Le premier ministre François Lego a dû retirer des propos tenus dans la salle bleue mercredi après avoir dit à haute voix qu’il était surpris de constater que son homologue libéral, Pierre Arcan, était bel et bien vivant.
« Il n’est pas mort, n’est-ce pas ? – a déclaré M. Lego au micro au milieu de la période des questions. Pierre Arcan, 70 ans, interrogeait le gouvernement sur ses dépenses publicitaires.
Les remarques du premier ministre ont renversé le chef libéral André Forten. “De tels commentaires n’ont pas de sens dans cette réunion à propos de collègues. Veuillez retirer cela immédiatement », a-t-il déclaré. M. Lego a alors accepté de retirer ses propos.
“Pierre Arcan est un ami. C’était une mauvaise blague. Je me suis excusé », a ensuite écrit le chef du gouvernement sur Twitter.
Pierre Arcan est un ami. C’était une mauvaise blague. Je me suis excusé.
— François Lego (@francoislegault) 27 avril 2022
M. Lego a alors tenté d’expliquer sa “blague” aux journalistes. “M. Arkand et moi nous connaissons. Je te verrai chez lui, chez moi. Je l’apprécie beaucoup et je trouve que Dominic Anglade ne l’utilise pas assez, ne lui pose pas assez de questions à poser. Ce matin est assez spécial; quand j’ai vu que ça arrivait enfin, je me suis dit : “Enfin il n’est pas mort, on l’utilise enfin.” C’était donc positif pour Pierre. »
M. Arcan, quant à lui, a nié être un ami de François Lego. “Je le connais depuis longtemps. Est-ce un ami que nous voyons régulièrement ? Non », a-t-il déclaré aux journalistes. Il a décrit le Premier ministre comme une « connaissance politique » avec qui il a eu des entretiens cordiaux jusqu’à présent.
« Disons simplement que l’amitié est beaucoup moins importante qu’avant. Disons qu’on se respecte. Nous avons travaillé ensemble, notamment pendant les deux ou trois premiers mois du COVID, où nous avions un échange quasi quotidien sur ces questions », a-t-il dit, faisant référence à la période où il était patron. Temps temporaire du Parti libéral.
Pas digne du premier ministre
M. Arkand s’est dit “très ébranlé” par les propos de son collègue. “Aujourd’hui, il n’était pas digne d’être Premier ministre”, a-t-il déclaré à François Lego.
“C’est une mauvaise blague, si c’en est une”, a-t-il dit. Il a évoqué “ tir pas cher et a mentionné que “dans certaines sociétés, les personnes âgées sont respectées”. M. Arkand a souligné au passage qu’il était “en pleine forme”.
De son côté, la chef libérale Dominique Anglad s’est dite “préoccupée” par les propos du premier ministre. “C’est une question de respect. Nous investissons des heures et des heures de travail. On peut ne pas être d’accord sur les idées, mais respect ? “L’arrogance du Premier ministre semble sans limite”, a-t-elle déclaré.
Puis un conseiller spécial du premier ministre, Stefan Gobeil, s’est moqué des propos de Mme Anglade sur Twitter. “DANS [premier ministre] fait une une blague appartement. Il s’est immédiatement excusé auprès de Pierre Arcan, qu’il a qualifié d’ami. Il ne suffit pas de monter son grand cheval. Ça sonne faux. »
Pas le premier
Ce n’est pas la première fois que les déclarations de François Lego dans la salle bleue – au micro ou non – suscitent la polémique.
Mi-mars, il a libéré “Mère Teresa” suite à une question de la députée solidaire Christine Labri sur le manque de structures d’accueil pour les enfants. L’opposition a alors dénoncé le mépris du Premier ministre, notamment envers les femmes.
En septembre, les échanges visant à honorer la mémoire de Joyce Echakuan tournent au clash dans la Blue Room. M. Lego a notamment reproché au député solidaire Gabriel Nado-Dubois de “diviser obstinément le peuple québécois” et d’être “radical” lorsqu’il a rejeté le choix du gouvernement de nier l’existence d’un racisme systémique.
Au cours de la même période, le premier ministre a déclaré qu’un jour férié à la mémoire des victimes des pensionnats autochtones nuirait à la productivité du Québec. M. Lego a alors admis qu’il manquait de compassion.
En juin 2020, le premier ministre est également tombé amoureux du député péquiste Pascal Bérubé, l’accusant de « tuer le tourisme » dans l’Est du Québec. M. Bérubé avait alors quitté la salle bleue, dénonçant le caractère “usé” de ce propos.
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