France

le gouvernement plafonnera le coût de chaque mission

Le ministre de la Transformation et des Services publics, Stanislas Guerini, annonce que les missions de conseil confiées par l’Etat aux entreprises privées seront en principe limitées à 2 millions d’euros à partir de 2023.

Quatre mois après la querelle sur le recours par l’État aux cabinets de conseil, le gouvernement va riposter en publiant vendredi les premières règles qui régiront les services confiés au secteur privé par les ministères à partir de 2023. L’idée est de “donner un cadre largement défini dans ses principes et dans ses quantités”, à l’opposé de “l’ambiguïté” qui régnait jusqu’alors sur le recours de l’Etat aux prestataires privés, a expliqué à l’AFP le ministre de la Transformation et de la Fonction publique Stanislas Guerini.

Mesure phare de ce nouveau cadre de recours aux cabinets de conseil, qui couvrira la période 2023-2027, le gouvernement s’engage à limiter chaque mission à 2 millions d’euros. Les prestations dépassant ce plafond devront faire l’objet d’un appel d’offres séparé, une procédure que le ministère espère suffisamment contraignante pour convaincre d’autres ministères d’abandonner des missions trop onéreuses.

La mesure est une réponse directe aux critiques des sénateurs Éliane Assassi (groupe à majorité communiste CRCE) et Arnaud Bazin (Les Républicains), qui ont qualifié l’utilisation des cabinets par l’État de phénomène “d’étirement”, déclenchant une polémique qui a empoisonné le poste. La campagne présidentielle d’Emmanuel Macron. Dans un rapport cinglant publié mi-mars, les deux parlementaires estimaient la facture des services de conseil à 893,9 millions d’euros pour les ministères en 2021. Mais le coût moyen de la plupart des services répertoriés dans le rapport se situe plutôt dans les dizaines ou centaines de milliers d’euros.

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Première réponse

Autre mesure phare du nouveau cadre gouvernemental, le ministre veut limiter le recours à un même fournisseur privé à un maximum de deux contrats consécutifs. En cas de sélection d’un prestataire pour effectuer deux missions consécutives, leur coût cumulé ne devra pas dépasser le nouveau plafond de 2 millions d’euros. Sur la période 2023-2027, l’Etat entend limiter ses dépenses de conseil “en stratégie, organisation et efficacité opérationnelle” à 150 M€ entre 2023 et 2027, “avec un plafond maximum de 200 M€ si nécessaire” (contre 226 millions de dépenses défiscalisées entre 2018 et 2022).

Réduction des coûts conforme à la “philosophie” d’une circulaire de Matignon publiée en janvier, souligne Stanislas Guerini. Dans ce document, l’ancien Premier ministre Jean Castex prônait une baisse en 2022 d’au moins 15 % des dépenses liées aux « prestations intellectuelles engagées dans la stratégie et l’organisation ». Si le ministre de la Fonction publique pointe de nombreuses “convergences” avec les auteurs du rapport du Sénat, ses propositions ne couvrent toutefois pas les frais de conseil informatique de l’Etat, qui représentent une part non négligeable de la facture payée pour les prestations de conseil.

Comment réguler l’usage de ces services informatiques “est une question qu’il va falloir se poser”, admet-il, avec le cadre présenté vendredi comme une “première réponse”.

Pas de différences philosophiques

Outre l’encadrement des montants, les nouvelles règles prévoient également la publication du titre, de la facture, du prestataire et du commanditaire de chaque mission, au nom de la “transparence”, à laquelle les ministères ne peuvent déroger que de manière “justifiée”, comme que des sujets confidentiels tels que la défense. Le gouvernement veut enfin renforcer les obligations déontologiques des consultants, les contraindre à supprimer les données qu’ils ont pu accumuler au cours de leur mission et créer une “évaluation systématique” des prestations par leurs commanditaires.

Si les évaluations ne sont pas définitives, elles peuvent conduire à des sanctions financières voire à l’exclusion de prestataires de certains marchés publics, précise le ministère. Le plan de bataille de Stanislas Guerini ne contredit en rien, dit-il, le projet de loi déposé le mois dernier par Élian Assassi et Arnaud Bazen, largement inspiré de leur rapport. Ils suggèrent notamment de renforcer les exigences de publication des missions de conseil et de déclarer plus clairement les éventuels conflits d’intérêts.

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“Il y a une action à court terme que nous menons ici” avec ces nouvelles règles, “et puis un travail législatif à long terme”, a déclaré Stanislas Guerini, qui n’avait aucun “désaccord philosophique” avec le texte des sénateurs. Le ministre s’est engagé à inscrire leur projet de loi au programme législatif de l’Assemblée nationale dans les “prochains mois”.

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