France

L’absence de la reine Elizabeth pour le discours du trône marque “une sorte de régence du royaume”, estime le biographe royal

La reine Elizabeth II sera absente mardi 10 mai pour un discours du trône au Parlement, rendez-vous solennel de la démocratie britannique, et sera remplacée par le prince Charles. Ce sera “une sorte de régence du royaume”, a expliqué à franceinfo lundi 9 mai Mark Roche, biographe royal et correspondant du Point à Londres. “Le prince Charles exercera de plus en plus les fonctions souveraines de sa mère”, a déclaré Mark Roche. Mais la reine n’abdiquera pas et “reste chef de l’Etat et le restera jusqu’à sa mort”.

franceinfo : Comment interpréter cette absence très remarquée de la reine Elizabeth II à l’ouverture de la session de mardi du Parlement britannique ?

Mark Roche : Évidemment, les problèmes de mobilité de la reine se sont aggravés, ce qui n’augure rien de bon pour les célébrations du jubilé, les années 1970, début juin. C’est l’événement le plus important de la session parlementaire. La reine lit un discours politique écrit par son premier ministre. Mais c’est surtout une grande procession royale. Et apparemment, elle n’en est plus capable. Sans oublier d’arriver en bus et le Crown Harbour. Cela signifie donc très clairement la présence du prince Charles. Et nous sommes de facto une sorte de régence du royaume, bien que le terme soit interdit à Buckingham Palace.

S’agit-il d’une nouvelle étape, symbolique peut-être, dans le transfert progressif des tâches au prince Charles. Pourra-t-il prendre sa place sur le trône plus rapidement que prévu ?

La reine Elizabeth II n’abdiquera jamais, contrairement aux monarchies du continent, car c’est une femme de foi qui au moment de son couronnement a prêté le serment religieux de servir son peuple jusqu’à sa mort. Cependant, elle est bien consciente qu’elle ne peut plus agir en tant que représentante et qu’elle doit déléguer non seulement au prince Charles mais aussi au prince William, le second à hériter. Le mot régence est totalement interdit car il n’est prévu qu’en cas de maladie mentale et d’incapacité mentale du souverain. Cela ne se produisit qu’une seule fois, entre 1811 et 1820, lorsque le fou George III fut remplacé par le régent, le futur George IV, qui n’était pas encore roi. Le système est très clair. De plus en plus, le prince Charles exercera les fonctions royales de sa mère, mais elle reste chef de l’Etat et le restera jusqu’à sa mort.

Aura-t-il le droit d’abdiquer ?

Elle a le droit absolu d’abdiquer. Mais elle ne deviendra pas reine, car elle n’est que la fille du deuxième fils de George V. L’abdication de son oncle Edouard VIII en 1936 précipite son destin après qu’elle devienne princesse puis reine en 1952. Elle reste traumatisée par cette abdication qui, dans son yeux ont coûté la vie à son père, qui n’était pas prêt à régner et est mort d’un cancer à un très jeune âge. Elle est montée sur le trône dans des conditions difficiles, sans formation pour le travail et a dû apprendre à travailler. Elle est déterminée à ne pas répéter l’exercice. Et le prince Charles devra attendre, ce qu’il a fait toute sa vie.

Comment commentons-nous au Royaume-Uni cette absence de la reine mardi, qui sera forcément très remarquée ?

Cela ne passe pas inaperçu, d’autant qu’il y a eu de nombreux signaux sanitaires et de nombreuses annulations d’événements traditionnellement fréquentés par la Reine. Et toutes les questions à Londres concernent le Jubilé. Quatre jours passèrent. Compte tenu de son état de santé, la reine doit être en fauteuil roulant. Elle le refuse car elle le considère indigne de son poste. La plus grande question est donc de savoir si nous verrons la reine ?