont malheureusement envahissantes.

Sait-on si on verra certains animaux réapparaître plus vite que d’autres ?