Il est plus habitué à dicter sa loi dans les conseils municipaux qu’à se retrouver sous le feu des questions. Depuis ce mardi matin, Philippe Marini, le maire (LR) de Compiègne, ancien président de la commission des finances du Sénat, doit pourtant répondre aux nombreuses interrogations des gendarmes. Selon nos informations, confirmées par le Parquet national financier, l’édile a été placé en garde à vue ce matin dans le cadre d’une enquête ouverte depuis plusieurs mois pour des suspicions de « favoritisme », « corruption » et « entente illicite ». L’élu local n’est pas le seul à être questionné par les gendarmes de la section de recherches de Paris. Selon nos informations, cinq autres personnes dont des hauts dignitaires de l’entreprise Paprec sont, eux aussi, entendus sous le régime de la garde à vue.
Il y a un an, dans le cadre de la même enquête, les gendarmes parisiens avaient perquisitionné les locaux de la mairie de Compiègne, le domicile du maire ainsi qu’un centre de tri de déchets situé à Villers-Saint-Paul. Selon des sources concordantes, c’est ce centre de tri ultramoderne qui intéresse la justice. En mars 2017, après un appel d’offres, le Syndicat mixte du département de l’Oise attribue à Paprec la construction de ce centre de tri inauguré début 2019 après des travaux estimés à 36 millions d’euros.
Un marché gagné « à la loyale »
À l’époque, l’offre de Paprec était décrite par le SMDO comme la plus intéressante. Paprec se serait ainsi engagé à un prix plancher de reprise de matériaux issus du process de tri, ce qui évite les variations des coûts des matières premières. Le marché avait ainsi été gagné « à la loyale », expliquait le maire de Compiègne après les perquisitions de mai dernier. « Je ne crois pas que le moindre élément litigieux ait pu être collecté par les enquêteurs. Les perquisitions ne sont pas plaisantes, mais sont d’usage quand il y a une enquête, relativisait l’élu. À mon domicile, ce n’est que la troisième fois que cela m’arrive… », avait-il aussi expliqué avec une certaine ironie.
Malgré cette confiance affichée par Philippe Marini, les interrogations subsistent sur la nature équitable de ce marché public. La justice veut ainsi savoir si l’édile et ses proches n’auraient pas pu bénéficier de contreparties pour confier le marché public à Paprec. Le PNF a notamment noté que Paprec est un partenaire majeur de Compiègne Équestre, association présidée depuis plus de 30 ans par… Monique Marini, la femme du maire. Véritable institution à Compiègne, cette association organise tous les ans un concours d’hippique de premier plan. Une organisation qui coûte très cher, et qui subsiste notamment grâce aux partenaires privés… dont Paprec, qui figure systématiquement en bonne place sur les panneaux publicitaires des concours organisés à Compiègne.
Dans cette affaire, Philippe Marini n’est pas le seul à avoir été placé en garde à vue. Le président directeur général de Paprec l’est aussi. Contacté, l’avocat de Paprec, Me Jean-Pierre Versini-Campinchi fait savoir que son client, Jean-Luc Petithuguenin, ne parlera pas aux enquêteurs. « C’est son droit constitutionnel. Il a demandé a être mis en examen pour avoir accès aux pièces du dossiers. Il ne connaît les motifs de cette garde à vue et c’est la seule solution pour lui de savoir de quoi on l’accuse. » Par ailleurs, ce dernier ne cache pas son souhait de demander une annulation de la garde à vue « car toutes les conditions ne sont pas remplies. Depuis les perquisitions de l’an dernier, les différents acteurs du dossier ont pu être en contact, par exemple. »
En mai 2021, Jean-Luc Petithuguenin, président du groupe Paprec avait affirmé dans une déclaration que « jamais et nulle part il n’a pratiqué de corruption d’élu ». Il avait apporté son plein soutien à Philippe Marini « contre ces supposées accusations, totalement infondées ». Contacté ce mardi matin, l’avocat de Philippe Marini n’était pas joignable.
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