France

L’impolitesse paie au Québec

Je voudrais d’abord remercier le lecteur qui, en réponse à ma chronique du lundi matin, me trouve assez audacieux pour décrier la crudité triomphante de l’humour québécois.

Quelques comédiens qui aiment ce genre d’humour en dessous de la ceinture et adorent les organes génitaux et le “pipi” ont rapidement prospéré et s’en vantent. Heureusement, d’autres comédiens devenus aussi millionnaires depuis plusieurs décennies refusent de descendre dans les bidonvilles pour encaisser d’énormes gains.

Alors je me fous de ceux qui me traitent de démodé et qui considèrent mon âge comme un handicap qui m’empêche d’apprécier leur “génie”.

J’avais 10 ans et l’impolitesse m’a frappé. Elle m’a fait peur parce que je n’habitais pas dans les beaux quartiers. Grâce à ma mère, cependant, je suis entré dans le monde de la politesse. J’ai trouvé la fierté de bien s’exprimer. Je vivais dans l’espoir que l’éducation me sauverait de ma propre famille, car l’alcool transformait les adultes autour de moi en personnages grossiers.

Une honte

J’ai souffert la honte de l’ignorance, tandis que moi-même j’étais déchiré, car j’aimais mes tantes, que j’ai immortalisées dans mes livres, et qui étaient furieuses qu’elles soient, comme elles le disaient elles-mêmes, inférieures.

Lundi, un autre lecteur a posté le commentaire suivant : « Nous sommes désolés que notre langue ne soit plus légale pour vous. Mais disons simplement que bien parler ne sert à rien quand on a le ventre vide ou qu’on vit dans une région au climat incertain.

Ainsi, selon ce monsieur, la pauvreté et la géographie expliqueraient la grossièreté de la langue. Le Québec a su sortir de la pauvreté et de l’ignorance sous l’influence des communautés religieuses enseignantes. Puis la Révolution tranquille a fait tomber les barrières en démocratisant l’éducation.

Mais la grossièreté que nous avons vue depuis plusieurs décennies semble ne connaître aucune limite. Autrement dit, il impose sa loi et touche un public pour qui la qualité de la langue est passée et doit être écartée.

Limites

La société québécoise s’adapte mal à tout ce qui ressemble à des restrictions linguistiques et comportementales. Paradoxalement, les réveils mènent le combat pour exclure les propos qui pourraient blesser une personne ou condamner des gestes autrefois considérés comme anodins mais désormais perçus comme de l’agressivité.

Pour certains comédiens, la grossièreté devient le seul critère d’évaluation de la qualité de leur humour. Ainsi, les téléspectateurs se laisseront affranchir de tous les interdits que la société leur a transférés. Alors cette manière d’entrer en relation avec l’Autre deviendrait libératrice. Quelle absurdité!

Quant au formalisme, il est condamné lorsque, imprégnés d’une nouvelle pédagogie, les élèves sont contraints d’utiliser des termes familiers avec leurs professeurs et les autres adultes de l’école. C’est un non-sens établi avec démagogie, comme si la relation maître-élève était fondée sur des hommes-dieu.

Toutes les mutations de l’éducation qui ont réussi à bouleverser les relations d’autorité ramènent l’enfant à lui-même. Seul, privé et manipulé par des adultes, eux-mêmes infantilisés par la peur de vieillir.