France

“L’évolution vers moins de virulence est un mythe constant en virologie”

OLIVIE BALEZ

Petar Markov est épidémiologiste et docteur en virologie. Il a étudié l’évolution du virus de l’hépatite C, notamment l’impact de l’histoire coloniale et de l’esclavage transatlantique sur la sélection des génotypes viraux actuellement en circulation. Il a travaillé à la Health Protection Agency, à la British Public Health Agency, puis au Centre européen de prévention et de contrôle des maladies. Il travaille actuellement au Centre commun de recherche, le Centre de recherche scientifique et technique de l’Union européenne, à Ispra, en Italie. Il a récemment co-écrit un article dans la revue Nature Reviews Microbiology exposant le mythe selon lequel le virus SARS-CoV-2 évoluera pour réduire la virulence et avertir du risque de nouvelles variantes.

Dans votre article, vous critiquez l’utilisation du concept d’endémicité. Pourquoi?

Ce concept a été mobilisé à des fins rhétoriques pour annoncer la fin de la pandémie et la levée des mesures barrières. Cependant, l’endémicité signifie que le virus circule de manière chronique dans la population, et non qu’il est sûr. Le problème de santé publique qu’il crée dépend à la fois du niveau de cette circulation et de la gravité de l’infection. Un virus endémique a des effets très différents s’il infecte 1 % ou 10 % de la population. Mais même à faible prévalence, certains virus posent un problème de santé publique. C’est le cas du VIH ou du virus de l’hépatite C, dont l’infection peut notamment entraîner un cancer du foie.

Vous dénoncez aussi l’idée que le SARS-CoV-2 évoluera vers moins de virulence…

C’est l’un des mythes tenaces de la virologie. Elle est basée sur le postulat que moins un virus tue, plus il survit dans une population. En fait, de nombreux virus sont transmis de manière intensive avant de tuer leurs hôtes, car des formes graves de maladie et de décès surviennent tard dans le processus d’infection. C’est le cas du virus SARS-CoV-2, ainsi que d’autres virus, comme le virus de la grippe ou le VIH, pour lesquels plusieurs années séparent l’infection de l’apparition des symptômes. Et comme pour tout être vivant, une pression sélective s’exerce sur la capacité du virus à se reproduire et donc à se transmettre dans le cas des virus.

Le poids inférieur d’Omicron n’anticipe pas celui des options futures

Alors que la population est exempte de virus, la transmission est favorisée par une infectiosité accrue, d’où les variantes alpha et delta choisies pour cette propriété au début de la pandémie. En revanche, une fois que le virus circule dans la population, l’immunité collective ralentit sa propagation et l’infectiosité fait moins de différence entre les options. Pour continuer à circuler, le virus doit lever ce frein en échappant à l’immunité dirigée contre les variantes précédentes. D’où l’avantage donné à Omicron par ses mutations d’échappement, qui peuvent réinfecter des personnes ayant été infectées par des variants antérieurs. La gravité n’est qu’un sous-produit de cette évolution, qui est difficile à prévoir, et le poids inférieur d’Omicron ne prédit pas les variantes futures. Rien n’exclut qu’elles soient plus pathogènes.

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