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Aéroport Mirabel | zone de turbulences

Fermeture d’une des deux pistes, hausse sans précédent des frais facturés aux écoles de pilotage, baisse de 80 % des atterrissages et décollages : Aéroports de Montréal (ADM) est accusé de porter atteinte à l’aviation à Mirabel.

Posté à 5h00

Nicola Bérubé Presse

“Les contrôleurs aériens ont sorti leur jeu de Scrabble. Des heures peuvent passer sans voir un avion. »

Marc-André Théorêt dit avoir été aux premières loges pour assister à un triste spectacle : celui d’un naufrage d’aéroport mondialement connu.

À l’heure où le secteur aérien international connaît un essor sans précédent, à Mirabel on fait face au ralentissement, déplore M. Théorêt, président des hangars Mirajet, notaire semi-retraité et membre d’un groupe qui voudrait relancer les activités aéroportuaires à Mirabel.

PHOTO DE MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Marc-André Théoret, président des hangars Mirajet

“Les atterrissages et les décollages sont suspendus, l’une des deux pistes vient d’être fermée et il n’y a pas de vision pour booster les activités aéroportuaires dans un endroit étonnant qui fait l’envie du monde et où le bruit ne dérange personne”, déplore le pilote lui-même.

Jean-Denis Garon, député bloquiste de Mirabel, a accusé ADM et le gouvernement fédéral de « tourner la page » du développement aéronautique à l’aéroport de Mirabel.

Dans mes conversations avec les dirigeants d’ADM, je me rends compte qu’ils voient Mirabel comme un problème qu’ils préféreraient ne pas avoir.

Jean-Denis Garon, député du Bloc Québécois de Mirabel

Symbole de cette déconnexion, selon M. Garon : la piste 11-29, l’une des deux pistes de Mirabel, a été fermée plus tôt cette année. Les circuits électriques permettant aux contrôleurs d’allumer les feux de piste sont désactivés, de même que les approches aux instruments. De grands “X” blancs sont peints sur la piste de 2,6 km pour indiquer qu’elle est hors service.

PHOTO AVEC L’AUTORISATION DE MARC-ANDRÉ THÉORÊT

De grands “X” blancs sont peints sur la piste 11-29 de l’aéroport de Mirabel pour indiquer qu’elle est hors service.

Le député a reproché au ministre fédéral des Transports, Omar Algabra, dont le département est propriétaire du terrain de l’aéroport, d’abdiquer et de refuser de rappeler ADM à l’ordre. « Le ministre m’a dit qu’il considérait ADM comme indépendant. Franchement, je ne pense pas qu’ADM comprenne son mandat et que le gouvernement fédéral comprenne sa responsabilité parce qu’il s’en tire impunément. »

INFOGRAPHIE LA PRESSE

ADM surpris par les retours

Eric Forrest, conseiller en communication d’entreprise d’ADM, se dit “extrêmement surpris” par les critiques adressées à ADM.

Il souligne que l’Aéroport international Montréal-Mirabell (YMX) « est une plaque tournante florissante qui compte parmi ses partenaires des chefs de file de l’industrie aéronautique et des entreprises de classe mondiale. Plus de 40 entreprises de l’industrie spatiale, mais aussi d’autres domaines d’activités, se sont implantées à Mirabel et sont responsables de la création de plus de 7 600 emplois de qualité, nettement plus que lorsque le site était destiné à un aéroport de passagers » , précise-t-il.

En ce qui concerne l’activité de fret, il y a eu une forte croissance du volume de fret en transit via YMX par rapport à 2020, dépassant même légèrement le niveau enregistré en 2019, a-t-il noté.

ADM nie avoir fermé l’une des pistes de l’aéroport.

“L’une des deux pistes est actuellement inutilisée, notamment en raison du nombre de mouvements, ce qui ne justifie pas d’avoir deux pistes fonctionnelles à YMX”, a écrit M. Forrest.

zone industrielle

Benoît Vachon, vice-président régional de l’Association canadienne du contrôle du trafic aérien (ACCTA), a noté que la fermeture de l’une des deux pistes semble indiquer qu’aucune augmentation de l’activité aérienne n’est prévue. “On a l’impression qu’ADM développe plus un parc industriel qu’un aéroport”, déplore-t-il, ajoutant toutefois qu’il ne craint pas la fin des vols cargo à Mirabel.

PHOTO DE MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Joe Hawam, pilote et partenaire de Mirajet

Joe Kawam, pilote et partenaire chez Mirajet, estime que le rôle d’ADM est de donner la priorité à l’aviation. « Toutes les expropriations à l’époque pour créer Mirabel n’étaient pas pour un parc industriel : elles étaient pour un aéroport, et c’est un aéroport qu’il faut relancer. Au lieu de cela, nous avons ICAR, qui loue des voitures de course pour rouler sur le tarmac de Mirabel. J’aime beaucoup les voitures, mais est-ce vraiment ce qu’ADM veut faire avec le potentiel de Mirabel? »

L’attrait d’un parc industriel peut être fort, mais il existe d’autres solutions, note Charles Vaillancourt, ancien président du conseil d’administration de Développement Aéroport Saint-Hubert de Longueuil.

PHOTO DE MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Installations à l’aéroport de Mirabel

“Un aéroport est permanent comme une installation. C’est tentant de faire un parc industriel, mais il faut penser aux besoins de l’aviation dans 20, 30, 50 ans », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il avait résisté à la création d’un parc industriel sur le terrain de l’aéroport de Saint-Hubert pour cette raison.

Des frais exorbitants

Si les décollages et atterrissages quotidiens sont en baisse à Mirabel, c’est parce qu’ADM a imposé une augmentation drastique des tarifs, notamment pour les avions à moteur à pistons, qui constituent la majorité de la flotte canadienne.

Christine Gervais, présidente de la Canadian Pilots and Owners Association (COPA), qui représente 15 000 pilotes et propriétaires d’aéronefs – la plus grande association du genre au Canada – a noté que les frais ont augmenté de 400 % à Mirabel.

« C’est la raison de la baisse de 80 % des mouvements d’avions à Mirabel », dit-elle. C’est écrasant de tuer les écoles de pilotage à un moment où tout le monde cherche des pilotes. »

Laurent Delbar, directeur des opérations chez Chrono aviation et pilote qui travaille dans l’aviation québécoise depuis 36 ans, affirme que l’accueil que lui et ses collègues reçoivent à l’aéroport est « de jour comme de nuit ». forme les futurs pilotes de ligne.

À l’aéroport de Québec, nous sommes perçus comme faisant partie de la solution. Mais ADM s’en moque, même si c’est dans son mandat de s’en soucier.

Laurent Delbar, responsable des opérations chez Chrono aviation

Le cabinet du ministre fédéral des Transports écrit au sujet des redevances exigées : « Les aéroports de Montréal sont seuls responsables de la fixation des redevances et puisqu’il y a un désaccord persistant entre deux entités privées, c’est à elles de régler le litige entre eux-mêmes. »

PHOTO KARENE-ISABELLE JEAN-BAPTISTE, ARCHIVES SPÉCIALES COLLABORATION

Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM

Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile à l’Ecole…