Partout la végétation jaunit. Le sol craque sous les pieds. Même les oliviers, pourtant reconnus pour leur résistance face au manque d’eau, recourbent leurs feuilles. La source du Baou-Roux et les puits souterrains qui alimentent normalement la ville de Seillans (Var) sont à sec. Une partie du village a d’abord dû limiter sa consommation à 150 litres par personne et par jour début mai. Dès fin juillet, les quelques quartiers épargnés doivent aussi économiser au robinet : 200 litres maximum par personne et par jour pour les plus chanceux.
Dans les maisons, des bassines en plastique sont désormais placées dans les éviers pour recueillir l’eau pour la cuisine et la lessive. Elise Dartmore, une artiste et enfant de la région, a également commencé à collecter de l’eau pour les pâtes. “Les gens doivent comprendre qu’un jour ils ouvriront le robinet et qu’il n’y aura plus d’eau. Les mesures de plus en plus coercitives visent à éviter ou du moins à retarder le pire : un arrêt complet. A Bargemon et Ollières, deux autres communes du département, l’eau est même devenue impropre à la consommation car la nappe phréatique était trop sèche et les pompes, raclant le fond, évacuaient également les sédiments.
Dans la cuisine de Franck et Ghyslaine, des bassines sont placées dans l’évier pour recueillir l’eau pour irriguer les plantes. Ces deux citoyens ont fait équiper leur installation d’eau de ville d’un réducteur de débit à 5 litres d’eau par minute depuis le mois de juin. Ils avaient dépassé le quota journalier de 150 litres par jour et par personne. Rendez-vous à Seillans dans le Var le 31 juillet 2022. LAURENT CARRE POUR LE MONDE Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Sécheresse et chaleur : mois historique de juillet 2022
Sur la colline, Daniel, 77 ans, a vidé les 8 000 litres de son camion-citerne dans la réserve d’eau de Ceilance en plein tour. Acheté pour l’occasion par la communauté de communes, le véhicule zigzague six fois par jour sur les hauteurs du village pour alimenter l’édifice rectangulaire à partir d’une bouche d’incendie de la commune voisine, qui dépend d’une autre rivière, la Siagnole. Avant lui, un jeune homme avait fait les six rotations quotidiennes du pétrolier, mais il trouvait le travail “trop dur”. Cet ex-chauffeur tatoué se réveille à 4 heures du matin pour faire le plein de son camion à la bouche d’incendie de Faïence, ci-dessous.
Le camion-citerne de 8 000 litres acheté par la commune de Seylan (Var) évolue entre une bouche d’incendie et une citerne, le 31 juillet 2022. LAURENT CARRE POUR LE MONDE
“Pas loin de casser”
A l’entrée du château d’eau, en signe de dernier espoir, trône un oratoire. Mais à la mairie, le constat est clair : vu le rythme record auquel le débit de Siagnole s’amenuise chaque semaine, elle risque de ne pas supporter l’arrivée des touristes en août. En été, le village pittoresque, qui attire des visiteurs du monde entier, double sa population.
Pour les quartiers où les restrictions sont les plus strictes, 150 litres par personne suffisent pour faire fonctionner une machine, cuisiner et se doucher. Dans le titre des lettres envoyées aux consommateurs, la ville a choisi cette citation, en gras : “Lorsque vous transportez votre propre seau d’eau, vous connaissez la valeur de chaque goutte.” Afin de maintenir la continuité du service public “face à la gravité de la situation actuelle”, précise la lettre, “seul un partage équilibré de l’eau permettra de décaler voire d’éviter les coupures”. L’importance de l’effort et du partage, tels sont les mots martelés par René Hugo, maire (sans étiquette) de Seillans.
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