France

Aux législatives, Macron et Philip aiment les chiens d’argile

Ludovic Marin / Associated Press Emmanuel Macron et Edouard Philippe, photographiés au Havre le 14 avril

POLITIQUE – “Il n’y a pas de circonscriptions pour Horizons, ce sont des idiots.” Non, Emmanuel Macron n’a pas insulté Edouard Philippe et ses troupes au milieu des tensions provoquées par les élections législatives, a-t-il assuré vendredi 29 avril à l’entourage du chef de l’Etat du HuffPost, en démentant catégoriquement et directement cette anecdote racontée par Europe non, ce feuilleton opéra témoigne de l’ambiance désastreuse qui règne entre les macronistes et les philippiens à l’approche des élections de juin.

Les allégations du maire du Havre et de son parti “Horizons”, qui seraient aux yeux du locataire de l’Elysée, sont trop élevées et révèlent surtout les ambitions personnelles de l’ancien premier ministre, soupçonné en interne de vouloir créer un espace politique spécialement créé en vue de l’élection présidentielle de 2027

En conséquence, les noms des oiseaux échangés avec des “offs” sont insérés. Illustration encore ce lundi au Parisien, où un proche du président de la République a parlé de “taqiya philippiste” à propos de la pratique de la clandestinité recommandée par les jihadistes avant de commettre un attentat. Ambiance. Mais comment sont-ils arrivés là ? Regarder dans le rétroviseur est obligatoire.

Après avoir fondé son propre parti, Horizons en octobre, Edouard Philippe a donné l’impression de jouer sa propre musique, malgré les allégations et les fidélités répétées à Emmanuel Macron, pour qui il a milité (à sa manière) lors de la présidentielle. Or, un parti indépendant a besoin de financements et d’élus pour s’implanter durablement.

“Nous devons trouver quelque chose qui nous lie, sans que ce soit une guerre. Ministre chez HuffPost

Si Horizons peut compter sur de nombreux maires, dont certains influents, comme Christian Estrozi (Nice) ou Christophe Bechu (Angers), l’échéance des législatives est cruciale, car Emmanuel Macron compte théoriquement sur une majorité élargie à sa droite. .. qu’il reste pour ce second quinquennat.

Pour assurer la stabilité de son parti, l’ancien Premier ministre parie sur la nomination d’au moins 50 candidats, seuil à partir duquel un parti politique peut percevoir des financements publics. Avec la possibilité d’élire une trentaine de députés, ce qui permettrait au moins à Horizons d’avoir son propre groupe.

Évitez les tongs

Mais c’est à ce moment-là que les ambitions du maire du Havre sont entrées en conflit avec celles d’Emmanuel Macron, qui, marqué par l’épisode de la fronde avec François Hollande, ne voulait pas que ses actions soient parasitées par une sensibilité trop tapageuse.

“Nous devons trouver quelque chose qui nous lie, sans que ce soit une guerre. Il faut consolider le centre et laisser s’exprimer la sensibilité, à gauche comme à droite, sans confusion : un orchestre symphonique, pas une cacophonie », disait récemment un ministre familier des négociations.

Reste à limiter l’espace dont pourraient profiter Edouard Philippe et ses troupes au sein de cette majorité. Une équation encore compliquée par la cohorte de députés LR prêts à rejoindre Emmanuel Macron sans forcément passer par le sas que pourrait dresser Horizons. Surtout après que Macroni ait tracé une ligne rouge : ne pas toucher aux députés sortants.

Entre le député de la République de Lettonie et nous, quelle est la place du candidat Horizons ? Conseiller exécutif chez HuffPost

Mais le parti de l’ancien premier ministre n’entend clairement pas se contenter de la conquête des circonscriptions. Illustration avec la 5e circonscription du Morbihan, où l’actuel député de LREM, Gwendal Ruyar, ne se présente pas. Sans attendre les accords nationaux, le maire de Ploemeur Ronan Loas brigue Horizons, tandis qu’une autre candidate potentielle, Lysiane Métayer, brigue l’investiture à la majorité présidentielle avec le soutien de Jean-Yves Le Drian. Un endroit à surveiller…

Au contraire, Macroni ne semble pas vouloir faire le moindre cadeau. A l’image de la candidature de Jean-Michel Blanquer dans la 4e circonscription de la Loire, où le sortant LR, Jean-Pierre Porte, élu en 2002, n’est pas représenté. Problème : Christoph Bouquet, un agent local d’Horizons, a également postulé. A La République du Centre ce lundi, il a jugé cette descente en parachute “abracadabrante” “incompréhensible”.

A part Christophe Besch à Angers, qui ont-ils dans Horizons ? Conseiller exécutif du HuffPost

Divers points de tension qui expliquent les attentats rapportés ça et là dans la presse ces derniers jours. Mais pourraient-ils devenir de véritables clivages, au point de voir des candidats d’Horizons face à la LREM ? Avec un conseiller exécutif du HuffPost en fin de semaine dernière, il s’est interrogé sur la capacité du parti d’Edouard Philippe à franchir cette ligne : .

Alors que la faction philippine tend à se revendiquer plus ancrée localement que le parti présidentiel, souvent décrit comme peu implanté sur le territoire, même nuance : « A part Christophe Besch à Angers, qui ont-ils ?

Du côté d’Horizons, alors que les tensions ont monté d’un degré ces derniers jours, c’est le moment de se calmer. “Nous ne réagissons jamais à de telles choses. Ce sont des commentaires rapportés qui semblent très vagues. Ce n’est pas un problème”, assure l’entourage d’Edouard Philippe, alors que le dialogue entre les différentes équipes n’est pas interrompu.

Il y a quelques jours, Edouard Philippe et Richard Ferrand se sont rencontrés pour évoquer cet épineux dossier. L’ancien premier ministre a même déjeuné à la table du chef de l’Etat avec François Bayrou mercredi 27 avril, rapporte Le Monde. Comment apaiser les tensions et éviter les divisions ? Une source proche des pourparlers veut encore y croire : “les pourparlers avancent, alors à quel rythme, c’est différent”.

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